Livre « Réponses à Hadopi » de Juan Branco

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Non, Internet n’a pas tué et ne tuera pas le cinéma français. Dans une courte (moins de cent pages) et argumentée plaidoirie, Juan Branco revient sur une aventure kafkaïenne : la saga Hadopi. En reprenant les épisodes depuis le début, il développe d’intéressantes alternatives.

Avec le recul, Hadopi apparaîtra peut-être comme la première pierre posée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement pour "civiliser" Internet. Hasard ou coïncidence, alors que la vaste mascarade sobrement intitulée e-G8 battait son plein, le distributeur et éditeur indépendant Capricci en profitait pour publier le petit essai Réponses à Hadopi.

Ecrit par Juan Branco, rédacteur de la Lettre aux spectateurs-citoyens publiée en 2009 (qui déjà, se dressait contre la loi Création & Internet), ce livre a le mérite de retracer chronologiquement une saga en cours depuis 2007. Quatre ans pour mettre en place un système qui aurait dû sauver un cinéma français déjà sous perfusion des chaînes télé. Mais faire la chasse aux méchants internautes coûte cher (alors que cet argent aurait pu être reversé dans la production). Qu’importe, l’Etat n’en est plus à une aberration près. Car en plus des dépenses engagées pour lancer la machine (et on rappelera au passage que les caisses sont vides), Hadopi se distingue par sa quasi incapacité à fonctionner. Sans être un hacker antisocial "branché" au web nuit et jour, l’internaute sait que de nombreuses ressources sont à sa disposition pour contourner le problème : depuis le passage – en force – d’Hadopi, le streaming surfe sur la vague du succès. La solution ? Telle que prônée par l’Etat jusqu’ici, elle appelle une nouvelle vague de répression. Jusqu’à cadenasser entièrement Internet (pardon, le "civiliser"), cauchemar qui aurait pu germer dans un roman apocalyptique de William Gibson – ou chez le Richard Kelly de Southland Tales.

Déboulonnant les rouages de la loi pour mieux mettre à jour son inanité, Juan Branco écrit lui aussi ce qui reste, pour l’heure, des avenirs alternatifs. Parmis les solutions proposées, celle de mettre à contribution les FAI. En gros, prélever une taxe sur les Fournisseurs d’Accès à Internet en échange de quoi l’internaute pourra avoir accès à tout type de contenu. C’est une des qualités de ce livre édité par Capricci. Malheureusement, il y a fort à parier que Réponses à Hadopi ne trouve oreille que chez les convaincus d’avance. Souhaitons que d’autres puisse l’entendre. Voire s’en inspirer.

La caution Godard
Réponses à Hadopi se referme sur un entretien de seize pages avec Jean-Luc Godard. Toujours intéressant, roublard et vaguement anarchiste, le réalisateur semble malheureusement n’être là que pour apporter une caution cinématographique aux arguments de Juan Branco. Cela se comprend aisément, Godard n’ayant jamais caché son désaccord avec une loi qu’il juge "ridicule et criminelle" mais se vit plus comme une annexe que comme un réel prolongement du débat.

Réponses à Hadopi (suivi d’un entretien avec Jean-Luc Godard)
Par Juan Branco
Editions Capricci (collection Actualité Critique)
94 pages


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