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Festival de Cannes 2012 – Jour 5 : Sections parallèles

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Bruno Podalydès offre le premier film drôle du festival ; Thomas Vinterberg revient avec un film plus sage. Et on s’éloigne de la compétition pour découvrir les sections parallèles.

Cannes jour 5, la fatigue s’installe, tout se vit dans une sorte de fébrilité qui, mine de rien, permet de continuer. Surtout, ne pas se poser. Il pleut toujours, beaucoup, on attend toujours autant à l’entrée des projections. J’ai raté le Resnais ce matin, puisque, pour la première fois, je n’ai pas pu me fier à mon réveil pour me lever. Mais j’ai rattrapé le Vinterberg, manqué avant-hier ; et vu ce matin mon premier film de la Quinzaine des réalisateurs, Adieu Berthe (L’Enterrement de Mémé), le nouveau Bruno Podalydès.

Deux mots sur ce dernier, puisqu’il sort bientôt (le 20 juin), et que nous aurons le temps d’y revenir plus précisément. Après Bancs publics, qui nous avait très peu enthousiasmé en 2009, on était curieux de voir le nouveau film de Podalydès, globalement convaincant en tant que cinéaste. Et Adieu Berthe est assez génial. Déjà parce qu’il fait de l’enterrement d’une grand-mère le point d’entrée de plusieurs sujets, tous passionnants : le couple, le deuil, les souvenirs. On y suit Denis Podalydès, très paumé dans ses relations amoureuses, qui hésite entre sa femme (« On pourrait se séparer progressivement, non ? ») et sa maîtresse (Valérie Lemercier), et doit gérer l’enterrement de « mémé », une grand-mère si discrète qu’il l’avait complètement oubliée. Sur le couple, c’est extrêmement fin. Lassitude des années versus attrait de la nouveauté, l’argument n’est pas nouveau, mais, avec le talent d’écriture de Podalydès, il donne lieu à des scènes aussi hilarantes que déconcertantes. Sur le deuil et les souvenirs, c’est très émouvant : la découverte à la maison de retraite d’anciennes lettres d’amour, par exemple, est l’une des plus belles séquences du film.
Il y a aussi que Podalydès possède un incroyable sens du casting, et que tous ses acteurs sont excellents, Lemercier en tête, aussi parfaite en ex ordurière qu’en amante frustrée. Alors bien sûr, c’est parfois bavard, toujours au bord d’un trop-plein d’excentricité : mais cette fois-ci, ça marche totalement. Surtout, Adieu Berthe fait du bien en milieu de festival, en apportant un peu de la légèreté dont la sélection manque parfois. On en reparle très vite, donc.


 
Le Vinterberg, lui, est moins surprenant, mais pas mal du tout non plus. Le Danois revient sur la Croisette douze ans après son Prix du Jury, avec un thème similaire et un film qui se présente en quelque sorte comme l’antithèse de Festen. Beaucoup de nos collègues adorent le film, et l’on entend plusieurs festivaliers parler d’une « sacrée claque ». On est plus mitigé, même si l’ensemble est vraiment de belle tenue. Jagten raconte l’histoire d’un père salement divorcé, accusé à tort d’abus sexuel sur une petite fille du jardin d’enfants où il est animateur. Le film suit son parcours sous forme de descente aux enfers, montre l’intolérance qui règne dans une petite ville de province où tout le monde est prompt à condamner sans poser plus de questions. La présomption d’innocence, connaît pas, Lucas est un salaud fini, plus question de l’accueillir aux soirées où de le laisser faire ses courses au supermarché du coin.
La plus grande force de Jagten est de déplacer très vite son propos, évitant d’emblée la redite de Festen : ce n’est pas un film sur la pédophilie, mais bien sur le mensonge et la rumeur, la manière dont elle enfle à toute vitesse, et dont elle peut briser une vie sur la durée. Jagten est une œuvre extrêmement cohérente, à la ligne claire dont on ne s’éloigne jamais. C’est, tout compte fait, suffisamment rare pour être souligné ; surtout, cela permet de s’attacher presque immédiatement au destin du personnage, de trembler avec lui, de partager sa peur constamment et sans relâche. Mads Mikkelsen est impressionnant en homme bafoué qui ne comprend pas l’acharnement de sa communauté, n’arrive même pas tout de suite à se défendre tant il est abasourdi.


Jagten, en ne déviant jamais de sa ligne de base, est ainsi captivant, à défaut d’être follement original dans le traitement de son sujet. Drame par ailleurs classique, il renforce l’impression que Thomas Vinterberg s’est désormais donné pour objectif de faire des films accessibles, plus grand public qu’auparavant. Le temps du Dogme de Festen est bien loin ; le clivage avec Lars von Trier aussi. L’œuvre du cinéaste, si elle continue d’évoquer des thèmes sensibles, semble aller vers plus de retenue, revendiquer un peu moins le côté in your face de Festen. On pense désormais plutôt, par exemple, aux films d’une Susanne Bier, elle aussi « américanisée », en quelque sorte, avec le temps. Ce n’est pas forcément une qualité, on n’est d’ailleurs pas tout à fait sûr de préférer. Vinterberg est assurément moins chien fou, se veut moins agent perturbateur. Mais son Jagten est parfaitement dans les clous, et on le suit avec un vif intérêt de bout en bout.

Voilà pour aujourd’hui. Il est temps de courir au Miramar pour la projection de J’enrage de son absence, le nouveau film de Sandrine Bonnaire en tant que réalisatrice et sélectionné à la Semaine de la critique. Ce sera l’occasion d’assister à une séance d’une autre section parallèle, et de vérifier si Bonnaire confirme tout le bien qu’on pense d’elle derrière la caméra depuis son documentaire Elle s’appelle Sabine. À demain. 
 
 

Journées précédentes :
Festival de Cannes 2012 – Jour 1 : Trouver son rythme
Festival de Cannes 2012 – Jour 2 : Les amours contrariées
Festival de Cannes 2012 – Jour 3 : Toute première fois
Festival de Cannes 2012 – Jour 4 : All is love


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