The Blues Brothers (1980)

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Comme du bon vin, cette comédie déjantée se bonifie admirablement, convoquant au passage les grands noms de la soul.

Inexplicable. Impossible de décrire ce sentiment, d’étaler ses envies ou bien de rendre quelques hommages. Juste se taire et sentir. Caresser l’odeur de la salle tamisée, des pieds qui bougent et des mains qui claquent. Entendez le saxo de Lou Marini, virevoltez avec le doigté de Steve Cropper dit « le colonel », et surtout admirez la voix grave et suave de Dan Aykroyd, comédien et scénariste tout droit sorti de l’écurie Saturday Night Live. Oui, c’est le blues qui te prend et qui ne te lâchera plus jamais. C’est du blues et ça swingue ! Alors, le petiot de 10ans, qui ne comprend rien, qui ne saisit rien, mais qui regarde son père s’émouvoir devant ce truc insensé, ce je-ne-sais-quoi qui lui rappelle deux ou trois souvenirs parisiens, ce gosse tentera certainement de caresser cette adrénaline. « Ah oui ! » Tels sont les derniers mots qui résonnèrent dans la tête de cet enfant, qui lui donnèrent des résonnances musicales et qui le soulevèrent définitivement de sa léthargie ado. C’est du blues, c’est de la musique et c’est de la bonne, mec !
Le film date de 1980. Au départ, ce fut une blague, un bon délire entre passionnés de « musiques noires », cette sensation qui mêlait le jazz et le blues et qui donna naissance au Rhythm’n’blues, auquel des guys tels que Otis Redding, Sam & Dave, Ike & Tina Turner  donnèrent ses lettres de noblesse. Généralement, les lumières sont éteintes et les badauds crient : « Higher, Higher, Higher » sans se soucier du voisin, du redondant collègue, des quotidiens pourris et de son supérieur hiérarchique qui n’a jamais serré la main de l’âme humaine ; on se fiche de tout et on danse. Cette musique navigua dans l’esprit du comédien Dan Aykroyd dès son plus jeune âge. Elevé dans les banlieues canadiennes, cet ancien étudiant en criminologie quitta papa et maman pour aller claquer des doigts quelque part aux States, et plus précisément dans l’émission Saturday Night Live (SNL).

Véritable nid à comiques, cette émission culte fit la part belle aux différentes générations d’humoristes, qui chacun à leur manière mirent une sacrée fessée aux conventions et autres poussières hertziennes. C’est en plein milieu de ce bordel organisé que Dan fit la connaissance de John Belushi. Même humour scato, même élasticité corporelle, même sens de la fête, ces deux zigotos envahirent la petite lucarne et dynamitèrent le quotidien US en ne sombrant jamais dans la vulgarité. Ils étaient sales, ploucs, lourds mais incroyablement subtils. Un jour, ces deux amoureux de black music prirent le micro et improvisèrent un pot-pourri de standards soul. Les producteurs de SNL leur laissèrent carte blanche et une idée vit le jour. Aykroyd regroupa quelques légendes du staff technique de l’ancienne maison de production Stax, et monta un « super groupe » qui vit des noms illustres aux manettes (Cropper, Donald Dunn, Marini, Murphy…), et chopa Belushi en lui proposant de chanter. La légende pouvait commencer.


Ecoutez The Blues Brothers!

 
Quelques mois plus tard, Aykroyd, jamais à court d’idées, proposa à l’un de ses potes, le réalisateur John Landis, de filmer les pérégrinations de son band et de l’entourer d’un scénario qui réunirait les grandes tendances des comédies musicales, et surtout les grosses pointures de la scène Soul. Contrat signé, remaniement de la trame narrative, rajout de scènes hilarantes et le premier jour de tournage se pointa comme si de rien n’était. Hormis Belushi et Aykroyd, on pouvait voir James Brown, Aretha Franklin, Ray Charles, John Lee Hooker, des grands poussaient la chansonnette et qui profitèrent de cette occasion pour rappeler à la nouvelle génération leur importance dans la culture US. Les Boss, c’est eux !

The Blues Brothers reste une réussite exemplaire pour trois raisons évidentes : des séquences musicales énergiques, des saynètes délirantes et le thème de la filiation subtilement intégré. Aujourd’hui encore, on peut voir sur Dailymotion et autres Youtube, des inconnus interpréter à leur manière quelques scènes du film, chantant à tue-tête « Everybody needs somebody » ou tentant de se farcir « 3 poulets entiers et un coca ». La postérité est sacrément présente dans cette comédie musicale qui n’arrive pas à vieillir tant la juxtaposition des blocs narratifs est sans cesse renforcée par un sacré dosage d’humour et de répétitions qui ne plombent jamais l’ambiance. Aykroyd flirte avec les stéréotypes et autres banalités, il est vrai, mais ne se prend jamais au sérieux, ce qui donne étrangement une perfection dans la mise en scène (Landis y est pour quelque chose), et surtout une rigueur dans l’enchaînement des gags. Il y a de la musicalité et de la comédie dans ce film-tempête qui canalise toutes nos envolées lyriques.
 

Landis et Aykroyd vont plus loin. N’oublions pas que l’un est cinéphile, tandis que l’autre provient d’une génération peace and love. Tout est question de filiation, de paternité absente et surtout de recherche identitaire. Ces deux frangins sont des orphelins qui furent recueillis par une religieuse et surtout par un musicien black qui leur transmit le goût du rythme. Tout au long du film, ces deux cravates sont perpétuellement en mouvement, guettant la moindre maison du bonheur et tentant de réunir le groupe, donc de reconstituer une famille dont le père serait l’esprit de la soul. En plus de cela, Landis signe une œuvre qui convoque les fantômes d’Astaire et de Kelly (voir la remarquable scène de l’église où Belushi rend directement hommage), et des burlesques tels que Keaton ou Laurel & Hardy (les costumes et attitudes des frangins font songer aux deux hurluberlus du muet). Il y a toujours une envie de filiation, une recherche de paternité qui bercent ce film d’une aura douce et amère.


Ecoutez The Blues Brothers!

Quelques mois après la sortie US du film, Belushi sera retrouvé dans un hôtel, mort d’une overdose. Il avait fini par « voir la lumière »

Titre original : The Blues Brothers

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Durée : 130 mn


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