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Rétrospective John Landis – Cinémathèque

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Inventeur, blagueur, showman pour les uns ou simple << money maker >> pour les autres, John Landis a eu droit à la rétrospective de l´intégralité de son oeuvre à la cinémathèque Française. Ce fut l´occasion de revoir ou de découvrir l´univers de ce réalisateur dont les films oscillent entre parodie et horreur.

Ses brillantes comédies lui ont valu le titre de « réinventeur de la comédie américaine contemporaine ». Hamburger Film Sandwich (1977) a donné naissance à tous les films comiques à sketch, basé sur l’absurde et la parodie de la télévision. American College (1978) est la matrice de comédie pour les jeunes se déroulant dans un campus. Landis peut aussi réaliser dans un style de comédie américaine classique : L’Embrouille est dans le sac (1991), Un prince à New York (1988). Ses personnages, qui sont souvent dans un contexte politique précis (ex : Afghanistan dans Drôles d’espions (1985)), même s’ils sont des caricatures ils ne sont pas à charge.

Dès son premier film Schlock (1972), le cinéaste développe son goût pour la parodie. Schlock est un mot d’origine yiddish, qui désigne un produit bon marché de pacotille. Ici, c’est un gorille, qui sème de milliers de cadavres sur son passage mais qui s’entend très bien avec les enfants. Ce film quasi amateur contient en gestation le style du burlesque qui caractérisera ses films suivants. Schlock est le premier monstre de ses films.

Les monstres des films de Landis ont l’air méchant de premier abord, mais dans le fond sont gentils, fragiles et vulnérables. Le gorille de Schlock souffre de son amour pour une jeune fille rousse, David, le loup-garou de Londres est rongé par la culpabilité d’avoir tué, la femme vampire d’Innocent Blood se sent responsable d’avoir transformé par accident de dangereux truands en vampires.

Le personnage de mort-vivant est assez récurrent dans le cinéma de John Landis même s’il n’y joue que pour appuyer les angoisses des personnages. Dans le célébrissime vidéo-clip Thriller (1983), des zombies dansent avec Michael Jackson, quand une jeune fille est horrifiée et essaye de s’échapper, ou des chanteurs de bleus devenus morts-vivants aux visages verdâtres dansant manipulés par une sorcière vaudou tandis que leur amis ne savent pas s’ils auront la possibilité de gagner le concours dans Blues Brothers 2000 (1998). La prédilection de personnage de monstre dans la création de Landis fait le lien avec les productions de l’âge d’or du cinéma fantastique américain des années 30.

Enfant de la télévision des années cinquante, John Landis s’est forgé, grâce à la diffusion sur le petit écran des classiques de la Universal, tout un univers imaginaire où évolue aussi bien des singes au grand cœur comme King Kong que des monstres au regard mélancolique à l’instar de Frankenstein. C’est cette nostalgie de l’enfance perdue que Landis a mise en scène dans le générique de sa série Dream On (1990 – 1996). Un enfant grandit devant la télévision, puis une fois adulte, nous sommes avertis de ses pensées par des extraits de films de série B de l’Universal.

Une multitude d’écrans sont présent dans l’œuvre de Landis. De l’écran de cinéma où l’on projette un porno particulièrement kitch dans Le Loup-Garou de Londres (1981) tandis que le lycanthrope déchiquette un policier. Aux écrans de télévision de Susan a un plan (1998) l’intrigue principale y est perpétuellement interrompue par des publicités pour le bien-être féminin. Les écrans sont utilisés non seulement pour communiquer une information mais aussi pour rajouter un second dégrée humoristique proche des cartoons de Tex Avery.

On trouve dans sa carrière un film singulier, Série noir pour une nuit blanche (1985). Dans ce film sous-estimé, même si proprement parlé, il n’y a pas de zombies, les personnages y évoluent comme en suspension dans l’air dans une zone de non-vie, une interzone dans la cité des anges. Ce film, sûrement, l’un des plus personnel de John Landis, se situe dans sa carrière après le sketch de La Quatrième dimension (1983), au cours duquel un terrible accident coûtera la vie à l’acteur principal et deux enfants. Terriblement affété par ce drame, les films de Landis n’auront plus la même « innocence ». Ainsi le personnage principal de Série noir… (dés)incarné par Jeff Goldblum peut être vu comme l’alter ego de Landis. Film étrange où chaque gag tombe à plat en dévoilant la supercherie et l’artificialité du cinéma. L’humour se fait plus sombre que noir. Plus rien ne sera pareil, début ici une interrogation sur le spectacle qui hantera désormais la presque totalité de ses films jusqu’au crépusculaire Flic de Beverly Hills 3 (1994). Landis s’éloigne petit à petit des plateaux de cinéma, quitte ses principaux collaborateurs. C’est par le biais de la télévision qu’il va connaître une sorte de résurrection. D’abord en tant que réalisateur de deux unitaires pour la collection Masters of Horror, La belle est la bête (2006) et Une famille recomposée (2007), exercice de style qui le voit revenir au meilleur de sa forme mais surtout deux documentaires.

Le premier, Slasher (2004), est un véritable chef d’œuvre. A travers un fanfaron vendeur de voiture d’occasion, c’est un portrait de l’Amérique des déshérités et des laissés-pour-compte du libéralisme que dessine John Landis. Chez un concessionnaire automobile, à la périphérie de Memphis, le Slasher Michael Bennett doit vendre coûte que coûte le maximum de voitures le temps d’un week-end. Tous les moyens sont bons pour lui, en roue libre sur le parking, il vend des épaves à des futures victimes des sub-primes.

Le second, Mr. Warmth : Don Rickles project (2007), est le portrait d’une star du music-hall, Don Rickles, humoriste cynique et dénonciateur des inégalités raciales. John Landis le rencontre alors qu’il n’était que simple stagiaire sur l’interminable tournage de De l’or pour les braves (1970) en ex-Yougoslavie. Don Rickles partageait l’affiche avec Clint Eastwood. Depuis Landis et Rickles se sont lié d’amitié, il le dirigera dans le rôle de l’avocat devenu vampire dans Innocent Blood (1992). Ce documentaire est un témoignage intime et un retour sur la carrière de Don Rickles âgé aujourd’hui de plus de 80 ans.

Cinéaste de l’entertainment, Landis n’en garde pas moins un style propre débordant d’imagination et d’humanité. Son oeuvre mérite une analyse méticuleuse plutôt qu’un survol rapide. Autodidacte de talent, John Landis a su imposer ses règles en développant sa manière propre de raconter des histoires au cœur du système hollywoodien.


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