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Blood diamond

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En s´emparant d´un sujet aussi complexe et délicat que la guerre civile qui meurtrit la Sierra Leone durant les années 90, Edward Zwick illustre magistralement l´incurie d´une certaine industrie hollywoodienne bien incapable de prendre en compte la dimension historique, sociologique et géopolitique d´un tel drame. Long métrage d´aventures au mélodrame surchargé par une morale pour […]

En s´emparant d´un sujet aussi complexe et délicat que la guerre civile qui meurtrit la Sierra Leone durant les années 90, Edward Zwick illustre magistralement l´incurie d´une certaine industrie hollywoodienne bien incapable de prendre en compte la dimension historique, sociologique et géopolitique d´un tel drame. Long métrage d´aventures au mélodrame surchargé par une morale pour le moins ambiguë, Blood Diamond n´arrive jamais à s´élever au-dessus de la simple histoire à thème et engonce son propos vers les abîmes de la caricature.

Relatant les aventures d´un trafiquant de diamants (Archer / DiCaprio), d´un pêcheur Sierra Léonais (Vandy / Hounsou) et d´une journaliste intègre (Bowen / Connelly) liés par la découverte d´un diamant inestimable, Blood Diamond, par le biais de cette pirouette scénaristique, porte un regard distancié sur les ravages d´une guerre économique. Le conflit n´est plus qu´une pâle illustration de second plan, figé dans une violence gratuite qu´on dirait de << circonstance >>, et au recul insuffisant pour sortir enfin de ces films à l´héroïsme indigeste. Conditionnée par cette << quête au trésor de sang >>, Blood Diamond s´oriente rapidement vers une étrange course-poursuite où chaque protagoniste se détermine en fonction de la pierre précieuse.

Si nous ne discutons pas du choix de la fiction romancée pour traiter d´un évènement historique aussi prégnant, nous sommes en droit d´attendre une synergie équilibrée entre les personnages, le contexte historique et géopolitique de la région, la dimension tragique de cette guerre et l´aspiration d´un cinéaste à nous proposer du grand spectacle. Pour réussir cette synthèse improbable, Edward Zwick se devait de rendre cohérent une mise en scène en orientant sans détour sa dramaturgie vers une finalité précise et déchiffrable par le plus grand nombre. Ce qui est dommage dans cette démarche n´est pas le film en lui-même (Edward Zwick a bien le droit de montrer ce qu´il veut), mais l´orientation d´une histoire qui s´éloigne terriblement de la peinture réaliste et didactique du conflit en Sierra Léone.

A l´instar de Lord of War (2006), Blood Diamond ne fait qu´esquisser (quand il n´occulte pas) l´origine même du conflit dans ses répercussions locales, régionales et nationales. La réflexion sur l´exploitation d´un peuple au service d´une avidité à la fois occidentale et locale reste limitée à l´endoctrinement des jeunes qui deviennent des soldats de la mort. Suivre l´héroïsme de quelques personnages ne permet pas l´ouverture d´une fenêtre sur la réalité d´une géopolitique tendue et actuelle (voir le conflit au Darfour). Si il y a bien la tentative (lacunaire diraient certains) d´expliquer le fonctionnement du marché des diamants de la guerre, il eut été plus judicieux de mettre en exergue, par l´intermédiaire du personnage d´Archer, la dangerosité d´une économie criminelle capable de ronger jusqu´au sang des Etats et des Peuples entiers.

Plus proche d´un Indiana Jones, que de La Déchirure, le long métrage d´Edward Zwick oriente sa narration autour de deux thèmes (reconstruction de la cellule familiale pour Vandy ; rédemption pour Archer) qui détournent les premières intentions du cinéaste. Vague écran de fumée qui s´évapore en volutes d´éternité, ces crimes, ces affrontements, ces enrôlements et ces endoctrinements parsèment les pérégrinations romanesques des personnages principaux qui dépolitisent le contenu et occultent les enjeux réels de ces affrontements sanglants. Nous assistons alors un film << d´action >> à la morale sauve qui sublime malheureusement la posture du << héros occidental >>.

Titre original : Blood diamond

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Durée : 143 mn


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