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Mala Noche (Bad Night)

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Premier long métrage de Gus Van Sant, Mala Noche (« sale nuit ») est une histoire d’amour et de sexe qui s’engouffre dans une relation à fleur de peau où les corps se mélangent aux âmes. Explorant les passions de marginaux en manque d’affection, le cinéaste structure des thématiques indissociables qui traitent de l’exclusion, de […]

Premier long métrage de Gus Van Sant, Mala Noche (« sale nuit ») est une histoire d’amour et de sexe qui s’engouffre dans une relation à fleur de peau où les corps se mélangent aux âmes. Explorant les passions de marginaux en manque d’affection, le cinéaste structure des thématiques indissociables qui traitent de l’exclusion, de la liberté, de la passion et du désir en nous livrant une vérité crue mais touchante d’une jeunesse en perte de repères.

Ces jeunes paumés ne sont plus en mesure d’accepter le compromis confiscatoire d’une société capitaliste qui prône la réussite de l’argent comme nouvelle valeur morale. Loin de libérer les êtres des affres de la vie, celle-ci ne laisse plus aucune chance à cette marginalité pourtant si proche d’espérer un quelconque salut. Le monde tâtonne, expérimente et crée un champ de liberté qu’il faut parfois saisir. Les hommes vont et viennent dans un Portland nocturne et pauvre devenu le laboratoire du cinéaste qui filme la rencontre de trois hommes à la recherche de ces nuages d’un horizon éternel.

Gus Van Sant laisse ainsi son film errer par delà le regard de Walt, salarié d’une épicerie d’un quartier pauvre de Portland, touché par la beauté tendre et virile de Johnny, jeune immigré mexicain clandestin. Si l’amour de Walt est à sens unique, il est revendiqué, assumé, montré, marchandé, déraisonnable, cru et en fin de compte impossible (donc terriblement poétique). C’est par l’attitude exaltée mais vite refoulée de Walt envers Johnny, que le réalisateur esquisse une réflexion à la fois organique (Pepper, l’ami de Johnny accepte les avances financières de Walt) et philosophique (ils se regardent, se touchent, s’esquivent et s’interrogent) sur le désir et son frémissement en imposant une vision universelle de l’amour.

La question de l’homosexualité nous semble alors secondaire tant l’identification opère. Le cinéaste ne dessine pas une peinture sociale qui exposerait l’importance d’accepter chaque individu pour ce qu’il est, mais dresse un état des lieux de l’amour dans une société d’exclusion qui se moque de plus en plus de qui est avec qui. Ces thèmes sur l’identité, la famille ou le besoin d’exister au travers des autres se retrouveront plus tard dans une filmographie radiographique de la jeunesse Etatsunienne.

Dans une mise en scène « fauchée » les corps ne posent pas ; ils sont ! Captation d’un noir et blanc aux expositions tranchées, l’histoire se structure par la mise en scène. La caméra triture les lieux, caresse des visages et s’attarde, non sans tendresse, sur les moindres instants de bonheur (presque toujours en dehors de la ville). Elle devient une sociologie implacable qui entraîne le film vers trois postures redoutables : la mort, la frustration et l’exclusion.

Par ce premier film, Gus Van Sant impose sa vision existentialiste des corps cherchant à se « désaliéner » d’un environnement opaque, mystérieux et figé. Pour lui, ce sont les hommes qui fondent les couleurs de la vie. Il n’y a aucune morale, mais la recherche d’un beau qui serait illusoire (même si cela passe d’abord par l’expression d’une forme d’égoïsme) dans un monde qui ne laisse plus le temps au romantisme.


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