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Top Cops

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Top Cops ou l’humour aux arrêts…

Le film est signé Kevin Smith, l’homme aux multiples casquettes révélé avec Clerks, premier film au palmarès impressionnant (primé à Cannes, Deauville et Sundance.. rien que ça). Réalisateur, scénariste, producteur, acteur ou encore auteur de comics, le fameux « Silent Boy » de Dogma quitte ponctuellement la scène indépendante pour l’humour potache des grosses productions. Acclamé ou critiqué pour son tempérament provocateur et sa vulgarité, le personnage promet souvent, au vu de sa filmographie, un intérêt certain, si ce n’est une grande curiosité. Avec Top Cops, premier de ses films qu’il n’a pas écrit, Smith s’essaie donc au style très codifié du Buddy Movie. Résultat…

Départ rapide, avec premier plan au ralenti, cadre ascendant présentant nos héros, regards caméra menaçants et musique virile. Le ton est donné. Un film de flics – des vrais, des durs, mais finalement pas tant que ça – et son cortège de banalités. La première séquence réitère par une succession de références cinématographiques – précisées bien sûr – et une évidence se profile rapidement : le film exigera peu, même du spectateur moyen. Les vieilles recettes s’imposent donc. Des équipes de flics qui s’affrontent, une violence inefficace et sa désapprobation hiérarchique, des vies personnelles chaotiques, des narco-trafiquants évidemment mexicains, etc. L’enjeu ? Bruce Willis, alias Jimmy Monroe, doit trouver l’argent qui payera le mariage de sa fille… Une fois les codes établis et le parti pris du dérisoire en place, nos deux policiers vont-ils entreprendre un pertinent contre-pied aux référents du genre ? Un second degrés parodique, attendu, espéré ?

Le scénario excluant hélas toute originalité et la mise en scène étant à la hauteur de sa non-ambition, c’est donc seuls que nos deux héros entreprennent une ambitieuse quête de l’humour. Le duo, improbable et originale association du gros dur impassible et du pipelet émotif, s’engage alors dans un comique de situations et de répétition malheureusement inefficace, atteignant souvent davantage le pathétique que le drôle, ou même le « plaisant ». L’intention est pourtant louable, les éléments à dispositions, mais la sauce ne prend jamais, malgré des rouages simples et visibles… un peu trop peut-être. Seann William Scott, le Stifler d’American Pie, est l’un des rares au travers de ses quelques apparitions, à trouver sa place, donnant une certain cohérence de ton. A l’inverse, le végétatif personnage de Bruce Willis n’aura lui jamais la décence d’incarner une quelconque autorité, qui nous aurait pourtant épargné l’insupportable et caricatural jeu de son acolyte Tracy Morgan, alias Paul Hodges. Une souffrance longue, quasi interminable, qui poussa pour l’anecdote certains spectateurs à quitter la salle, d’autres à dormir.

Si le dénouement se fait attendre, il ne laisse rien espérer. Une scène d’action finale ridiculement désuète et un « happy end » évidemment prévisible, parachèvent le grotesque d’un film qui ne se trouve pas. En n’allant ni trop loin ni pas assez, la paire de flics n’offre en effet qu’un jeu d’une agaçante insipidité, dans le cadre d’un film ne rentrant dans aucune des cases qu’il s’était fixées. Top Cops interroge et inquiète, son succès outre-atlantique confirmant peut-être un certain engouement pour un genre humoristique abrutissant, et un star-system s’y pliant sans grande difficulté.

Titre original : Cop Out

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 100 mn


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