Clermont-Ferrand : Jour 5

Article écrit par

Comment distinguer le festivalier fidèle du néophyte ?

Un homme, seul dans la forêt, s’occupe de ses chiens, chasse, dépèce, regarde une danseuse à la télévision, dans sa maison rurale. Plus franchement humain, l’homme n’ouvre jamais la bouche : aucune communication, contrairement à ses chiens, qui grognent, aboient. Pourtant, l’homme se rend au supermarché, fusil en bandoulière. Il y pénètre le soir, prend quelques produits, passe à la caisse, paie. En revenant chez lui, quelque chose change, il ne supporte plus ses chiens. Il les tue, un à un, la fille danse devant l’habitation, accompagnée d’un black metal tonitruant.

Premier film de Caroline Poggi, Chiens (2012) décrit la trajectoire d’un individu mené d’une pseudo animalité à une folie meurtrière. Le titre semble déjà dire toute l’inhumanité du personnage principal. Tous des chiens, pas d’hommes. La gravité du film tient par cette absence de musiques (excepté à la fin), le son est seulement nourri par des aboiements. Poggi semble vouloir faire partager la solitude du personnage au spectateur.

L’ambiguïté de cet homme est distillée tout au long du film, encore un peu humain, la télévision, son fusil, la caisse du supermarché, il ne semble pas avoir conscience des effets néfastes de sa réclusion. Chiens gravite autour de l’inconscience d’un homme perdu, reniant ses envies. Poggi cache intelligemment les causes de l’isolement, elle ne s’intéresse qu’aux conséquences. Chiens décrit cet instant charnière où tout bascule.

Clermont-Ferrand : Jour 4


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..