Chercher le Garçon

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Elle s´appelle Amélie et, bien sûr, elle est jolie. Comme nombre de citadines, elle est seule dans la vie. Un soir de réveillon, elle se rend sur Internet et l´aventure commence.

Elle s’appelle Amélie et, bien sûr, elle est jolie. Pourtant, comme nombre de citadines, elle est seule dans la vie. Un soir de réveillon, elle se rend sur Internet pour s’inscrire à un quelconque site de rencontres et l’aventure commence. Dans l’écrin d’une Marseille ensoleillée, avec la mer et ses îles du Frioul idéalisées par Amélie qui rêve qu’un jour le prince charmant l’y conduira, la voici à la recherche de l’amour partagé. Pourtant, il ne s’agit pas d’une enquête sur l’ultramoderne solitude, ni d’un réquisitoire sur la société qui gnagnagna… Non, Dorothée Sebbagh confie qu’elle a voulu réaliser d’abord un film pour rire des rencontres par Internet et c’est réussi.

Voici donc un film délicat et drôle, léger et grave à la fois, comme s’il ne fallait pas s’appesantir sur notre mode de vie de plus en plus absurde. Elle joue sans cesse sur la corde raide, sans vulgarité aucune (et pourtant le sujet est particulièrement casse-gueule), ni marivaudage à la Rohmer. Non, ce n’est pas non plus un défilé affligeant de mecs moches ou veules, mais de figures romantiques qui font, par moments, penser à Emmanuel Mouret, lui aussi Marseillais. Les hommes rencontrés ne sont pas des monstres, mais des individus souvent attachants, quelquefois même sexy, mais chacun dans sa névrose ou sa solitude.

La question qui taraude ce premier long métrage est bien évidemment celle de l’amour fou. Pourquoi ne peut-on vivre sans amour ? Socrate, puis Platon, ont tenté de donner des solutions dont ce mythe de la moitié coupée en deux parties égales par les dieux qui ne nous laisse pas indifférent. On cherche sa moitié partout et rares sont ceux (ou celles) qui la trouvent. L’amour hante les chansons populaires, et pas seulement les plus ringardes, elles seules d’ailleurs osent crier le désespoir du mal d’amour, comme le célébrissime et pourtant paradoxal "Ne me quitte pas" de Jacques Brel. L’amour nous fait vivre, toute notre vie est hantée par cette quête quasi désespérée, mais on n’en parle que rarement, surtout les hommes. Les filles seules, quand elles sont entre elles, et c’est ce que ce film de filles montre bien aussi et, fait rarissime, sans se payer sur le dos des mecs, jamais présentés comme de purs beaufs ou des machos.

Sophie Cattani, l’actrice principale, est elle aussi Marseillaise. Dorothée Sebbagh l’a découverte au théâtre. Au départ, la réalisatrice craignait un peu qu’elle ne soit trop jolie pour le rôle, mais finalement elle est parfaite, et on croit à son personnage plein de grâce, de fantaisie, mais aussi de mélancolie ce qui apporte une note indispensable au film. Sa cousine dans le film, Audrey, est interprétée par Aurélie Vaneck, actrice de la série Plus belle la vie. Décidément, Marseille est ici à l’honneur. Ce choix n’est pas innocent. Dorothée Sebbagh avoue avoir un faible pour la trivialité des sitcoms et son film, par moments seulement, louche vers ce genre, pour le mettre en abyme. Quant à la série des hommes présentés, elle est aussi très haute en couleurs, depuis le timide jusqu’au fétichiste, en passant par le raseur, le romantique, etc. Mais ceux qu’on n’oublie pas, ce sont ceux bien sûr les hommes qu’elle rencontre par hasard et non par Internet.
 

Hasard ou nécessité, that is the question ! Mais Gérard Dubouche en tendre jogger est touchant. Moussa Maaskri (Amir) en prince charmant rencontré par hasard alors qu’il pêchait sur le quai mène, à la fin du film, sa belle en bateau, à moins qu’il ne s’agisse d’une métaphore. Mais le film se termine par un plan d’avion sur les îles du Frioul, comme si cette histoire d’amour se diluait enfin dans le cosmos et se perdait dans la nature. On ne saura jamais quel fut le devenir de cette histoire d’amour. Amir est-il un prince ou un serial-killer ? Mais l’intention de la réalisatrice est claire : il vaut mieux laisser faire la nature et la vie que de se fier à ces étranges machines qui tissent des rencontres trop programmées et, du coup, hasardeuses à leur tour et vouées à l’échec. Mais toute vie n’est-elle pas en soi un échec ?
 

Titre original : Chercher le garçon

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Durée : 70 mn


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