L’Artiste

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Une petite fable limitée par une vision simpliste.

L’Artiste est un film qui voudrait défendre une certaine forme de sincérité dans la création, mais qui suit lui-même paradoxalement des voies parfois douteuses. On y suit les aventures de Jorge, infirmier dans un service de gériatrie, qui subtilise régulièrement les productions graphiques d’un de ses patients, un vieil autiste, pour les entreposer dans un coffre. Lorsqu’il se décide à les présenter à une galerie d’art, faisant croire qu’il en est l’auteur, le succès est immédiat : expos, ventes, cocktails, reconnaissance du monde de l’art, conférences à l’université, intérêt des médias… Artiste aux yeux du monde, il se retrouve dans une situation où chaque geste, chaque déclaration participe de la constitution d’une figure de créateur, où tout – comme du simple fait du statut acquis par le bonhomme – semble devoir faire œuvre. Cette évolution sera prétexte à l’exposé d’un point de vue sur le monde de l’art contemporain.

Le principe du film est dans le fond assez simple. Il s’agit, en introduisant une première imposture, d’en démasquer une seconde, bien plus condamnable au regard des auteurs. La trajectoire de Jorge est un révélateur qui fait apparaître, au fur et à mesure de sa progression, la fausseté du monde de l’art dans toutes ses composantes, du créateur à l’exposant, du mécène au théoricien et à l’historien, et finalement au public lui-même, réduit à une figure de stupide groupie trop facilement conquise. Les auteurs du film, eux, se réservent la meilleure place : celle du narrateur au point de vue ironique, position justifiant un supposé savoir qui n’est jamais discuté, sur lequel ils s’appuient pour se permettre de proposer un regard facilement désenchanté sur le monde d’aujourd’hui. L’essentiel du projet du film tient dans l’adoption de cette posture, et c’est bien là le problème. L’Artiste avance ainsi sans jamais se départir de cette agaçante impression qu’il produit d’être persuadé de posséder à l’avance toutes les réponses, tentant bien maladroitement de dissimuler son arrogance derrière les attraits d’une mélancolie doucereuse. Mais celle-ci ne trompe jamais : le sentiment d’insatisfaction généralisée qui y règne n’est là que pour exprimer un rejet rapide et facile. Installés dans leur tour d’ivoire, les auteurs de L’Artiste refusent de prendre leur sujet à bras le corps, de l’interroger, de le faire vivre.

La dichotomie entre authenticité et fausseté (la sincérité du vieillard peintre dont la pratique est pure, expressive, désintéressée, contre un univers qui a oublié de produire des œuvres pour ne faire plus que se complaire dans des postures) est ainsi donnée trop vite comme évidente, et malheureusement jamais discutée, le film préférant se positionner en retrait, adoptant un ton supérieur et moqueur. Un certain sens de la nuance eut été bienvenu, afin de rendre compte d’enjeux autrement complexes que ceux qui apparaissent ici. Pourfendeurs du faux, nostalgiques, les cinéastes ne varient pas d’un iota de leur position initiale, montrant un personnage d’imposteur un peu minable toujours surpris par l’ampleur de l’enthousiasme suscité par « ses » œuvres, et décidé à en profiter. La piste du vampirisme identitaire, esquissée, semblait quant à elle vouée à l’échec dès le départ du simple fait du manque de profondeur de ses deux personnages principaux, véritables coquilles vides. Au final, un seul enjeu se dégage de L’Artiste : prêcher les convertis, qui se satisferont entre eux de partager le même point de vue.

Titre original : El Artista

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Durée : 90 mn


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