Le Labyrinthe de Pan (El Laberinto del Fauno)

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Une forêt quelconque où s’agitent quelques rebelles républicains, derniers résistants d’une cause perdue à tout jamais. Autour d’eux, une garnison franquiste emmenée par Vida, despote sanguinaire et monstre globuleux composé par l’acteur Sergi Lopez surprenant de cruauté. Carmen, son épouse, enceinte d’un futur garçon et accompagnée de sa fille Ofélia, née d’un premier mariage, l’ont […]

Une forêt quelconque où s’agitent quelques rebelles républicains, derniers résistants d’une cause perdue à tout jamais. Autour d’eux, une garnison franquiste emmenée par Vida, despote sanguinaire et monstre globuleux composé par l’acteur Sergi Lopez surprenant de cruauté. Carmen, son épouse, enceinte d’un futur garçon et accompagnée de sa fille Ofélia, née d’un premier mariage, l’ont rejoint afin d’échapper à la grandeur et la décadence de la capitale madrilène. Un labyrinthe situé près de la résidence. En douceur, Ofélia s’enfuit dans ses rêveries de promeneuse solitaire et finit par échouer dans ce labyrinthe surveillé par un faune prénommé Pan. Inquiétude étrangeté. Le bruit des bottes enveloppe l’âme de son élan chaotique. Un opéra mortel qui entraîne tous ses acteurs dans un abîme sanguinaire. La vérité éclatera sous les yeux rieurs d’une fillette désireuse de croire à l’invraisemblable. La magie opérera le temps que la mort prenne position.

Tel est le fascisme, telles sont les routes qui mènent à l’asservissement physique et moral, tel est le sujet du dernier film de Guillermo Del Toro. Conte de fée pour adulte, Le Labyrinthe de Pan surprend par sa narration fluide sur sujet terriblement houleux, la période franquiste de la fin des années 40. Déjà dans L’Echine du diable, un de ses précédents films, Del Toro filmait la domination meurtrière de ce fléau qui régna en Espagne durant près de trente-six ans. Utilisant le canevas du fantastique, l’auteur d’Hellboy reprend les mêmes ingrédients afin de façonner une œuvre qui se caractérise par une richesse visuelle matinée d’une réflexion subtile. L’Echine du diable respirait les contes anglo-saxons, Le Labyrinthe de Pan inhalera la peinture d’un Goya.

La comparaison avec le peintre espagnol est tout bonnement évidente. Une toile telle que le Saturne dévorant son fils présente en tout point une thématique commune avec le film de Del Toro. Même terreur dans sa forme, horreur du geste à son paroxysme, délire spirituel quasi similaire. Les intentions de Goya et de Del Toro sont similaires. A leur manière, les deux artistes décrivent un fascisme avalant tout sur son passage, réduisant l’homme aux pires besognes, aux pires humiliations psychologiques, à une mort certaine. Symbolisés par des couleurs criardes, les plans de Del Toro fouettent les sens du spectateur. Nerveuse, hésitante, la caméra pénètre dans le for intérieur de chacun des personnages, laissant transparaître un pourrissement moral quasi indéfectible. Vidal dégage l’odeur de la mort. Carmen traîne avec elle la trahison de la vie. Le docteur fuit ses idéologies et persuade les résistants de fuir. Reste Ofélia, seule vierge des maux, qui préfère disparaître de ce microcosme pour rêver à une existence sereine.

Dans Le Labyrinthe de Pan, l’auteur préfère filmer une parabole afin de cerner les causes néfastes d’un tel régime. Préférer les rêves est synonyme de retranchement, d’évasion vers un monde différent que celui que l’Espagne des années 40 pouvait offrir. Dans un tourbillon fantastique, Le Labyrinthe de Pan nous plonge dans ses dédales empoisonnées où des fées se font dévorées par des monstres sans yeux, où des faunes achètent la vérité avec la robe du mensonge, où des plantes de mandragore guérissent des femmes enceintes. Pénétrer dans ce gouffre aux chimères peut vous hisser vers un piédestal surréaliste. Si Ofélia désire de toute ses forces devenir la princesse tant glorifiée par le faune, c’est pour rejoindre une lumière quasi absente de sa vie réelle. En toute logique, Del Toro use et abuse de ficelles magiques afin de nous plonger dans une véracité sans nom : le passé de la dictature intellectuelle peut reprendre ses droits.


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