Select Page

Chroniques de Cannes 2021 : Jour 3

Article écrit par

Plongée au coeur du Festival de Cannes 2021.

Aujourd’hui encore, il fait très beau et pas vraiment chaud. La France est vraiment coupée en deux, entre la Normandie sous les eaux et la Côte d’Azur sous un dôme bleu. Pourtant, lorsqu’il avait lieu en mai, le Festival en a connu des intempéries. Un jour, une partie du toit de la salle du Soixantième avait été arrachée par une tempête courte mais intense.

Dans les rues, sur les marches, c’est bien sûr toujours la foire aux vanités avec ses défilés, ses sourires obligés et ses chausse-trappes. Tout est en place : les farandoles de limousines, les groupies tassées au bas des marches pour regarder arriver leurs idoles et les starlettes. Ne nous avait-on pas promis un nouveau monde ? Ici, c’est toujours le même cirque comme s’il était inamovible. Mais avant de poursuivre, revenons à Annette. De ce film clivant (on adore ou on déteste), on ne retiendra en fait que la composition d’Adam Driver impeccable, et qui est presque tout le temps crédible et magistral au milieu d’une dégoulinade de niaiseries mises en musique. Bien sûr, on le préfère nettement dans les films de Noah Baumbach, notamment Frances Ha et le plus récent Marriage Story, en passant sous silence son interprétation toute charismatique pourtant de Kylo Pen dans la fameuse Saga un peu soporifique. Pour le reste, la presse mainstream, en tête de laquelle bien sûr le consensuel Télérama, l’encense mais certains spectateurs ont quand même quitté la salle Louis Lumière pendant le film, ce qui s’apparente à un crime de lèse-majesté. Sinon, sur le film lui-même rien d’autre à dire, sinon qu’on y retrouve l’obsession du réalisateur pour les gorilles, des décors à couper le souffle, un BO pas mal du tout et une Marion Cotillard, égale à elle-même mais qu’on avait préférée il y a bien longtemps dans La Môme d’Olivier Dahan. Le film est en compétition même s’il a fait l’ouverture. Sera-t-il le préféré de monsieur Spike Lee et de ses camarades, et Mylène Farmer fera-t-elle pour l’imposer si tant est qu’elle ait aimé la musique ?

Sinon aujourd’hui, on se penche sur la salle Louis Buñuel qui accueille traditionnellement Cannes Classics pour redécouvrir des pépites oubliées, inconnues ou immarcescibles comme La Guerre est finie d’Alain Resnais (1966) qui a permis de mieux dénoncer le franquisme ; Francesco, Giullare di Dio de Roberto Rossellini (1950) autrement dit en français Les Onze Fioretti de François d’Assise pour lequel Federico Fellini a participé largement au scénario ; Il cammino della Speranza de Pietro Germi (1950) en hommage à la lutte des mineurs de Capodarso en Sicile ; Echec au porteur de Gilles Grangier (1958) film noir sur les trafics de drogue et enfin, à 21h30, les plus courageux auront pu voir le film documentaire de Pascal Alex Vincent, Satoshi Non, l’illusionniste. Auteur de quelques bandes dessinées, d’une série TV et de quatre longs-métrages, Satoshi Kon a redéfini le paysage de l’animation japonaise. Son œuvre, célébrée dans le monde entier, est celle d’un visionnaire. Thriller, film romanesque, comédie, polar, science-fiction : en abordant tous les genres, Satoshi Kon a livré un fascinant portrait du Japon du XXIe siècle, avec une virtuosité inégalée.

 

 

Du côté de la Semaine de la Critique qui a commencé hier, et malgré l’absence remarquée de Gérard Depardieu qui a décidé de ne pas faire le voyage, le public était présent et débordant pour Robuste de Constance Meyer qui met en scène la rencontre entre un acteur vieillissant et fatigué, Depardieu himself, et sa nouvelle garde du corps. Comme en écho au premier film de sa propre fille, Sandrine Kiberlain propose Une jeune fille qui va bien. Irène, jeune fille juive, vit l’élan de ses 19 ans à Paris, l’été 1942. Sa famille la regarde découvrir le monde, ses amitiés, son nouvel amour, sa passion du théâtre… Irène veut devenir actrice et ses journées s’enchaînent dans l’insouciance de sa jeunesse. Enfin, Libertad de Clara Roquet met en scène aussi des rencontres, celle de deux jeunes filles. Libertad fait irruption dans la vie de Nora, 15 ans et bouscule le calme habituel de ses vacances en famille. Ces deux jeunes filles que tout oppose nouent alors une amitié profonde qui marquera leur entrée dans l’adolescence. Le cinéma, ou l’art de la rencontre.

Enfin, comme on ne peut pas être partout à la fois, on a laissé un peu de côté la Compétition et la salle Louis Lumière. On pouvait y voir à 16h Lingui de Mahamat-Saleh Haroun. Dans les faubourgs de N’djaména au Tchad, Amina vit seule avec Maria, sa fille unique de quinze ans. Son monde déjà fragile s’écroule le jour où elle découvre que sa fille est enceinte.

Cette grossesse, l’adolescente n’en veut pas. Dans un pays où l’avortement est non seulement condamné par la religion, mais aussi par la loi, Amina se retrouve face à un combat qui semble perdu d’avance… Et à 19h, Stillwater de Tom Maccarthy, hors compétition, qui met en scène un foreur de pétrole, interprété par Matt Damon, qui débarque à Marseille du fin fond de l’Oklahoma, pour soutenir sa fille qu’il connaît à peine mais qui purge une peine de prison, accusée d’un crime qu’elle nie avoir commis. Puis à 22h30, Julie (en douze chapitres) de Joachim Trier, encore une histoire de femme entre deux hommes, filon inépuisable. Julie, bientôt 30 ans, n’arrive pas à se fixer dans la vie. Alors qu’elle pense avoir trouvé une certaine stabilité auprès d’Aksel, 45 ans, auteur à succès, elle rencontre le jeune et séduisant Eivind.

Demain, on se penchera aussi sur la compétition de l’Acid qui a débuté aussi le 7 juillet.

A lire : Chroniques de Cannes 2021 : Jour 1 & 2


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

L’Homme des hautes plaines

L’Homme des hautes plaines

Après le plus que convaincant galop d’essai Un Frisson dans la nuit (1971), Clint Eastwood signait son premier chef d’œuvre avec ce pur diamant noir que constitue L’Homme des Hautes Plaines. Tout au long de sa carrière, Eastwood aura revendiqué comme influence...