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DVD « Les Inédits fantastiques de l’Ina » vol. 2

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La voilà, la deuxième vague des Inédits fantastiques de l’Ina. Au menu, des enfants qui passent de l’autre côté du miroir, une poupée sanglante et du Jules Verne << fantastiquement >> adapté.

Alors que le cinéma français des années 70 s’intéresse peu ou pas du tout au genre fantastique, privilégiant dans l’après-Nouvelle Vague comédies et films d’auteur, la télévision, elle, choisit de produire séries et feuilletons révélateurs d’un genre presque oublié en France. Ces productions constituent alors pour le téléspectateur moyen de ces années-là un nid de découvertes et de nouveautés. On parle ici du genre fantastique dans ce qu’il a de plus large, allant de l’anticipation à la science-fiction, en passant par le merveilleux. Une édition, donc, qui permet au (télé)spectateur de redécouvrir aujourd’hui, avec le recul nécessaire, ces raretés qui n’ont été que peu ou pas diffusées.

Philippe, ce petit garçon qui court dans la neige au début de Tout spliques étaient les Borogoves de Daniel Le Comte a un petit quelque chose du Max de Max et les Maximonstres (1) qui, lui aussi, cherche à fuir le monde, et encore plus celui des adultes, pour découvrir l’autre côté du miroir. Diffusé le 2 septembre 1970 sur la deuxième chaîne, ce film de science-fiction aux couleurs enneigées conte l’histoire d’une quête, celle des enfants vers un ailleurs, en une sorte de parcours initiatique où se côtoient bizarreries et merveilleux. Car ce qui importe, finalement, n’est pas tant la finalité du voyage que la manière dont ils vont vivre ce périple. On salue le côté poétique, presque expérimental et bricoleur de Tout spliques étaient les Borogoves, dont on imagine qu’il aurait à l’époque pu plaire au jeune Michel Gondry. Le téléfilm, malgré le peu de moyens et un sujet ambitieux, évite le côté kitsch dans lequel il aurait pu si facilement tomber et apparaît finalement comme une réussite honorant, à son niveau, le genre.
 
 

Tout spliques étaient les Borogoves

L’attrait pour les œuvres de Jules Verne, à travers ses adaptations pour le petit écran, témoigne avec Les Indes noires, Maître Zacharius et Le Secret de Wilhelm Storitz de cette influence. L’adaptation par Pierre Bureau de Maître Zacharius (2), que l’on peut également trouver dans ce coffret, n’atteste toutefois aucunement d’un quelconque plaisir de redécouverte. Au contraire, le téléspectateur d’aujourd’hui, comme peut-être celui d’hier, se trouvera sûrement déçu par cette proposition, qui se complaît dans une certaine fixité. Aucun risque n’est pris, aucun moyen n’est mis en œuvre pour s’extraire d’un traditionnel théâtre filmé. De l’ennui en boîte. Le Secret de Wilhelm Storitz de Eric Le Hung dévoile, pour sa part, quelques curiosités, du moins quelques essais techniques, qui méritent malgré tout d’être ici salués. Plusieurs séquences de trucages jalonnent le film, permettant de faire apparaître et disparaître un homme : l’homme invisible. En vue de la réussite de ces effets spéciaux, ce film sera réalisé et en 35mm et en noir et blanc.

Wilhelm Storitz : l’homme invisible apparaît en fondu enchaîné

C’est de l’œuvre éponyme de Gaston Leroux qu’est tirée La Poupée sanglante de Marcel Cravenne, série de six épisodes diffusée à la télévision en 1976. Pour poursuivre dans cette veine fantastique, rien de tel que des stéréotypes du genre : savant fou et créature sont ainsi à l’honneur dans cette série qui voit se confronter, dans un esprit très manichéen, le riche et le pauvre, le beau et le laid. Poursuivi et accusé de meurtres, Benedict Masson, pourtant innocent, se fera couper la tête. Ces clichés vont être amenés à se côtoyer tout au long de cette intrigue, sûrement fantastique, mais aussi et surtout policière. Le savant, presque fou, va greffer le cerveau du condamné à mort Benedict Masson, coupable de sa laideur, sur le corps de Gabriel, jeune premier tout beau et tout blond. C’est ainsi que le thème de l’apparence va constituer le leitmotiv de ce récit de science-fiction qui met en avant le personnage du robot, de l’automate, pas tant pour interroger le genre que pour perpétuer et transposer dans le cadre de la télévision française ce mythe hyper exploité qu’est la créature fantastique. Le récit fonctionne mais l’histoire souffre de lacunes narratives qui peinent à être comblées, le peu de qualité technique censant structurer le tout ne faisant qu’appauvrir une forme qui frise parfois le ridicule. Un manque d’exigence que la télévision, au regard d’aujourd’hui, n’a pas encore réussi à surmonter.

Ancrées dans leur époque, ces œuvres télévisuelles apparaissent désormais comme des raretés. Mais ce caractère rare ne les rend pas pour autant sacrées. Ce qu’il faut néanmoins saluer, c’est que la télévision, en diffusant ces téléfilms, donnait alors la part belle aux créations et aux essais de genre, ce qui n’existe plus désormais. Une édition qui permet donc aux téléspectateurs des années 2010 de passer, devant leur poste, de bons moments que la télévision ne privilégie aujourd’hui plus.

(1) Where The Wild Things Are, de Spike Jonze, 2009.
(2) Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme pour le titre intégral du conte.

Depuis le 3 janvier 2012, retrouvez les titres de la collection « Les Inédits fantastiques » dans tous les magasins spécialisés et sur la boutique de l’Ina.

La collection sera prochainement suivie d’un troisième volet qui comprendra un coffret Marcel Aymé, la série Le Voyageur des siècles et le film L’Invention de Morel.


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