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Woman’s life (Yeoja-ui ilseng)

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Réalisé en 1968, Woman’s life est une transposition dans la société coréenne du roman de Maupassant Une Vie. Il raconte l’histoire difficile d’une femme coréenne, Nan-jou, fille de riches propriétaires, dont l’honneur est souillé par un mari infidèle, puisque celui-ci a engrossé plusieurs femmes du village alors même que Nan-jou est enceinte. Devenue veuve après […]

Réalisé en 1968, Woman’s life est une transposition dans la société coréenne du roman de Maupassant Une Vie. Il raconte l’histoire difficile d’une femme coréenne, Nan-jou, fille de riches propriétaires, dont l’honneur est souillé par un mari infidèle, puisque celui-ci a engrossé plusieurs femmes du village alors même que Nan-jou est enceinte. Devenue veuve après la mort par assassinat de son mari, elle donne à sa vie un unique sens : mettre son énergie au service de son fils.

La seule réussite du film réside dans la recherche esthétique caractérisée par d’intéressantes ruptures stylistiques. Les couleurs vives et kitsch font parfois brusquement place à des couleurs sombres et inquiétantes. Le début du film alterne séquences plutôt légères, voire humoristiques, et séquences plus lourdes et chargées émotionnellement, supportées par une musique pressante et un jeu d’acteurs emphatique.

Pour le reste, Woman’s life se présente comme un mélodrame larmoyant et « nanaresque ». On ne doit ses quelques projections en France qu’à son statut d’adaptation « exotique » d’une œuvre de Maupassant. Maupassant à la sauce coréenne, qu’est-ce que cela pouvait bien donner ? Pas grand-chose en fait… Woman’s life est un film profondément ennuyeux, sans relief et sans émotion, finissant par provoquer un rire de troisième degré motivé par le pathétique des séquences « dramatiques », pendant lesquelles les personnages passent le plus clair de leur temps à pleurer à chaudes larmes. La fin est bâclée, se permettant même de faire passer un message d’une banalité incroyable : « La vie d’une femme dépend de ce qu’elle en fait ». Enfin, les personnages sont loin d’être suffisamment creusés, constamment enfermés dans des schémas comportementaux ou psychologiques de bas étage. Shin Sang-ok, spécialiste des mélodrames de seconde zone coréens, est un cinéaste très peu connu en Occident. Sans vouloir être méchant, on comprend pourquoi.

Le cinéma coréen, à partir des années 80, a pris un tournant très intéressant, libéré de la contrainte de la dictature, poussé par un frénétique sentiment de liberté et d’affirmation qui dépasse le simple cadre cinématographique, relais d’un souffle nouveau et porteur d’un état d’esprit résolument tourné vers l’avenir et le monde. S’il est, en ces années 2000, considéré comme l’un des plus vivants de la planète, il ne faudrait pas oublier qu’il a également un passé, connaissant lui aussi un « âge d’or », brimé à un moment par la censure pour renaître au début des années 1980. Woman’s life est le mélodrame typique des années 60 et 70, genre auquel des cinéastes aujourd’hui vénérés comme Im Kwon Taek n’échapperont pas. Il s’agit alors de faire des films apolitiques (quand ils ne sont pas utilisés comme des instruments de propagande) et grands publics, dressant souvent de manière superficielle le portrait de personnages malheureux qui subissent leur destin sans pouvoir se raccrocher à quelconque valeur.

Manière comme une autre, mais dont l’intérêt cinématographique se révèle limité, d’exprimer le sentiment d’un peuple lorgnant avec envie sur la liberté des Occidentaux mais perpétuellement ramené à sa condition de pays oppressé, dont l’avenir semble étroitement borné par une dictature militaire niant toute affirmation de l’individualité.

Titre original : Yeoja-ui ilseng

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Durée : 115 mn


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