DVD Oradour

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Après « La Rafle » et le battage médiatique autour de ses qualités de film patrimonial, la réédition d´ » »Oradour, le film référence sur la tragédie du village martyr, était l´occasion de se pencher à notre tour sur la question du devoir de mémoire.

Sorti en 1989, en plein effort de réconciliation franco-allemande, Oradour s’articule en deux parties d’une heure chacune. La première, “Les voix d’oradour” donne la parole aux survivants et raconte le massacre tandis que la seconde, “Aujourd’hui, la mémoire” se plonge dans les affres du deuil et de la reconstruction. Le film s’ouvre sur une partie de campagne : soleil, promenade, étreintes, malgré l’occupation, il faisait bon vivre à Oradour en 1943. Avec une brusque coupure, la caméra nous entraîne en 1989, sous une pluie battante, à l’enterrement de Madame Rouffanche, la seule femme rescapée de la tuerie. Ce qui s’est passé dans l’intervalle constitue tout le propos de Michel Follin et Marc Wilmart.

Ceux qui restent

Le 10 juin 1944, un bataillon appartenant à la Panzer Division Das Reich de la Waffen SS en marche vers la Normandie s’arrête à Oradour-sur-Glane, tranquille petit bourg limousin. Résultat : 642 morts, un village détruit et des survivants dévastés à qui Follin et Wilmart demandent, inlassablement, “qui avez-vous perdu ?”. Les réponses, toujours empreintes de pudeur : “Mes parents, ma fille, mon fils, mes oncles, mes neveux, mes petits frères, mes grandes soeurs, mes copains” , l’égrénage affole l’émotivité du spectateur. De toute évidence, c’est ceux qui restent qui intéressent. Leur souffrance, à fleur de peau depuis quarante ans, confine à la pénitence, voire à la mortification et à vrai dire déconcerte. Les ruines du village sont soigneusement entretenues tandis que la construction du nouveau village se soumet à un cahier des charges drastique : aucune fleur, aucune couleur, aucun nom de rue (elles sont numérotées), aucune célébration n’est tolérée, comme si la vie était devenue indécente.

Ni haine ni oubli

Bien que la haine n’habite pas les coeurs – la devise du nouvel Oradour est “Ni haine ni oubli” –, tout est mis en oeuvre pour que le souvenir soit conservé. L’association des familles des martyrs oeuvre en ce sens : protéger la mémoire des disparus, lutter contre la diffamation et le révisionnisme, défendre le site de sa “touristification”. De plus, la construction du nouvel Oradour, tout près des ruines, et l’érection d’un mémorial, les vestiges du village supplicié sont soigneusement entretenus : la dégradation de ce qui reste du Dr Desourteaux est ainsi savamment contrôlée. L’irruption de l’humain au milieu des bâtiments délabrés permet ainsi d’associer l’émotion et la mémoire pour les visiteurs de passage.

Si l’artificialité du dispositif est discutable, et le rapport commémoration/création de l’histoire trop peu étudié, Oradour reste un document d’intérêt général dont les apports, vingt ans après sa réalisation, ont légèrement glissé. L’enjeu de la réconciliation a été dépassé – celui du témoignage et de la transmission de la mémoire -, maintenant que nombre des acteurs du drame ont disparu à leur tour, prend un tout autre relief.

 


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