Select Page

Le cinéma italien des « années de plomb »

Article écrit par

Une des périodes les plus agitées de l’Histoire de l’Italie donne un des moments les plus inspirés de son cinéma.

L’Italie sut toujours se nourrir de ses fêlures pour stimuler son cinéma, jamais aussi intéressant qu’en temps de crise. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le pays se reconstruit douloureusement après le désastre et plusieurs cinéastes sont là pour capturer les difficultés quotidiennes de la population. C’est l’ère des Rosselini, Vittorio De Sica ou des premiers pas d’un Visconti. Plus récemment, le renouveau du cinéma italien se manifesta alors que le règne de Berlusconi battait son plein.

De ce fait, une des périodes les plus inspiratrices fut donc ce tournant douloureux qui ébranla le pays de 1969 à la fin même des années 80. Ce fut la montée des groupuscules extrêmes comme la Brigade rouge aux moyens de revendication violents comme l’enlèvement ou le terrorisme. L’angoisse des citoyens, leurs doutes sur leur gouvernement dont les errements sont la cause de cette violence imprégnera donc durablement les films produits à cette période.

Le cinéma italien vivant alors son âge d’or, les cinéastes comme les genres forts différents donneront des œuvres remarquables et singulières. Dino Risi imprègne de tout son cynisme le cinglant Au nom du peuple italien, Elio Petri délivre un ovni décalé avec Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Damiano Damiani le polar puissant Confession d’un commissaire de police au procureur de la république  et Vittorio De Sica se réfugie dans le passé fasciste pour parler du présent dans son sublime dernier film Le Jardin des Finzi-Contini, tout comme le polar . Les jeunes réalisateurs procédèrent de la même dernière, s’engouffrant dans ce passé récent pour évoquer indirectement le sort du pays avec une grande réussite. Le Rêve italien de Michele Placido revient avec nostalgie sur les événements précédents ces sombres années, Nos meilleures années donne dans la grande fresque historique tandis que Mon frère est fils unique aborde par l’intimité d’une fratrie les méfaits de ces conflits écologiques. Le maître Marco Bellochio qui vécut directement cette période revenait quant à lui sur un enlèvement à la tournure tragique dans Buongiorno Notte.

Ce Coin du cinéphile n’est qu’un aperçu de cette période incroyablement riche, qui donnera, on l’espère, l’envie de se pencher davantage sur un cinéma italien en effervescence et stimulé créativement par ces faits tragiques. Bonne lecture avant un futur thème consacré à Tim Burton.


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Tu mérites un amour

Tu mérites un amour

Passée par l’école Kechiche, essayant d’en adopter les méthodes, Hafsia Herzi ne parvient pas à rendre sa parole claire ni intelligible. Un film sur la vie, l’amour, la haine, qui manque de singularité, d’intérêt, de poésie, de cinéma.