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Il n’est jamais trop tard

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Seconde réalisation d’un acteur sympa se présentant ici en adolescent quinquagénaire, sous le regard complice d’une camarade de jeu idéale. Une jolie surprise.

En amont, un mélange de curiosité et de scepticisme, à l’idée de voir un film joué et réalisé par Tom Hanks, acteur certes attachant, déjà signataire il y a quinze ans d’un petit objet plutôt sympathique (That thing you do), mais peu aidé cette fois par l’affiche et le sujet de ce deuxième opus. Il s’avère pourtant qu’assez vite, Il n’est jamais trop tard apparaît comme un film plus qu’honnête, feel good movie à la fois cohérent dans sa trame et sobre dans sa structure. Hanks s’y donne le rôle de Larry Crowne, quinqua licencié du jour au lendemain parce que n’ayant pas été à l’université.

Partant de là, quelle direction suivre, aussi bien pour le personnage que le cinéaste ? Pas celle, heureusement, de la fin de parcours ou de la dépression de l’américain moyen perdant ses repères en pleine midlife, mais de la recharge : plutôt que de voir en ce licenciement le début d’une impasse, pourquoi ne pas prendre mes ex employeurs aux mots en y allant maintenant, finalement, à l’université ?

Il n’est jamais trop tard suit alors le personnage dans sa rencontre avec bien sûr de « vrais » étudiants, jeunes et pleins de projets, mais aussi d’autres « vieux » reprenant les chemins de la fac à des fins de reprise en main. Suivant les cours de Mercedes Tainot, professeure d’expression orale (Julia Roberts, à qui l’emploi de femme désabusée, plus tellement dupe de l’amour au vu de son divorce imminent ne va pas mal), le nouveau jeune homme se prendra surtout au jeu voisin d’une réaffirmation de sa personnalité et de la redécouverte d’un potentiel de séduction qu’il ne soupçonnait plus.

C’est dans sa manière de se montrer à la fois comme l’homme mûr qu’il est aujourd’hui et l’éternel adolescent qu’il demeure que Tom Hanks parvient à rendre crédible cette love story en mineur. Aidés dans leur projet par une petite troupe préservant tout du long un droit de regard sur cette aventure, Larry-Hanks, plutôt qu’acteurs et directeurs solitaires d’une étape de leur vie d’homme, s’offrent surtout comme authentiques partenaires de jeu.

Dans la salle de classe, lors de leurs virées en scooter, tous les personnages de ce film d’apparence très lisse, presque anonyme semblent portés par leur confiance en une permanente disponibilité de l’autre. Les spectateurs de l’histoire naissante entre Larry et Mercedes en sont peut-être, à leur insu, les véritables instigateurs. Cet art de la mise en avant discrète mais certaine du groupe, de la valorisation de chaque personnage croisant la route d’un couple de stars supposé au départ se suffire à lui-même est assez significatif de cette fameuse sensibilité des acteurs-cinéastes au partage de la scène.

D’où sans doute que, bien que dominant comme toujours les situations par sa voix grave, ses jambes interminables, son regard teinté de lassitude et d’émerveillement jeune fille, Miss Julia, vingt-deux ans après Pretty Woman, douze ans après Coup de foudre à Notting Hill (les deux comédies romantiques majeures de sa carrière), s’offre avant tout à Larry comme une camarade privilégiée plutôt qu’un trophée (y compris lors du baiser conclusif, si si).

Titre original : Larry Crowne

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Durée : 99 mn


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