Cannes Jour 7 : Fier d’être Français

Article écrit par

Avec les trois projections de la journée, à savoir « Le Havre » de Kaurismäki, « L’Apollonide » de Bonello et « Pater » d´Alain Cavalier, la Palme d´Or risque d´être française cette année…

8h30, Le Havre. Autant dire qu’à mi-parcours, les accrédités du festival de Cannes ne sont pas véritablement éveillés lors de la première projection. Et là, le réalisateur finlandais Kaurismäki nous offre une matinée tout en douceur avec son film Le Havre. Avec des acteurs français ou immigrés, un cadre vintage d’une ville qui compte une boulangerie, un marchand de fruits & légumes et le bistrot du coin, une histoire aux gros traits mais à l’humour fin, on se dit que Le Havre a de véritables atouts de séduction.
A commencer par la tournure du film, tout droit sorti d’un cliché d’époque: femme au foyer bienveillante mais malade, homme rêveur devenu cireur pour mieux se rapprocher des gens, sujet d’actualité sur des clandestins retrouvés dans un conteneur, tout est calculé au millimètre prêt. Le film n’a pas couté cher aux équipes, et a largement plu au CNC et à la ville du Havre, mise en lumière par Kaurismäki. Le vieil homme accueille chez lui un enfant africain ayant pour seul objectif, rejoindre sa mère à Londres. Ce bon français s’appelle Marcel Marx. Il a le soutien des commerçants devenus ses amis, mais un policier fourbe lui colle aux baskets – Jean-Pierre Darroussin parfait dans le rôle.

Alors certes le film a été applaudi par la presse pendant dix minutes. Certes, Le Havre apporte une certaine candeur et s’apparente à un conte de fée moderne. Mais Kaurismäki a le mérite de faire rêver à une société plus solidaire, il se moque aussi des faits actuels liés à la « chasse au clandestin », il montre la beauté d’une région et de ses habitants. Little Bob, la star du rock du coin, monte sur scène pour une chanson entièrement retranscrite dans le film. On a envie d’y croire. Sans doute pas la Palme mais un beau long-métrage finement construit, laissant rêveur.


Bilan : 3 étoiles sur 4.
Sortie prévue le 21 décembre.



14h, les scènes osées de L’Apollonide – souvenirs de la maison close. Nous n’allons pas vous parler de la série diffusée sur Canal + mais du long-métrage français en compétition, réalisé par Bertrand Bonello. Immersion totale dans ce triste bordel où douze filles se dénudent pour des clients aristocrates. Elles se savonnent, elles s’entraident, elles dorment dans le même lit au petit jour. Du sexe, il y en a du début à la fin, on s’y accoutume ; par contre, du mystère ou du suspens, difficile d’en trouver. Bonello a joué la carte d’un montage, réussi, qui trace la vie de chacune des prostituées, donnant à chaque étape une explication de leurs malheurs. Il a choisi la musique, totalement adaptée aux scènes. On note la présente d’Adèle Haenel, interviewée pour Il était une fois le cinéma dimanche dernier. Elle interprète un des rôles principaux, c’est la poupée, la belle blonde qui rafle tous les clients du bordel. Le film a de véritables qualités, une photographie très soignée, un casting cohérent – on aime Hafsia Herzi en algérienne charmeuse, Noémie Lvovsky en chef de bordel cordiale, Xavier Beauvois en amoureux des femmes aux visages curieux – une histoire qui se suit facilement. Un bémol cependant, la longueur de certaines scènes, notamment celles des soirées entre demoiselles et aristocrates, très répétitives qui coupent le rythme du film. Le film a pu choquer. Il a malgré tout de grandes chances pour la Palme d’Or.


Bilan : 3 étoiles sur 4.
Sortie prévue le 21 septembre 2001.

Adèle Haenel, photo : Laetitia Lopez

16h30, les marches du festival pour une projection de Pater, d’Alain Cavalier. Projection unique, Alain Cavalier et son acteur Vincent Lindon ont fait une entrée fracassante dans le Grand Théâtre Lumière. Applaudissements, sourires, « bravo » en boucle, jamais une équipe de film n’a été autant adulée par la presse. Le film, sous la forme d’une sorte de documentaire fiction, place les acteurs dans des rôles fictifs, tout en étant réalisateurs, armés d’une caméra chacun. Alain Cavalier joue lui-même le rôle du président de la République, tandis que Vincent Lindon est nommé premier ministre. Discussions après discussions, ils conversent en mangeant – mon dieu que ce film donne faim, soif, envie – et ils parlent politique avec dérision.
Pater, pour le père auquel le Président, autrement dit Alain Cavalier, ne veut pas ressembler et dont il devient au final le clone. Pater, c’est aussi un côté parent enfant entre le président et son premier ministre. Avec beaucoup d’humour, Cavalier sauve son film de l’ennui, les scènes étant filmées uniquement dans des appartements parisiens, en huis clos.


Bilan : 2 étoiles sur 4.
Sortie prévue le 22 juin.

Au final de cette journée, de belles projections et espoirs pour la compétition pour nos réalisateurs français. Bleu, blanc, Bonello ? Au fait, on a croisé Mélanie Laurent, la maîtresse de cérémonie, lors d’un concert. Décidemment plus fan de musique que de cinéma! 

Mélanie Laurent, photo : Laetitia Lopez

Précédemment, dans notre saga cannoise:
Quand Cannes fait son 64e festival
Cannes Jour 1 : Les choses sérieuses commencent
Cannes Jour 2 : Des salles obscures à la plage
Cannes Jour 3 : We need to talk about Nikos !
Cannes Jour 4 : A Starr is born
Cannes Jour 5: On se foule!
Cannes Jour 6: Lundi sous le soleil cannois


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..