Tu seras un homme

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Fable aimable par le réalisateur de Nos enfants chéris ». »

On connaît surtout Benoît Cohen pour la série télévisée Nos enfants chéris (2010), adaptée de son long métrage de 2002 du même nom, comédie légère sur les trentenaires et leurs enfants. La chronique était tendre, plutôt drôle et plaçait l’enfance au centre : Tu seras un homme poursuit dans la même veine tragi-comique en racontant l’amitié inattendue entre un garçon de dix ans réservé, et son baby-sitter de vingt ans expansif. Léo écrit des poèmes, trimballe un boîtement d’un accident survenu cinq ans plus tôt et que sa mère n’a pu empêcher : depuis, elle vit recluse au grenier tandis que le père, aimant mais un brin revêche, se charge de la vie de tous les jours. Pour garder Léo, il engage Théo, jovial mais pas très préoccupé par les responsabilités qui vont avec la vie d’adulte. Les deux jeunes hommes vont apprendre à se connaître, s’aider l’un et l’autre à grandir malgré la différence d’âge : une amitié adoubée par la mère, mais vue d’un mauvais œil par le père qui goûte peu aux jeux de ballons et aux spectacles dans le jardin déguisés en filles. Alors un jour, Théo et Léo prennent le large, partent à la mer, loin du quotidien pas drôle des grands.

On peut le dire tout de suite : après quelques éclats, grondements et petites colères, Tu seras un homme finit bien. S’il n’évacue pas certaines noirceurs inhérentes à la cellule familiale, le film est du côté de l’optimisme, de l’observation attendrie de son sujet. Il y a que ce dernier est proche de l’équipe : la mère est interprétée par Éléonore Pourriat, femme de Benoît Cohen, tous deux parents d’Aurélio Cohen, qui joue Léo, et qui a été, plus petit, gardé par Jules Sagot, qui joue Théo. C’est le comédien qui a d’ailleurs écrit la première version du scénario sur ses liens avec le garçon, quarante pages ensuite retouchées par Cohen et Pourriat. Une affaire de famille donc, à l’écran comme à la vie, comme Nos enfants chéris notamment, qu’ils avaient écrit juste après avoir eu leur enfant. Tu seras un homme s’en ressent : c’est un film d’une extrême tendresse, exempt ni de bons sentiments ni de maladresses, mais si investi par le besoin de raconter cette histoire-là qu’il ne manque pas de toucher. Si certaines séquences témoignent d’un scénario un peu bancal (le coup de sang du père, les rapports de Théo avec sa copine), l’ensemble donne l’agréable impression de voir quelque chose construit avec ferveur, hors des exigences classiques de production.

 

C’est un film d’apprentissage, sorte de coming of age version française qui dirait que, parfois, il vaudrait mieux ne pas grandir du tout. Mais Tu seras un homme est très conscient de ce passage obligé, difficile en même temps que plein de promesses – il en tire des jolies scènes, quand il met en scène le rire et la parole retrouvés notamment. Le film est grandement aidé par l’interprétation sans failles de ses acteurs, la spontanéité des jeunes faisant délicatement contrepoint aux névroses des adultes. Tu seras un homme donne parfois l’impression de s’excuser d’exister : il sort en plein tumulte cannois, comme un fait exprès. Il mérite pourtant d’être vu, pour son humilité et sa croyance en un autre cinéma d’auteur français.

Titre original : Tu seras un homme

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Durée : 87 mn


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