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Le Caméléon

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Partant d’un sujet aussi stimulant que la substitution d’identité et la déroute pouvant l’accompagner, le nouveau film de Jean-Paul Salomé tombe rapidement à plat… comme toujours hélas.

L’engagement sans a priori dans la découverte d’un nouveau film de Jean-Paul Salomé relève pour tout cinéphile de l’épreuve de force, Belphégor, Arsène Lupin et Les femmes de l’ombre figurant aisément parmi les films français les moins « réalisés » de la décennie passée. En droite ligne de l’Œuvre, ce Caméléon ne cache aucune surprise dans sa besace, sinon celle de l’association de la signature de ce dernier à pareille grosse production anglophone. Adaptation du livre de Christophe d’Antonio consacré au fameux « mythomane adolescent » Frédéric Bourdin, Le Caméléon fera du « vice » de la substitution d’identité l’objet d’un pesant psychodrame mettant curieusement de côté toute possibilité d’immersion du récit dans les eaux troubles du pur mystère, de l’indécidable.

Tourné sous le soleil pâle de Louisiane, ce dernier film pêche pour commencer par son manque de « noirceur », se préservant dangereusement de toute velléité de confusion durable, tout semblant glisser sans douleur sur l’écran, la qualité de jeu très « soap » des comédiens n’aidant par ailleurs pas à se sentir longtemps concerné par les quelques promesses d’emballement d’une intrigue sans objet. La seule pointe d’originalité du Caméléon se situerait malgré tout du côté de ce casting improbable, comme réuni à la dernière minute, faisant se côtoyer une hystérique Ellen Barkin et un Marc-André Grondin ne faisant apparemment que passer, une Emilie de Ravin un peu oubliée des scénaristes de Lost et une Famke Janssen sauvant un peu les meubles dans son emploi de fliquette tantôt svelte tantôt enceinte (Le Caméléon joue pas mal avec le temps), persuadée au premier coup d’œil que oui, vraiment, quelque chose cloche chez ce type-là.

C’est sur ce point surtout que Salomé, malgré ses limites, pouvait tirer sa petite épingle du jeu : le partage, même provisoire, de quelques points de vue, la contamination des scènes par la subjectivité de tel ou tel personnage susceptible de faire avancer l’enquête à petits pas. La mythomanie étant dans le meilleur des cas le point de départ de fictions faisant grand feu du bois de la confusion doute/croyance, de films dont la tension principale reposerait étrangement sur une longue platitude de surface, l’inquiétante étrangeté d’un certain quotidien (cf. le mésestimé A l’origine, rare exemple récent de film français ayant su conférer un souffle épique à une modeste histoire d’imposture provinciale).

La seule empreinte notable de Jean-Paul Salomé pourrait être un intérêt grandissant pour les récits de substitution, d’intrusion, de dissimulation d’identité (à bien y regarder, ses trois précédents films ne reposaient sur nul autre socle). Reste la cruauté d’un constat. Celui qu’ici comme ailleurs, le sujet déborde son traitement, qu’acteurs, scénaristes et cinéaste semblent perdus entre suivi plan plan d’un scénario archi-balisé, n’ayant que faire des fissures, n’existant que sur la certitude d’aboutir quoiqu’il arrive à son point final et conscience que pareille thématique gagne souvent à cultiver quelque inquiétude, l’idée d’une éventuelle irrésolution.

D’où sans doute les crises de larmes des personnages féminins (mention spéciale à Ellen Barkin – qui brilla tant jadis « dans la peau d’une blonde », sous l’œil avisé d’un Blake Edwards encore d’attaque –, assez stupéfiante de cabotinage), sensées tenir lieu de marques visibles de la susdite confusion. D’où les rictus et grimaces du frangin bourrin (Nick Stahl), dont l’accueil du cadet retrouvé sera très vite révélateur d’un secret de famille mal digéré… Aller plus loin dans l’énumération de ces impasses narratives et esthétiques risquant de relever du démontage bête et méchant, il serait raisonnable de s’arrêter là.

Titre original : Le Caméléon

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Durée : 106 mn


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