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Shrek le troisième

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A force de puiser encore et encore dans la source qui révéla au monde entier l’ogre vert, les têtes pensantes responsables de cette franchise décidément juteuse (le film fait un carton outre-atlantique) ont réussi à tarir un univers entier doté d’un potentiel pourtant quasi inépuisable. D’une pauvreté artistique touchant au néant, Shrek le troisième est […]

A force de puiser encore et encore dans la source qui révéla au monde entier l’ogre vert, les têtes pensantes responsables de cette franchise décidément juteuse (le film fait un carton outre-atlantique) ont réussi à tarir un univers entier doté d’un potentiel pourtant quasi inépuisable. D’une pauvreté artistique touchant au néant, Shrek le troisième est l’ombre de lui-même et ne peut définitivement pas dépasser le statut d’ogre bourru en mal d’amour et de reconnaissance.

Ce troisième opus esquisse maladroitement de nouveaux personnages aussi fades, qu’inintéressants (le roi Arthur dit Artie, Merlin, Cendrillon, La Belle au bois dormant…) en survolant un monde féerique à peine envisagé. L’histoire, quant à elle, est d’une platitude consternante et n’offre aucune dramaturgie. Pire, elle met de côté des personnages essentiels (l’âne, le chat potté, Fiona) pour tomber dans un m’as-tu vu des plus déplaisants.

Constat d’autant plus triste qu’il y avait sans doute à creuser un peu plus autour de cette panoplie de personnages attachants, subversifs et s’accordant parfaitement au traitement informatique de l’animation en 3D. En réalité, nous assistons à un cheminement de gags souvent éculés (les yeux larmoyants du chat potté et de l’âne sont là pour le prouver) et de situations maladroites manquant terriblement de nouveauté (même si l’agonie du roi reste une bonne idée bien restituée).

Et c’est là que le bas blesse ! La continuité narrative est tellement faible que les gags prennent le dessus sur l’histoire. Nous avons alors l’impression d’assister à un Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre bis, les parties étant souvent plus réussies que l’ensemble. Si le tout manque de rythme, de cohérence et de puissance visuelle, nous pouvons sentir, çà et là, quelques rires poindrent.

En poussant jusqu’au bout le destin de Shrek par l’idée même d’une accession au trône de Fort Fort Lointain, les scénaristes n’apportent que très peu de valeur ajoutée à l’univers si bariolé des contes de fée détournés. Toute l’histoire se résume autour de Shrek (la question du trône, sa nouvelle paternité, son désir de retourner dans son marais) ce qui enterre définitivement un des duos les plus attachants du cinéma (l’âne et Shrek). Dommage !

D’un point de vue technique, le film déçoit aussi, mais dans une moindre mesure. Les décors restent somptueux, l’animation fluide, même si un peu trop stéréotypée. Les personnages sont dotés de caractères assez tranchés et assurent une continuité stylistique homogène. Pourtant ce qui fâche, c’est le manque d’ambition, l’histoire freinant terriblement les possibilités techniques pour nous offrir un métrage frileux et balisé. Le deuxième opus nous était apparu bien plus ambitieux graphiquement.

Assurément film à sketchs, Shrek 3 survole modestement un monde extraordinaire d’une puissance narrative réelle. S’enfermant dans les carcans du gag à répétition, il assure son statut de film « bankable ». Soyons assuré que Stuart Bird saura rehausser avec son Ratatouille une animation estivale en manque de paternité.

Titre original : Shrek the Third

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 93 mn


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