Neuf ans après A Cure For Life, Gore Verbinski est enfin revenu à la réalisation avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die, fable de science-fiction et d’anticipation. Les premières images promettaient un délire déjanté et calibré comme le réalisateur a toujours su en faire. On se rappelle encore des personnages loufoques dans Rango ou de la savoureuse frénésie de Lone Ranger. Cependant, il semblerait ici que la recette n’ait pas aussi bien fonctionné qu’à l’accoutumé.

Avec la première trilogie Pirates des Caraïbes, Verbinski est parvenu à modeler un univers d’une richesse absolue. Cette capacité créatrice a toujours nourri sa manière de raconter des histoires ancrées dans des mondes qu’il a su rendre palpables. C’est là que réside l’efficacité de l’introduction de son Good Luck, Have Fun, Don’t Die. Le protagoniste entre dans le même diner pour la 117e fois, affirme venir du futur et tente désespérément de trouver une équipe avec laquelle il pourra empêcher l’avancée d’une IA destructrice. Très vite, les bases du lore sont aguicheuses et les enjeux paraissent clairs, de quoi démarrer l’aventure sous de bonnes augures.
Loin du simple monologue explicatif, la scène s’amuse des élans burlesques de son héros, d’un rythme mené tambour battant et d’une bizarrerie joyeusement communicative. Ainsi naît une dissonance entre cet homme énergique et les clients stoïques qui l’entourent. Le réalisateur appuie sur ce décalage pour en faire une base narrative fertile à l’étrangeté de son récit. Sam RockWell interprète avec justesse ce personnage antipathique au demeurant, qui trimballe tous les secrets de sa propre réalité et incarne l’aura mystérieuse du projet.

Si cette contextualisation avait de quoi mettre l’eau à la bouche, le récit commence toutefois à révéler la faille qui va l’affaiblir dès lors qu’il se fragmente en chapitres, sous forme de flashbacks consacrés à chaque personnage du groupe de rebelles. De ce fait, la quête principale est alourdie par ces sortes de courts-métrages introductifs. Résultat, cette traque à l’IA ne devient qu’une toile de fond mal servie en péripéties (la présence de mercenaires masqués reste un mystère). Le sentiment d’urgence se dilue dans un enchaînement d’allers-retours qui grippent une mécanique au départ bien huilée. L’exécution est d’autant plus frustrante qu’elle sert à approfondir des personnages secondaires qui n’évoluent jamais, relégués aux rangs de chair à canon ou de deus ex machina.
Depuis son arrivée chez Disney, Gore Verbinski met en lumière des sociétés en plein basculement, bouleversées par l’évolution déshumanisante de leur monde. Good Luck, Have Fun, Don’t Die ne déroge pas à la règle et expose une dystopie à en devenir, basée sur une dépendance aux technologies qu’il image avec un excès grossier. Des adolescents/zombies rivés sur leurs téléphones, une entreprise qui clone les enfants décédés ou bien une armée de fils électriques sanguinaires ; le réalisateur s’amuse, se moque, et diabolise une humanité en détresse. Il est glaçant de constater que cette satyre est bien plus proche de notre quotidien que d’un futur lointain. Et c’est peut-être ce qui sauve le film : sa pertinence de sale gosse hyper actif.

Enfin, Verbinski instaure une angoisse technologique parfois troublante mais surtout incapable de savoir sur quel pied danser. Le troisième acte surligne l’immensité du bordel déroulé sous nos yeux. Entre une vision enfantine et une réalité cauchemardesque, il devient difficile d’adhérer à la singularité de la proposition. Pourtant, émerge alors une surprise aussi inattendue que désolante : cinq dernières minutes qui explosent la logique établie et démontrent le potentiel ahurissant d’un concept mal exploité. La menace prend corps, les réalités s’entrechoquent, le malaise s’installe et l’univers démultiplie ses possibilités. Le dénouement nous laisse un goût amer en bouche, celui d’avoir insisté à l’échantillon d’un film qui aurait pu être bien plus grand.
Gore Verbinski signe un film O.V.N.I miné par une écriture incapable de porter la richesse de son concept.





