Alleluia

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Oscillant entre thriller et gore, une belle contribution à l’histoire des tueurs de la lune de miel.

Fidèlement inspiré du fait divers sordide américain dit des « tueurs de la lune de miel », Alleluia s’impose comme un film entre thriller et horreur, le réalisateur reconnaissant lui-même l’influence sur son cinéma du film culte de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse (1974). On y retrouve Laurent Lucas, que le réalisateur mettait déjà en scène dix ans auparavant dans Calvaire (204), et surtout une Lola Dueñas bien loin des rôles auxquels nous avait habitués Pedro Almodovar, plus loufoques – notamment Les amants passagers (2013). Le style gore vers lequel le film se tourne de temps à autre n’est pas particulièrement facile à réaliser et peut devenir vite grotesque : Fabrice du Welz s’en sort plutôt bien toutefois, aidé en cela par un Laurent Lucas particulièrement expressif, entre Willem Dafoe et Martin Landau, capable d’être à la fois ambigu, sobre, drôle, effrayant, sensuel et même perdu. Un personnage perché qui a le sang chaud, vénal et pervers, mais qui n’aurait sans doute pas commis tous ces meurtres violents et gratuits sans l’influence de sa compagne qui, comme dans le fait divers, se faisait passer pour sa sœur lorsque Michel séduisait des dames esseulées pour les dépouiller ou les épouser. Il faut dire que Lola Dueñas, dans le rôle de Gloria, tout en ne correspondant pas vraiment au modèle réel qui était assez laide et légèrement obèse, offre une palette de jeu intéressante, allant de la folie sanguinaire à l’amour fou, en passant par une certaine forme de satanisme lorsqu’elle veut copier les penchants sorciers de son amant. Comme quoi l’amour peut mener à tout et surtout au pire, puisque les Amants de la lune de miel, de leurs vrais noms Raymond Fernandez et Martha Beck, passeront sur la chaise électrique le 22 août 1949 et que l’agonie de la femme durera de longues minutes pendant lesquelles elle ne perdra rien de sa superbe assurance, défiant encore une fois la société en affirmant haut et fort que personne ne pourra juger ni comprendre la force de l’amour qui l’unit à Raymond Fernandez.

Jouant sur tous les tableaux, avec une superbe lumière et photo dues à Manu Dacosse, le film se présente à la fois comme un road movie fiévreux dans les plaines et les campagnes ardennaises, entrecoupé de huis-clos grandguignolesques à glacer le sang, surtout dans la troisième partie qui fait entrer en scène une petite fille stupéfiante. Sélectionné dans de nombreux festivals et présenté à Cannes 2014 dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, nul doute qu’Alleluia, avec son titre volontairement absurde puisqu’aucune allégresse ne se dégage de ce film particulièrement noir et sauvage, saura trouver son public dans une production et une distribution particulièrement productive et riche en ce moment.
 

Titre original : Alleluia

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Durée : 90 mn


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