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Les films de Pierre Etaix bientôt visibles !

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Les films de Pierre Etaix, invisibles depuis plus de vingt ans, bloqués par un imbroglio juridique dément, vont enfin ressortir ! Il Etaix une fois une histoire qui finit bien…

Un producteur sans scrupule, des protagonistes un peu naïfs, un micmac juridique… Non, ce n’est pas le scénario d’une bouffonnerie des Marx Brothers (Groucho aurait pourtant fait un parfait producteur véreux) mais bien le cauchemar de Pierre Etaix depuis plus de vingt ans, privant des générations de spectateurs de ses chefs-d’oeuvre.

Pierre Etaix a réalisé cinq longs métrages dans les années 60 qui, à l’exception de Pays de Cocagne, se placent dans la droite lignée des comédies burlesques de Buster Keaton, Harold Lloyd, Max Linder ou Charlie Chaplin. Sa rencontre avec Jacques Tati (dont il a été le collaborateur sur le tournage de Mon Oncle en 1958) le conduit assez naturellement à la réalisation de son premier court-métrage, co-écrit avec Jean-Claude Carrière, Rupture, puis Heureux anniversaire, qui reçoit l’Oscar du meilleur court métrage en 1963. Il réalise son premier long, Le Soupirant en 1962, puis Yoyo en 1964, à travers lequel il rend un vibrant hommage au monde du cirque (cinéaste autant que clown, il est le fondateur en 1973 de l’Ecole nationale du cirque avec Annie Fratellini, qu’il a épousée en 1969. On se rappelle également de son rôle dans I Clowns de Fellini, film qu’il déteste au demeurant). Il réalise ensuite deux autres longs métrages, Tant qu’on a la santé (1965), Le Grand Amour (1968), également co-écrit avec Jean-Claude Carrière et enfin Pays de cocagne en 1969. Grand ami de Jerry Lewis, qui le considère comme un génie, il est désormais le seul représentant de la comédie slapstick (1) en France.

Petit rappel des faits

Dans les années 90, Pierre Etaix cède ses droits patrimoniaux, droit de représentation et de reproduction à la société CAPAC. Mais constatant que celle-ci n’assurait pas convenablement l’exploitation de ses films, il préfère ne pas renouveler le contrat, contrairement à Jean-Claude Carrière qui ignorait la décision de Pierre Etaix. Leur mésentente déclenche le premier imbroglio. L’exploitation des films est bloquée pendant dix ans. Une période suffisamment longue pour dégrader le négatif de films déjà vieux. Les deux amis s’en inquiètent alors et en 2002, le Tribunal de grande instance de Paris leur accorde le droit de restaurer les négatifs. Mais la restauration a un coût. Leur avocate, Francine Wagner-Edelman, spécialiste en droits d’auteur leur propose les services de la société Gavroche Productions, gérée par son propre frère, Alain Wagner. Etaix et Carrière cèdent pour la deuxième fois leurs droits en 2004, et sans le savoir, provoquent le deuxième imbroglio : Gavroche Productions s’avère être une coquille vide, une société fantôme.

   

 

Après deux ans d’inertie, Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière décident, en novembre 2006, d’entamer la restauration de leurs films avec la Fondation Groupama Gan pour le cinéma (à qui l’on doit récemment la magnifique restauration des Vacances de M. Hulot). Alain Wagner se manifeste alors, signe le projet de contrat en 2007 et revendique sa qualité de cessionnaire exclusif pour le monde entier. La même année, au Festival de Cannes et au Festival de Paris Cinéma, un public chanceux revoit Yoyo mais le Tribunal de grande instance de Paris déboute Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière de leur demande de récupérer leurs droits et les condamne à payer 5000 euros de frais de justice. Leurs films ne peuvent alors être diffusés, même gratuitement, ni au cinéma, ni à la télévision. Une pétition est alors lancée par l’Association "Il Etaix une fois" pour soutenir le combat du cinéaste. La liste est longue (auteurs, comédiens, cinéphiles, etc.) et prestigieuse : Woody Allen, David Lynch, Leos Carax, Claire Denis, Jean-Paul Rappeneau, Pascale Ferran, Terry Gilliam et Terry Jones (anciens Monty Python), Jean-Luc Godard, Michel Gondry, Jacques Rivette, Bertrand Tavernier,Yolande Moreau, Charlotte Rampling, Julie Depardieu, Michel Piccoli, pour ne citer qu’eux. Autant de spectateurs frustrés de l’invisibilité des films d’Etaix. En juin 2009, le Tribunal de grande instance de Paris donne finalement raison à Pierre Étaix et lui rend les droits sur ces films. Mais Alain Wagner décide de faire appel de la décision de justice.

Malgré un procès-fleuve de plus de cinq ans, à 81 ans, Pierre Etaix qui déclarait se « battre jusqu’à la mort » pour que revive sur les écrans ce patrimoine cinématographique, a été entendu des dieux du cinéma et surtout des juges ! Fin avril 2010, Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière retrouvent pleinement les droits de leurs films. L’imbroglio juridique qui bloquait leur ressortie depuis de nombreuses années est donc bel et bien terminé ! Pas de temps à perdre, le film Le Grand Amour (1969) sera présenté à "Cannes Classics" au Festival de Cannes le 19 mai prochain, en présence de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière.

Ce film fera partie de l’Intégrale cinéma Pierre Etaix (cinq longs métrages et trois courts, dont un inédit en 2010), restaurée et attendue en salle le 7 juillet prochain, distribuée par Carlotta Films. On trépigne d’impatience !

(1) Terme qui désigne les comédies burlesques ou l’ambiance "tarte à la crème" de certains films.


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