Chéri

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<< Pov´chéri ! >>, serait-on tenté de se dire en sortant de la salle, tellement Stephen Frears semble avoir, une fois n´est pas coutume, raté son coup.

Même si Les liaisons dangereuses, qu’il avait adapté au cinéma, et maintenant au programme du baccalauréat, semblait déjà un peut trop léché et propret, que penser de cette adaptation de Colette, trop nette, trop froide, trop propre, en un mot trop british ? Too much in effect, on préfère, et de loin, le Frears inspiré et caustique de The Van ou de My Beautiful Laundrette. Voire de The Queen, drôle, insolent et inattendu, qui a séduit les foules en 2006. Sa dernière livraison apporterait presque de l’eau au moulin des esprits chagrins qui pensent qu’il faudrait faire moins de films. En tout cas, Chéri est presque de trop, puisqu’il prend un malin plaisir à gâcher les atouts qu’il avait entre les mains : casting, décors, beau texte de Colette, etc.

Un peu à la manière de l’immortel Il venait d’avoir dix-huit ans de Dalida, rengaine fort émouvante composée par Pascal Sevran qui devait bien s’y connaître, Chéri est le récit impertinent et mélancolique d’un amour entre un jeune homme et une femme, qui devient de plus en plus vieille. Malheureusement, la voix-off qui nous martèle les oreilles en ouverture et en finale du film détruit la magie d’une rencontre qui aurait pu être plus tendre, plus délicate. Dès le début, nous voici donc submergés par un texte de bateleur censé expliquer, par moult exemples, aux spectateurs incultes que nous sommes ce qu’étaient les demi-mondaines du début du XXe siècle à Paris. Ton comminatoire, mots anglais déplacés dans un contexte typiquement parisien, cette entrée en matière, qui se veut comique, ou en tout cas ironique, fait flop. Arrivent ensuite les personnages, vraiment trop caricaturaux. Il faut dire que l’époque s’y prête, ainsi que la situation, mais elle aurait peut-être gagné plus de crédibilité grâce à une certaine légèreté. Michelle Pfeiffer, déjà utilisée par Stephen Frears dans Les liaisons dangereuses et qu’il trouve, à juste titre, très belle, l’est justement peut-être trop. Du coup, elle en devient une sorte de vieille poupée Barbie, et on en viendrait à se demander pourquoi il n’a pas fait appel à Arielle Dombasle, qui aurait fait merveille ici dans le rôle de Léa.

      

Quant à Rupert Friend, sorte de petit frère falot d’un autre Rupert, il campe un Chéri bien mécanique, trop beau pour être honnête et assez peu concerné par les événements. Que dire de sa mère, interprétée pourtant par une Kathy Bates, qu’on a vue mieux dirigée, et qui se complait dans un personnage de vieille poissonnière vulgaire et oisive. Nous ne parlerons même pas des amies qui gravitent dans ce petit monde clos et désœuvré, dont l’apparence caricaturale finit de plomber ce film pas léger léger, et le transforme en annexe du musée Grévin, pardon, de Madame Tussaud. Toutes ces trop belles images, tous ces trop beaux décors tout neufs baignent dans une lumière criarde, assaisonnés d’une musique inepte, entrecoupée de piaillements hystériques de pauvres vieilles femmes riches utilisant de temps à autre des mots français, notamment le célèbre « Chéri », avec un horrible accent british.

Mais le pire est pour la fin, lorsqu’on s’aperçoit que Léa ne vieillira jamais et qu’elle restera, pour des raisons qui n’ont rien de naturel, la même belle femme alors que, justement, toute la force du texte de Colette, qui n’a pas pris une ride lui, vient de la mélancolie, de la tristesse du temps qui passe et fane le visage de la femme aimée. « Je suis déjà morte, puisque je dois mourir », écrivit la comtesse de Noailles, à la même époque. C’est un peu ce que doit penser Léa au moment où elle congédie l’amour de sa vie à la fin du livre. « Une vieille femme haletante répéta, dans le miroir oblong, son geste, et Léa se demanda ce qu’elle pouvait avoir de commun avec cette folle. Chéri reprit son chemin vers la rue, ouvrit la grille et en sortit. Sur le trottoir, il boutonna son pardessus pour cacher son linge de la veille. Léa laissa retomber le rideau. Mais elle eut encore le temps de voir que Chéri levait la tête vers le ciel printanier et les marronniers chargés de fleurs, et qu’en marchant il gonflait d’air sa poitrine, comme un évadé. » On devrait être bouleversé par cette scène au cinéma, hélas Stephen Frears l’a filmée avec autant de grâce et de pathos qu’une publicité pour crème antirides.

Titre original : Chéri

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Durée : 90 mn


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