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Dans ton sommeil

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Un concept peu exploité par ailleurs (l´insomnie), des acteurs motivés, un effort à la narration et à la caractérisation, une photo agréable… Pour un premier long, « Dans ton Sommeil » avait tout pour plaire. Et pourtant, la sauce peine à prendre.

Sarah (Anne Parillaud toute en gigantesques yeux bleus) ne dort plus depuis que son adolescent de fils est mort accidentellement. Elle vit désormais seule dans sa maison perdue en forêt, dont elle ne sort que pour travailler à l’hôpital. Un soir, elle renverse en voiture un jeune homme en fuite (un très lunaire Arthur Dupont) et le soigne chez elle, car il se dit poursuivi par le cambrioleur homicide qui visite les demeures du coin. L’homme (Thierry Frémont !) les prend en chasse…

Le facétieux auteur de Badmovies.org a mis une rubrique où, pour chaque film chroniqué, il évoque ce qu’il a appris en regardant le film. Plagiaires avoués, voilà ce que nous avons appris en voyant Dans ton Sommeil :

_ Quand Thierry Frémont est à l’écran, ça devient tout de suite intéressant. Corollaire : quand on a la chance de l’avoir dans son film, on peut le montrer plus de dix minutes. Mais si.

_ Les armatures dans le béton servent à s’empaler dessus. Même à trois bons mètres de la fenêtre où l’on se tient. Ou alors, quand on tombe dessus, c’est moins une tragédie que du darwinisme.

_ On parle toujours de manière très cohérente et en articulant lorsqu’on dort. Et les phrases grammaticalement parfaites qu’on prononce sur un ton perdu retracent chronologiquement les traumatismes dont il est judicieux d’informer les gens éveillés dans la pièce.

_ Le cutter est l’arme létale ultime. Ça coupe les trachées, les os et les tendons sans le moindre effort, d’un simple geste négligé. Mieux qu’un katana.

_ Les maisons isolées en province n’ont pas de système de sécurité. Si toutefois une alarme se déclenche par extraordinaire, il conviendra de ne pas s’en inquiéter : ce n’est pas comme si quelqu’un pouvait s’introduire chez soi tout de même.

Bon, loin de nous l’idée d’aller chercher la petite bête de la sorte, tant il y a de ces petits détails rageants dans (presque) tous les films. Seulement, on se retrouve à les compter, les relever et s’en irriter parce qu’à part quelques très jolis moments, on s’embête souvent un peu. Voilà un film qui fait l’effet d’un "long court métrage" alternant séquences qui tirent à la ligne et ellipses étrangement abruptes. A la rigueur, on se dit même que l’histoire, resserrée puis morcelée, ferait un très bon premier acte de courtyard drama, ce qui justifierait un peu plus le jeu sur les points de vues qu’on a ici.

En effet, au fil des récits et flashbacks l’histoire s’attache à des faits radicalement différents suivant la version de tel ou tel personnage. Par ce jeu de pistes parfois abscons (cf. le rêve assez peu utile, motivé principalement par le motif astucieux d‘une blessure au bas-ventre), les auteurs espèrent sans doute que le spectateur, affolé par tant d’incertitude et ne sachant à qui se vouer, sera scotché par l’expectative ; mais ces circonvolutions diégétiques n’ont que peu d’incidence sur une histoire dont la linéarité n’en demandait pas tant. Mis à part le long flashback du milieu qui reconfigure l’idée qu’on se faisait de deux des personnages (enfin, avec beaucoup de bonne volonté ou de naïveté tant il est aisé de démonter les identités assez tôt), le suspense reste tout de même ténu. On se dit d’ailleurs que se concentrer sur un point de vue eut été bien mieux : ici, on n’a pas le temps de s’attacher à un protagoniste et on finit par ne s’attacher à aucun, bref à se moquer royalement de leurs sorts respectifs. D’autant plus dommage que n’importe lequel des points de vue de l’un ou l’autre des trois personnages, développé sur l’entièreté du métrage, aurait donné une narration autrement plus tendue et captivante que celle qu’on a en l’état.

Ajoutons à cela une direction d’acteur discutable pour le tueur (option McCauley Culkin dans Le Bon fils, pour les connaisseurs) ainsi que certains dialogues qui sonnent affreusement faux (le repas), et on n’aura pas beaucoup de meubles à sauver. Et c’est vraiment agaçant car des qualités, il y en a. Certaines effectives, d’autres qu’on ne peut que deviner sous le jeu des sept erreurs du film de gros malin qu’on a devant les yeux.

D’abord le jeu d’acteurs qui y croient tous à fond (certes, Jean-Hugues Anglade semble transparent mais son court rôle le réclame), sans toutefois verser dans l’excès, notamment en ce qui concerne Parillaud ; et il est agréable pour ne pas dire rafraîchissant, de voir une actrice qui ne passe pas tout le métrage à 145 % de suractivité dans un film de genre français (Vynian).

Quelques jolis moments parsèment ainsi la pellicule, qui pourtant auraient été franchement casse-gueule dans d’autres mains : la culpabilité via la méditation sur une cicatrice de césarienne, l’abandon attendu au sommeil, et généralement toute l’ambiguïté de sa relation avec le jeune Dupont. De quoi retomber amoureux d’elle. Sans surprise Frémont est parfait, et même dans son rôle quasi-muet et aux contours volontairement peu définis, il embaume le charisme à cent kilomètres. Ensuite, la figure du tueur est pour une fois crédible, puisqu’il n’est pas une machine à tuer infaillible face à des personnages apolliniens qui se déchirent, mais montré constamment comme faible, veule et lâche (après tout, il ne tue idéalement les gens que dans leur sommeil) ne devant son "succès" et son impunité qu’aux ramifications mentales effrayantes de ses victimes, ou à leur naïveté.

A trop vouloir se démarquer par un traitement "original", les époux qu’on sent pourtant sincères parasitent presque constamment un film dont on se rend bien compte que, plus simple, il aurait été plus équilibré. Attendons un prochain effort aux effets mieux dosés.

Titre original : Dans ton sommeil

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Durée : 90 mn


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