Select Page

Coffret DVD Albert Serra

Article écrit par

Trois personnages bibliques et grotesques pour un film admiré par la critique cannoise, le tout accompagné d’un documentaire inédit : les aventures d’Albert Serra et de son équipe dans la Mancha. Pour les fans exclusivement.

Dialogues minimalistes, décors lunaires ou luxuriants, personnages bibliques et grotesques, Le Chant des oiseaux (El Cant dells Ocells) d’Albert Serra, présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs en 2008, est sorti en DVD depuis le 3 avril. Mais dans un double coffret DVD, puisque ce film du réalisateur catalan est accompagné d’un autre, Le Seigneur a fait pour moi des merveilles, un repérage inédit qu’il a réalisé en compagnie de son équipe dans la région de La Mancha.

L’avantage de cette double composition, un « vrai » film et un film de repérages, est que l’on peut pénétrer dans l’univers du Catalan par la grande porte. Avoir un accès direct à son univers, à sa manière de travailler, de communiquer avec ses acteurs, avec ses collaborateurs proches, pour beaucoup issus de son village natal et avec lesquels il se déplace partout, dans les festivals… Le désavantage pour qui ne connaît pas bien le réalisateur est qu’on peut aussi se sentir complètement dépassé par la teneur des propos, qui restent parfois tout à fait confidentiels.

Ainsi, avec ce second DVD, le spectateur reçoit un condensé des tribulations cinématographiques d’Albert Serra et de sa troupe de fidèles – à la base des acteurs non-professionnels -, alors en pleine préparation d’un film. Divisée en différents chapitres, l’œuvre finit par aller bien au-delà de ses intentions ; les conversations de travail passent au second plan. On se laisse alors attendrir ou énerver, par les acteurs de Serra, d’un coup redevenus des personnages à part entière, et non plus des professionnels au travail.

 

Ainsi, l’ombrageux Toti, incontrôlable, et dont le malaise sera inclus au montage, ou les jeux de conversation entre Lluís Carbó et Lluís Serrat, les Quichotte et Sancho du film Honor de cavalleria, inspiré de l’oeuvre de Cervantès, et qui ont aussi joué dans Le Chant des oiseaux. Parfois décontenançant, les plans peuvent être drôles aussi. Avec le plus grand sérieux, Lluís Carbó demande par exemple à Lluís Serrat de bien vouloir l’épouser, parce qu’il l’aime, parce qu’il « l’estime », selon la formule catalane. Et Albert Serra qui passe et repasse devant le couple, sans s’émouvoir… A ce niveau, l’intransigeance du « puriste » catalan est absolue, le spectateur prend ou laisse.

Dans son ensemble, le film reste aussi un bel hommage à Mère nature, sublimée par des jeux de lumière et d’ombres, comme dans Le Chant des oiseaux. La nature est belle, les acteurs-personnages le disent d’ailleurs… A ce propos, les aficionados du Catalan devraient trouver leur bonheur avec la sortie prévue en 2013 de Historia de la Meva Mort. Tourné en France et en Roumanie, ce film est défini par Albert Serra comme « la rencontre entre Dracula et Casanova ».

Et pour ceux qui désirent avancer encore un peu plus en avant dans l’univers d’Albert Serra, un livre-DVD Albert Serra, Honor de cavalleria, est paru dans la collection « Que fabriquent les cinéastes? », aux éditions Capricci, « une bible », selon ces derniers.


Coffret double DVD, Le Chant des oiseaux / Le Seigneur a fait pour moi des merveilles (bonus inédit) d’Albert Serra. Editions Capricci


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Yam Daabo

Yam Daabo

Dans ce premier long métrage de fiction d’Idrissa Ouedraogo, on sent clairement l’empreinte des courts et moyens métrages documentaires qui l’ont précédé, à travers l’attention que porte le réalisateur sur les habitants de Gourga, village très pauvre situé aux confins du Sahel.

Leur souffle

Leur souffle

Des cinéastes de mauvaise foi qui peinent à animer leurs images et leurs sons, dans un film qui globalement manque d’attrait et de passion, malgré quelques rayons de soleil.