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Le Cercle des petits philosophes

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En questionnant une classe de primaire, on comprend mieux l’intelligence et la vivacité de l’enfance.

Les enfants et la philosophie

Les enfants et la philosophie est un sujet qui ne peut que passionner les cinéastes parce que, justement, la prise de parole des enfants, souvent dénuée de tout filtre, constitue un matériau à la fois fragile et puissant pour un cinéaste. Le film de Cécile Denjean répond quelque peu à celui de Pierre Barougier et Jean-Pierre Pozzi, Ce n’est qu’un début, paru en 2010. Il le complète, y répond, mais ne le parodie pas, ne serait-ce que dans l’utilisation de l’image, magnifique. On se souviendra longtemps du long plan sur le canal avec la lune et les étoiles, ces images qui viennent ponctuer le film et nous placer dans une sorte d’intemporalité propre à la philosophie et à la méditation. De plus, les enfants ne sont justement pas traités comme des gosses. Le philosophe, Frédéric Lenoir, qui vient s’installer dans leur classe pendant une année scolaire, est invité par le professeur, mais il ne s’impose pas, il recueille la parole après avoir, comme Socrate en quelque sorte, lancé une question. Il ne s’agit donc pas de cours de philosophe à proprement parler et c’est tant mieux, mais de réelle maïeutique opérée par celui qui déclare en préambule au dossier de presse du film  : « L’éducation est la clé de tout.  »

 

 

L’amour et la mort

On en prend bien conscience quand on entend le niveau de langue de ces enfants de classe primaire, et la profondeur des questions essentielles et existentielles. On goûte justement à la naissance de l’esprit à travers ces échanges entre un ou deux adultes, et une classe d’enfants qui n’a peur ni de faire fonctionner ses neurones, ni de se livrer spontanément sur des questions qui hantent tout le monde, mais que les adultes se sont dépêché d’enterrer, comme l’amour, la sagesse et, bien sûr, la mort. On le voit, du reste, l’amour et la mort qui ouvrent et ferment toute existence humaine sont des sujets d’angoisse, de questionnements. Et la richesse du film est d’avoir su laisser s’exprimer ces enfants qui, par moments, parlent aussi bien, sinon mieux que des adultes, en tout cas de façon plus sincère. C’est là toute la force de ce beau film qui suit pas à pas l’initiative de Frédéric Lenoir qui a voulu faire entrer la philosophie à l’école primaire, et continuer cette tâche pour toucher un maximum d’enfants et de professeurs des écoles. De plus, il ne s’agit pas seulement de chercher ensemble des réponses à des questionnements philosophiques, mais aussi à apprendre à méditer et à se libérer des tensions.

 

 

Une plongée dans le temps de l’enfance

C’est cette tentative, cette quête, que la réalisatrice est parvenue à mettre en images et en paroles, à la demande du philosophe et c’est ce qu’elle confie au dossier de presse du film au sujet de Frédéric Lenoir  : « Persuadé que cet enseignement pourrait changer le monde en une génération, il m’a proposé de réaliser un film qui montrerait ce que vivent les enfants qui ont la chance de faire régulièrement ces ateliers de méditation et de philosophie à l’école. Nous avons tourné dans deux écoles primaires de la région parisienne, de décembre à juillet, avec des enfants de 7 à 11 ans. Et nous avons tenté de saisir les idées, les rêves, et les émotions qui passaient à l’intérieur de leurs têtes.  » C’est exactement ce qui se passe lorsqu’on voit ce film à la fois émouvant, mais plein d’espoir sur l’avenir de la jeunesse, à regarder sans modération surtout lorsque le doute vous assaille quand vous les voyez trop jouer à la console ou se goinfrer de hamburgers. On l’a dit, ils pensent plus souvent à la vérité et à la mort qu’on ne pourrait le croire. « Ce qui me fait plus peur dans la mort, c’est d’arrêter de penser. Moi j’aime bien penser », dit Maya, 10 ans, avec un sourire. « Il y a deux mondes. Le monde de mes rêves, et la réalité. Quand je réfléchis, j’essaie de coller les deux mondes ensemble, et je vois ce que ça fait, et ça me fait réfléchir », répond Rose, 10 ans. Dans ce film, il s’agit tout simplement de voir les enfants penser, de les écouter réfléchir, de les suivre dans leurs rêveries, d’écouter leurs voies intérieures. C’est une plongée dans le temps de l’enfance. Et c’est une bien belle réussite sur le plan à la fois esthétique et culturel.

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Durée : 90 mn


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