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Abécédaire du nouveau cinéma roumain

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Derrière la trinité Puiu / Mungiu / Porumboiu, les années 2000 ont permis l´éclosion d’une nouvelle génération de cinéastes. A travers noms et thèmes récurrents, panorama ludique d´une école cohérente, diverse, et toujours en mouvement.

Antihéros. Les personnages du nouveau cinéma roumain brillent rarement par leur courage ou leur détermination. Lâches, veules et orgueilleux, ils apparaissent plutôt comme des monuments d’imperfection. Fanfarons, ils se lancent dans un combat perdu d’avance ou s’inventent des exploits légendaires. Le professeur Manescu de 12h08 à l’est de Bucarest se rêve en grand révolutionnaire, tandis que le chef de gare de California Dreamin’ veut retenir à lui seul un convoi militaire. Le paysan bourru de Morgen ou le grincheux Dante Lazarescu n’ont pas non plus l’étoffe dont on fait les posters. La mise en scène tire souvent profit de ce décalage entre leurs aspirations secrètes et leur quotidien décevant. Les Contes de l’âge d’or sont narrés comme des épopées de poche, où d’improbables pieds nickelés se plongent avec sérieux dans une suite d’aventures, qui échouent lamentablement.

Bucarest. La capitale roumaine est rarement idéalisée à l’écran. Après Paris, je t’aime ou New York, I love you, difficile d’imaginer un Bucaresti, te iubesc. Dans La Mort de Dante Lazarescu, la ville semble tentaculaire, labyrinthe hostile et nocturne, sillonné par un vaisseau fantôme en quête de port d’attache. Dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, les deux jeunes femmes évoluent dans une prison à ciel ouvert : elles vivent dans une cité universitaire triste, arpentent des ruelles désolées, se cachent dans des chambres grises. La nuit recouvre aussi d’un voile funèbre Le Papier sera bleu, qui retrace la révolution de 1989 sous l’angle désaxé d’un soldat déserteur, errant de quartier en quartier.

Court métrage. Les Roumains aussi ont commencé petit. Les cinéastes de la nouvelle génération n’ont pas toujours allègrement dépassé les deux heures et se sont d’abord illustrés avec talent dans le format court. Cristi Pui a reçu un Ours d’Or à Berlin avec Une cartouche de Kent et un paquet de café, qui pointait la survivance de la corruption dans la société post-communiste. Corneliu Porumboiu a fait ses classes à l’université en livrant trois petits films, dont le très beau Songe de Liviu. De nombreux jeunes réalisateurs ont réussi haut la main leurs premiers essais, avec une mention pour Trafic de Catalin Mitulescu ou Megatron de Marian Crisan, primés à Cannes. Derrière les « classiques » du cinéma roumain se cache déjà une longue histoire, plus rare, d’une qualité et densité remarquables.
 
 

Cristian Nemescu sur le tournage de Marilena de la P7

Cristian Nemescu. Né en 1979, décédé en 2006, ce réalisateur précoce n’aura pas eu le temps de construire une œuvre qui s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices. Etoile filante, il meurt dans un accident de la route alors qu’il achevait le montage de California Dreamin’. Cette vaste fresque, joyeuse et bordélique, multiplie les personnages et les pistes narratives : dans une gare de campagne, l’arrêt d’un train de militaires américains en route vers le Kosovo sert de prétexte à de multiples rencontres et affrontements. Très inventif, le scénario brasse les genres et les registres, passe en un battement de cil de la satire à la chronique, du thriller historique à la comédie sentimentale. Iconoclaste et généreux, Cristian Nemescu détonnait fortement dans le paysage du cinéma roumain. Passages en noir et blanc, quiproquos polyglottes et lyrisme assumé : California Dreamin’ incarne une synthèse osée entre le cinéma tchèque des années 60 (Milos Forman, Jiri Menzel), la poésie baroque d’Emir Kusturica et le fantasme hollywoodien. Le film prolonge sur 2h30 un goût du romanesque déjà perceptible dans son moyen métrage Marilena de la P7, histoire d’amour contrariée entre un enfant et une prostituée, qui mobilisait une batterie flamboyante d’effets visuels (split-screens, feux d’artifice…) et d’images oniriques.

Dragos Bucur. Né en 1977, il s’impose aujourd’hui comme un acteur incontournable, traversant aussi bien les films de Cristi Puiu, Corneliu Porumboiu ou Radu Muntean. Au second plan dans La Mort de Dante Lazarescu ou Le Papier sera bleu, il crève l’écran dans Le Songe de Liviu, puis dans Boogie, où il campe un jeune père confronté à ses anciens camarades, le temps d’une virée nocturne, alcoolisée et dissolue. Il trouve néanmoins sa plus grande performance dans Policier, adjectif, où il incarne Cristi, un flic inquiet et travaillé par des questions morales. Son jeu sobre et physique, très nuancé, s’appuie sur un charisme simple et tranquille.
 
 

Dragos Bucur dans Policier, adjectif

Femmes. Parmi les talents révélés au cours des années 2000, aucune réalisatrice. Le nouveau cinéma roumain demeure largement masculin, et n’offre pas toujours des rôles très flatteurs aux actrices. L’épouse apparaît souvent castratrice, quand elle n’est pas une horrible matrone. Dans la plupart des récits, elle tient l’économie du ménage, parle sans cesse de courses et d’argent, rabroue son mari comme un enfant trop dissipé. Dans 12h08 à l’Est de Bucarest, les mâles sont des rêveurs qui se piquent de culture et d’intellect, quand leurs conjointes sont des monstres domestiques. Dans Colivia, Morgen ou La Légende du livreur de poules, les femmes sont des cuisinières intrusives et pénibles, dont on repousse la conversation. Les mères de Marilena de la P7 ou La Fille la plus heureuse du monde ne valent pas mieux, brimant leurs enfants et refusant de leur accorder la moindre autonomie. Restent heureusement quelques exceptions : Mioara, l’infirmière patiente et attachante de La Mort de Dante Lazarescu ; Gabita et Ottila, les héroïnes résistantes de 4 mois, 3 semaines et 2 jours ; ou encore la jeune et délurée Monica de California Dreamin’, qui rejette l’autorité parentale et vit selon son bon plaisir.

Festival de Cannes. Bien sûr, la Croisette n’a pas inventé le nouveau cinéma roumain. Elle a par contre permis d’en renvoyer l’écho et d’en assurer la réputation internationale. Surtout, loin de capter le train en marche, elle l’a suivi dès l’origine : il fallait du flair à Marie-Pierre Macia pour sélectionner en 2001 à la Quinzaine Le Matos et la Thune de Cristi Puiu, puis Occident de Cristian Mungiu l’année suivante – depuis, elle a d’ailleurs prouvé son attachement à la nouvelle vague roumaine en produisant Picnic d’Adrian Sitaru. A chaque édition, les cinéastes ont gravi les échelons de la sélection officielle et trusté les palmarès : palme d’or du court métrage en 2004 pour Trafic de Catalin Mitulescu, prix Un certain regard en 2005 pour La Mort de Dante Lazarecu, Caméra d’or en 2006 pour 12h08 à l’est de Bucarest, avant la Palme accordée en 2007 à 4 mois, 3 semaines et 2 jours.

Humour noir. L’une des marques de fabrique de cette génération, qui pose un regard caustique sur la société actuelle, épinglant ses travers et ses petites mesquineries. Dans 12h08 à l’est de Bucarest, Cristi Porumboiu évoque la révolution avec une ironie amère et livre un portrait amusé de ses concitoyens – menteurs, geignards et racistes ordinaires. Par certains aspects, La Mort de Dante Lazarescu se rapproche de la farce : certaines séquences, d’une cruauté impitoyable, provoquent un rire nerveux, comme lorsque les voisins abreuvent le malade de sermons moralisateurs, sans jamais l’écouter. Ce goût pour le sarcasme trouve son apogée dans Les Contes de l’âge d’or, où la tendresse se mêle à la satire pour se gausser du « bilan globalement positif » de l’époque communiste.  
 
 

Ion Sapdaru (au centre) dans California Dreamin’

Ion Sapdaru. Né en 1961, il livre une composition brillante dans 12h08 à l’est de Bucarest, collant parfaitement à son personnage de loser alcoolique, couvert de dettes, traité avec indifférence par ses élèves et harcelé par sa femme. Dans la seconde partie du film – l’émission de télévision – il révèle un inénarrable potentiel comique, toujours au seuil de l’affaissement et de la dépression. Barbu, trapu, il exploite pleinement son allure de Droopy imbibé, l’œil torve et le sourcil mauvais, l’épaule tombante et le désespoir morne. Entre humour et émotion, son registre évoque les figures populaires de la comédie à l’italienne des années 60. Il excelle aussi dans Le Papier sera bleu, en colonel faussement directif, crachotant ses ordres d’une voix nasale ; dans California Dreamin’, en maire dépassé par les événements, qui tente de profiter de la présence des américains pour gagner du prestige ; ou encore dans Les Contes de l’âge d’or, en locataire stupide qui gaze un porc dans sa cuisine, dans un sketch impayable.

Jeunesse. Inquiète, forcément inquiète, elle tente de se défaire d’un héritage pesant, mais porte encore les stigmates du passé. Le court métrage de Cristi Puiu Une cartouche de Kent un paquet de café aborde cette transmission : dans une brasserie, un vieux chauffeur de tram, récemment licencié, demande à son fils de lui trouver un autre emploi. Aucune chaleur dans cette rencontre, filmée en champs-contrechamps brutaux, comme un entretien d’embauche. Le jeune homme en costume traite son père avec condescendance et lui rappelle avec fermeté que si la société n’est plus la même, les règles et les magouilles n’ont pas changé. Dans 12h08 à l’est de Bucarest, les élèves du professeur Manescu traînent une indifférence blasée et considèrent les événements de 1989 comme une page révolue, source de radotages pour anciens combattants. Les héros du Songe de Liviu ou du Matos et la Thune vivent de menus trafics, quand les pseudos délinquants de Policier, adjectif trompent leur ennui dans la fumette. Seul Cristian Nemescu filmait la jeunesse comme un élan fougueux, bousculant toutes les conventions. Sous l’œil d’un faux Elvis, les petits garnements de Marilena de la P7 multiplient les quatre cent coups, détournent un bus pour impressionner les filles du quartier. Dans California Dreamin’, leurs aînés ne pensent qu’à l’amour, et le cinéaste plonge tête baissée dans ces passions adolescentes : lorsque Monica embrasse pour la première fois son GI, la ville bat la chamade et tous les plombs disjonctent.

Langage. Profondément bavard, le nouveau cinéma roumain déploie une parole torrentielle, qui sert aussi bien de carburant fictionnel que d’enjeu théorique. Les dialogues n’apportent pas seulement des informations factuelles, et travaillent encore moins la psychologie. Ils célèbrent avant tout une énergie vitale, une volonté de s’accrocher aux mots pour donner sens à l’existence. Ainsi le pauvre Dante Lazarescu, connu pour sa « grande gueule », se voit chassé du royaume des hommes lorsqu’il perd sa faconde : son bagout s’épuise en d’obscurs radotages, ses phrases deviennent hachées, et le voilà réduit à pousser des grognements que personne n’écoute. Dans 12h08 à l’est de Bucarest, le discours fumeux des prétendus révolutionnaires n’est qu’un verbiage inconsistant, qui se dilue au fur et à mesure devant le manque de preuves, et témoigne d’une souveraine aptitude à combler le vide – tel le présentateur, qui ressasse les mêmes citations, appelant de ses vœux la coupure publicitaire. De La Fille la plus heureuse du monde à Best Intentions, la parole est un poison qui s’infiltre partout, entraîne le doute et la paranoïa, se répète jusqu’à la nausée, réduisant l’opinion à peau de chagrin. Policier, adjectif s’autorise vers la fin une incroyable relecture du dictionnaire, qui amène le spectateur à s’interroger sur la valeur des mots, leur usage et leur mise en pratique. California Dreamin’ et Morgen jouent quant à eux avec bonheur de la traduction impossible, confrontant deux langues qui se repoussent et ne se comprennent pas.

Marian Crisan. Né en 1976, il obtient une large reconnaissance avec Megatron, Palme d’or du court métrage en 2008, qui suit le voyage d’un enfant jusqu’à Bucarest, où il doit célébrer son anniversaire au Mac Donald’s avec sa mère. Cette année, il a signé Morgen, fable provinciale autour d’un couple désaccordé, examinant le rapprochement entre un campagnard bougon et un immigrant turc. Difficile pour l’instant de se prononcer sur son avenir, tant il peine à se démarquer et semble creuser le même sillon que ses aînés – mais il nous a promis un prochain film rock ! 

Niki et Flo.
Cette œuvre, réalisée en 2003, marque sans doute un tournant dans l’histoire du cinéma roumain. Elle scelle ainsi la collaboration unique et magistrale entre le maître Lucian Pintilie – dont la carrière a commencé dans les années 60 – et deux jeunes scénaristes talentueux, Cristi Puiu et Razvan Radulescu. Très bien pensé, le film s’ouvre sur la perte d’un fils et se referme sur le meurtre d’un père. Entre les deux générations, le passage de relais s’effectue brillamment. Au niveau thématique, Niki et Flo croise les préoccupations de L’après-midi d’un tortionnaire (la digestion du passé communiste) et de La Mort de Dante Lazarezcu (la dépossession d’un vieil homme). Formellement, la mise en scène classique et soignée de Lucian Pintilie contraste avec un style par endroits plus moderne (la vidéo amateur du mariage). La distribution mêle également comédiens aguerris (le duo parfait Victor Rebengiuc / Razvan Vasilescu) et nouvelles têtes (dont l’épatant Serban Pavlu, qu’on reverra notamment en publicitaire grincheux dans La Fille la plus heureuse du monde). Au final, Niki et Flo décrit avec lucidité une société roumaine en pleine mutation, où un ancien militaire voit toutes ses valeurs bafouées par un voisin aux idées libérales – et où le tyran n’est pas celui qu’on croit…
 
 

Oleg Mutu et Cristian Mungiu sur le tournage de 4 mois, 3 semaines et 2 jours

Oleg Mutu. Homme de l’ombre, ce directeur de la photographie tient pourtant une place de choix dans le nouveau cinéma roumain. Chef opérateur sur La Mort de Dante Lazarescu, il a permis à Cristi Puiu de réussir des plans ambitieux dans des espaces réduits, avec de rares sources d’éclairages. Il sait créer une ambiance forte à partir d’une matière réaliste, qu’il transcende et rend avec un grain impressionnant. Il a sans doute beaucoup contribué à l’unité du mouvement via ses contributions nombreuses, en imposant une couleur particulière, une atmosphère identifiable. Sa maîtrise évidente fait aussi des miracles dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, et plus récemment dans My Joy de l’ukrainien Sergeï Loznitsa, où certains plans déments (l’arrivée dans le village) portent indéniablement sa patte.
Plan-séquence. Dans le nouveau cinéma roumain, le rythme ne vient pas uniquement du montage. Il découle avant tout de la tension propre à chaque scène. Le récit s’articule régulièrement autour de longs morceaux de bravoure, saisis dans la durée et captés dans un seul mouvement, comme une respiration ininterrompue. Cette méthode ne vise pas l’épate et la démonstration de virtuosité : pas de travellings sophistiqués ni de prouesses en Steadycam. Elle demande toutefois une véritable implication du cadreur, qui doit suivre l’action et les personnages tout en faisant le point et en gardant une science instinctive du tempo. Dans La Mort de Dante Lazarescu comme dans Best intentions, la caméra offre un point de vue flottant : le spectateur devient alors un témoin subjectif et se construit une position d’observateur. Dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, la mobilité de l’image accentue le suspense et la sensation d’étouffement, tant Gabita paraît suivie en permanence. « Qu’est-ce que tu fous ? Pose la caméra sur le trépied ! » hurle le présentateur de 12h08 à l’est de Bucarest au stagiaire qui filme à l’épaule, et lui assure que « c’est la mode… ». Corneliu Porumboiu se distingue effectivement de ses collègues et préfère les plans fixes, qu’il laisse volontiers s’éterniser jusqu’au malaise, telles les filatures de Policier, adjectif, qui ne débouchent sur rien. Radu Muntean apprécie également ce style plus sobre et signe des ouvertures remarquables – comme le prologue du Papier sera bleu, discussion ordinaire devant un tank qui s’achève brutalement par une flambée de tirs, ou celui de Mardi après Noël, où un homme et une femme palabrent longuement au lit après l’amour.

Radu Jude. Né en 1977, il a d’abord été assistant réalisateur sur Amen de Costa-Gavras, tourné en partie aux MediaPro Studios, le « Cinecittà » de Bucarest où se délocalisent beaucoup de productions étrangères. Il a ensuite aidé Cristi Puiu sur La Mort de Dante Lazarescu, avant de passer à son tour derrière la caméra. Son premier film, La Fille la plus heureuse du monde, qui organise la rencontre entre une famille désargentée et le monde de la publicité, est sorti en France en 2009, sans vraiment convaincre – la faute à une intrigue trop faible, qui se contente de délayer à l’infini la même séquence, compilant un peu vainement les tics de ses prédécesseurs.

Télévision. En décembre 1989, la fuite et l’exécution du couple Ceaucescu ont été retransmises en direct, et ces images ont durablement marqué l’inconscient collectif. En 1992, Harun Farocki et Andrei Ujica en ont livré un montage saisissant avec Vidéogrammes d’une révolution, compilant à la fois des bandes tournées par des amateurs, et des extraits filmés par la télévision d’Etat, bientôt aux mains des insurgés. Il n’est donc pas étonnant de retrouver le petit écran au cœur de nombreux films, surtout liés à cette période. Dans Le Papier sera bleu, l’actualité s’invite dans le salon de la mère du héros, et les militaires assistent à l’effondrement du régime depuis un canapé. 12h08 à l’est de Bucarest nous plonge au sein de la production, investissant les bureaux fauchés d’une chaîne locale. Tout aussi grinçant, La Fille la plus heureuse du monde souligne avec ironie la distance infranchissable entre la réalité sociale et l’industrie commerciale, à travers la réalisation d’un spot vantant les mérites d’un jus de fruits. Le poste de télévision rythme enfin le quotidien de Dante Lazarescu, annonçant en cascade mauvaises nouvelles et accidents de la route.

 

Vlad Ivanov dans Les Contes de l’âge d’or


Vlad Ivanov.
Né en 1969, il a souvent interprété des personnages inquiétants ou manipulateurs, tel « Monsieur Bébé », l’avorteur menaçant de 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Comédien réputé, sociétaire du Théâtre National de Bucarest, il joue de sa lourde carcasse et de son air buté pour dégager un malaise persistant, d’autant plus saisissant qu’il s’exerce avant tout par la parole, et non par la violence. Assis dans un fauteuil, Vlad Ivanov distribue placidement les gifles en débitant ses monologues d’un ton glaçant et calculé, comme dans le final de Policier, adjectif, où il remet en place son jeune inspecteur à coups de nuances lexicales. Il montre toutefois un registre plus étendu dans Les Contes de l’âge d’or, où il se glisse dans la peau d’un livreur de poules faible et velléitaire, amoureux taciturne d’une tenancière d’auberge. Réduit à l’impuissance, il abandonne enfin ses penchants sadiques pour subir à son tour les coups du sort, avec une tristesse désarmante.  


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