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L’Enfance d’Icare

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On n´arrête pas le progrès ou comment Guillaume Depardieu termine sa carrière dans un film indigne.

Hasard du calendrier, ce mois de janvier 2011 ressemble à s’y méprendre à une cérémonie du souvenir. Au rayon dernière fois, après David Carradine dans Stretch, voici l’ultime apparition de Guillaume Depardieu. On a bien évidemment envie de conserver une belle image des acteurs aimés, surtout pas que leurs derniers pas se fassent dans un film qui est une catastrophe sans nom. On sera donc particulièrement remonté à l’égard de L’Enfance d’Icare – et d’Alex Iordăchescu, son réalisateur – qui clôt la carrière de l’acteur par une monumentale tâche.

L’Enfance d’Icare perpétue la malédiction d’un cinéma français qui se voudrait fantastique mais pas trop et qui ne convainc que rarement. Les derniers films de Guillaume Depardieu tentaient de justifier scénaristiquement son infirmité (là une blessure de guerre, souvent la maladie…), celle-ci faisant film après film partie de sa personnalité cinématographique. Ici l’infirmité est le cœur même du sujet. Jonathan Vogel, avocat, a perdu sa jambe dans un accident de moto – on le suppose au détour d’une scène aussi insistante qu’inutile où il regarde un motard débouler, histoire d’attiser un peu plus la ressemblance à la réalité. Il assiste à la conférence d’un docteur miracle qui promet, grâce aux progrès scientifiques, l’immortalité pour dans quelques siècles et un programme de régénérescence cellulaire à l’essai pour tout de suite. Dans l’espoir de voir sa jambe repousser, Guillaume, pardon Jonathan, va suivre le programme à ses risques et périls. Contrat ou pacte (vous avez dit faustien ?), on ne gagne rien à vouloir de trop près mimer les dieux et la chute n’en sera que plus dure.

« Elles savent nous parler. Elles connaissent le chemin. – Le chemin ? –De la vie. »

D’abord comédie (très) dramatique, L’Enfance d’Icare vire au thriller scientifico-fantastique à base de huis clos dans un hôpital bien blanc, d’infirmières sexy aux tuniques courtes et roulant du popotin, de bracelets de surveillance et d’angoisses scientifiques car génétique et eugénisme aiment bien à frayer ensemble. Rien de bien effrayant dans l’intrigue qui a pu donner ces dernières années des films intéressants, américains essentiellement (de Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol au récent Splice de Vincenzo Natali). Tout est donc question de traitement, ou de sur-traitement dans le cas présent. Chaque élément est montré, pointé du bout de la caméra, soutenu par une musique redondante. Derrière des plans vaguement élégants, dans une atmosphère qui se voudrait glaciale (on est dans un hôpital ou on ne l’est pas), L’Enfance d’Icare fait de l’appui, ou de l’accentuation, l’unique geste de sa mise en scène, un mauvais réflexe comme volonté de coller aux codes supposés du genre cinématographique recherché qui ne fait qu’alourdir des dialogues si empruntés qu’ils confinent au ridicule (dont une longue et inoubliable métaphore filée sur le piano) et une direction d’acteur déplorable. Entre Guillaume Depardieu à côté de la plaque et les minauderies engourdies d’Alysson Paradis, le jeu des acteurs ressemble au mauvais doublage d’un soap.

A partir de là ne reste plus qu’à compter les points et à attendre les passages obligés : la romance aussi inévitable qu’inutile, la souffrance, le complot, la fuite et la poursuite pétaradante… Et même une chanson sera de la partie. L’Enfance d’Icare entretient autant l’exaspération que le fou rire nerveux. A l’origine le film était prévu comme premier volet d’un diptyque dont la seconde partie s’annonçait tout aussi alléchante sur le papier. Peut-être ne vaut-il mieux pas continuer à se brûler les ailes et prendre au sérieux les avertissements que le réalisateur sème dans son film : « Erreur 9. Risque de prolifération anarchique. » Quant à Guillaume Depardieu, faisons abstraction totale de ce film pour ne garder en mémoire que sa prestation dans le beau Versailles de Pierre Schoeller comme dernière image.

Titre original : L'Enfance d'Icare

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Durée : 96 mn


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