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Natalie Portman : the girl who was(n’t) there

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Gros plan sur Natalie Portman, l’une des actrices américaines les plus subtiles de sa génération.

Lorsque Natalie Portman se déshabille dans Hôtel Chevalier, le court métrage intégré au nouveau film de Wes Anderson, A bord du Darjeeling Limited, contre toute attente, ce n’est pas de la nudité que surgit le trouble. A la remarque de Jack (Jason Schwartzman) s’enquérant de la présence de bleus sur diverses parties de son corps, la jeune femme esquive sublimement le sujet par une réplique amoureuse… A cet instant, toute la grâce de cette actrice se fait jour et se confirme en un unique élan : star elle devient, star elle a toujours été.

Cet art de mêler à la douleur, au drame, une légèreté toute glamour, une indifférence ironique, fut longtemps la marque de la femme fatale, de la vamp trouvant dans la chute et la déchéance l’occasion du dernier envol (Gilda ; la plupart des héroïnes de films noirs et de mélos de l’âge d’or), et dessina la figure de l’Actrice hollywoodienne tout en se raréfiant au fil des décennies. Si bien qu’il y aurait quelque chose de presque suspect à rechercher aujourd’hui, sans aucune forme de second degré, pareille évidence de la tragédie chez une actrice. La star américaine féminine s’est progressivement émancipée de cette objetisation, ses aspirations, et c’est bien sûr heureux, étant davantage celles d’une parfaite égalité avec son partenaire. Harry trouve en Sally une adversaire à sa taille, girl next door pas moins triviale que lui. Les femmes des rêves de Ben Stiller, celles que les frères Farrelly déposent sur sa route (Mary ; la « femme cauchemar » du dernier opus) se révèlent très vite aussi maladroites et inadaptées que le bonhomme… La fille du cinema contemporain sera burlesque et décomplexée, ou ne sera pas.

Burlesque, Natalie ? Jamais. Décomplexée ? Si l’on se réfère à ses emplois « culottés » dans les films de Mike Nichols  (Closer, 2004), Wong Kar-Waï (My Blueberry nights, 2007) et donc ce court d’Anderson… très clairement. Le premier film nous la présente comme une jeune fille un peu paumée, se laissant prendre à ses dépens au jeu de la vie de couple avec un Jude Law inapte à la voir comme davantage qu’une « poupée », plus enclin à se perdre dans les griffes de Julia Roberts, une vraie femme. Leurs scènes de ménage, par leur dimension ouvertement théâtrale (le film est adapté d’une pièce de Francis Marber), offrent aux comédiens l’opportunité de creuser leur jeu jusqu’à un épuisement naturaliste, une véritable mise à nu destabilisant génialement leur statut icônique. A ce jeu là, peut-être justement en raison de sa jeunesse et de sa relative « insignifiance » devant les stars que sont depuis longtemps déjà Law et Roberts, Natalie se révèle finalement la meilleure. Son personnage d’Alice devient comme le centre, le point d’équilibre inavoué du drame et de son édifice sentimental. C’est d’ailleurs son image qui ouvre et referme le film : la jeune fille marche, pensive, au ralenti, dans les rues londoniennes, dans la foule new-yorkaise…

Pas étonnant, donc, de déceler désormais chez elle une variété de facettes quelque peu insoupçonnable dans des productions telles que Star wars où son rôle d’Amidala (future mère de Luke Skywalker) semblait parfois la dévorer. S’il est aisé pour elle de passer aujourd’hui de la comédie grand public (Le Merveilleux magasin de Mr Magorium, 2008) à la fantaisie arty de Wong Kar-Waï (elle y joue le rôle d’une flambeuse blonde platine digne de Scarlett Johansson), de rester ancrée dans le cinéma américain de grand standing (V for Vendetta, 2005 ; Deux sœurs pour un roi, 2008…) tout en bifurquant vers la Free Zone d’Amos Gitaï (2005), c’est à la condition de cette constante recherche de déséquilibre, de cette exigence. C’est aussi cela qui rend son personnage si beau, dans Hôtel Chevalier : elle arrive à Jack comme un souvenir, un peu irréelle tout en étant bien présente, fantasme vivant ; ces bleus marquent son corps d’une histoire que sa seule parole suffira à effacer.

Là est la singularité de celle qui, dès son premier rôle (Mathilda, la gamine que le Leon de Luc Besson prend sous son aile en 1994), verra son image mêlée à une gravité innocente, à une conscience de la mort atténuée par une disponibilité au ludisme. Retrouvée en 1996, dans Heat (Michael Mann) en fille suicidaire d’Al Pacino, elle amusera trois ans plus tard dans sa tenue folklorique de Reine Amidala (Star wars : Episode 1, La menace fantôme). Si ses scènes de flirt adolescent avec Anakin, le futur Dark Vador, ne manquèrent pas de faire sourire (L’attaque des clones, 2002), elles préfiguraient pourtant l’avènement d’un insurmontable retournement (le côté obscur). A l’innocence et l’épanouissement répondra presque toujours une blessure, une perte. A la cicatrice se superposera un goût renouvelé pour l’aventure. Ainsi va Natalie, next door mais out of sight, d’ici et d’ailleurs, toujours contemporaine mais déjà lointaine… fatalement femme.

©20th Century Fox


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