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Le Néoréalisme rose

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Entre l’austérité du néoréalisme et la férocité de la grande comédie italienne, il y eut le néoréalisme rose.

Le mouvement néoréaliste constitua une révolution thématique et esthétique majeure pour le cinéma italien et mondial. Cependant, sa vision noire et misérabiliste du pays durant l’après-guerre ne rencontrait pas forcément les faveurs du public et était également très mal perçue par le gouvernement italien. En 1952, Giulio Andreotti, alors secrétaire d’État au Tourisme et au Spectacle, fera par exemple pression auprès du Festival de Cannes afin d’empêcher la remise de la Palme d’Or pourtant promise au Umberto D (1951) de Vittorio De Sica. Une nouvelle orientation se dessine, ce qui conduira au courant du « néoréalisme rose ». Ce terme désigne les productions italiennes des années 1950 qui, tout en conservant la veine sociale et réaliste propre au néoréalisme, l’orientèrent vers la comédie. Vittorio De Sica se réinvente ainsi en signant L’Or de Naples (1954), au ton plus contrasté, et deviendra, en tant qu’acteur, l’incarnation de ce courant avec la saga des Pain, amour… Les maux quotidiens sont considérés sous l’angle du rire sans être adoucis avec des œuvres truculentes comme Gendarmes et voleurs (1951) de Mario Monicelli ou Dimanche d’août (1950) de Luciano Emmer. Ce virage amorce en tout point la mue vers la commedia all’italliana, versant plus acide de la comédie italienne, symbolisée par la constitution du couple mythique Marcelo Mastroianni/Sophia Loren, réunis dans Dommage que tu sois une canaille (1954) d’Alessandro Blasetti. À la fin des années 1950, profitant de la transition du néoréalisme rose, la révolution sera en marche avec Le Pigeon (1958) de Mario Monicelli, qui annonce l’âge d’or féroce des Dino Risi, Luigi Comencini et autres Ettore Scola.

Bonne lecture avant un Coin du cinéphile consacré à Sacha Guitry.


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