Festival de Cannes 2012 – Jour 3 : Toute première fois

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Avec « Antiviral », Brandon Cronenberg, fils de, livre la première véritable (bonne) surprise du festival.

3e jour de festival, Stéphanie m’a rejoint pour le week-end. On prend le rythme, on sait désormais où se poser pour pouvoir écrire un peu au calme. Aujourd’hui, la plage de la Quinzaine des réalisateurs, Quinzaine dont je n’ai toujours pas réussi à voir un seul film en raison d’un planning tyrannique qui oblige à des choix cornéliens entre les différentes sections. Ça aussi, ça fait partie du jeu. Mais c’est parfois frustrant. Frustrant aussi de voir tant de films bout à bout et d’écrire dans la foulée. Des films qu’on n’a pas le temps d’intégrer, auxquels on aimerait pouvoir revenir plus longtemps, moins dans l’urgence. Mais encore une fois, l’envie de parler de ce qu’on voit est plus forte. Surtout quand, comme aujourd’hui, le festival offre de vraies découvertes.

Après deux journées de films qu’on attendait mais qu’on a finalement découvert tels qu’en eux-mêmes, assez proches de ce qu’on avait pu percevoir auparavant de leurs réalisateurs ou de leurs scénarios, la sélection Un certain regard projetait aujourd’hui le premier film de Brandon Cronenberg, fils de David, qui lui, présentera vendredi prochain son Cosmopolis. Une première œuvre est toujours fondamentale ; c’est elle qui donne envie de voir la prochaine, de miser ou non sur son cinéaste. Et sur Brandon Cronenberg, on a vraiment bien envie de miser. Je ne suis pas persuadé qu’il fasse tout à fait mon style de cinéma, mais son Antiviral est, non seulement enfin une véritable découverte, mais un premier film maîtrisé et assez impressionnant. Difficile d’en résumer la trame, plutôt obscure quand on ne l’a pas vu, mais il s’agit d’un jeune commercial, Syd March, qui travaille dans une clinique s’occupant d’inoculer à des fans fortunés les virus contractés par leurs célébrités préférées. Plus tard dans le film, il s’injecte lui-même le virus d’une star adulée pour pouvoir le revendre au marché noir. Forcément, ça tourne mal, puisqu’il devient l’objet de toutes les convoitises, des agents de la comédienne à la clinique concurrente.
Voilà pour le pitch, en gros. Évidemment, on est tenté d’emblée de rapprocher le film de la filmographie de son père : même goût du bizarre, même fascination pour l’indicible, et surtout, même traitement du corps, malmené et carrément difforme. Antiviral s’ouvre de manière saisissante sur le plan large de Syd, décadré dans le coin en bas à droite de l’écran, thermomètre à la bouche devant un gigantesque panneau publicitaire. Tout est en fait là, dans cette séquence d’ouverture qui donne à penser l’attrait pour la célébrité comme symptôme incurable. Une des meilleures idées du film, par ailleurs, est de coller de bout en bout à son personnage central, commercial automate qui évolue dans une logique de répétition en boucle. Il sert à ses clients, jour après jour, les mêmes arguments de vente au mot près ; effectue son travail de protection des virus selon un cycle immuable : prélèvement, achat, conversion de l’agent pathogène en maladie visible mais inopérante. Car il s’agit bien de partager avec les stars les signes voyants du mal sans toutefois souffrir des symptômes. Un herpès buccal ou une cellule cancéreuse, ici, valent le plus convoité des autographes.


 
On suit donc Syd effectuer les mêmes gestes en continu, dans un environnement extrêmement ordonné qui contraste constamment avec l’objet du film. Tout est blanc, trop blanc, visuellement clinique et glacial, alors que ce sont les ténèbres dont il est véritablement question. Le cinéaste canadien renvoie corps à corps mobilier Bang & Olusfen, lignes claires et épurées et opérations sordides réalisées dans des décors tout aussi aseptisés. Encore une fois, c’est à une société malade que renvoie Antiviral, lui-même grand film malade qui nous rappelle sans cesse à nos plus bas instincts. Enfin, c’est tous les membres de l’équipe technique qu’il faudrait nommer un à un, tant le cadre et l’image sont la plus grande qualité du film. On pense à The Cremaster Cycle de Matthew Barney ; à Sleeping Beauty parfois, dans l’exécution minutieuse et montrée en gros plans des gestes médicaux, et dans les scènes de lit, où le corps malmené reste couché, inerte. Syd, pendant toute la deuxième moitié du film, n’avance plus qu’à l’aide de canes : là où il devrait rester alité, il rudoie son corps pour aller au bout de sa logique imparable. C’est l’aspect le plus fascinant d’Antiviral, celui qui en fait un film déjà important : la manière dont il filme le corps jusqu’au bout de ses limites, un corps qui travaille sans relâche et donne à observer sa mécanique.

Dans un autre registre, mon accréditation jaune a aujourd’hui joué son premier mauvais tour : après plus d’une heure d’attente venteuse devant la salle Debussy, impossible d’entrer pour la séance du dernier Vinterberg. J’essaierai peut-être de tenter celle de tout à l’heure, à 22h, si j’ai la force. Demain, levée aux aurores pour le Haneke, à 8h30, immanquable pour le coup ; et folle journée pour la suite avec le Hong Sang-Soo et le Kiarostami. Chaque jour est une fête.

Journées précédentes : 
Festival de Cannes 2012 – Jour 1 : Trouver son rythme
Festival de Cannes 2012 – Jour 2 : Les amours contrariées


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