Select Page

Viva Zapatero !

Article écrit par

Sabina Guzzanti est une comédienne et une satiriste italienne qui présente en novembre 2003 RaiOt, une nouvelle émission télévisée diffusée sur Rai3. Il s´agit d´une féroce satire de l´actualité et des hommes politiques italiens. Le programme remporte un énorme succès, malgré l´heure de diffusion tardive. Cependant, les sketchs ne conviennent pas à tous. Mediaset (filiale […]

Sabina Guzzanti est une comédienne et une satiriste italienne qui présente en novembre 2003 RaiOt, une nouvelle émission télévisée diffusée sur Rai3. Il s´agit d´une féroce satire de l´actualité et des hommes politiques italiens. Le programme remporte un énorme succès, malgré l´heure de diffusion tardive. Cependant, les sketchs ne conviennent pas à tous. Mediaset (filiale du groupe Fininvest dirigé par Berlusconi) menace d’entamer des actions judiciaires pour diffamation. La RAI décide alors de déprogrammer RaiOt.
Guzzanti est alarmée par l´inertie de la presse qui, selon elle, n´a pas suffisamment pris la défense de la liberté d´expression, préférant << chercher des excuses à cette censure >>. La comédienne décide de s´exprimer en réalisant Viva Zapatero (Le nom du film fait référence à José Luis Rodríguez Zapatero, chef du gouvernement espagnol, à l´origine d´une loi empêchant les conflits d’intérêt dans les médias. Ce dispositif législatif fait cruellement défaut durant le gouvernement Berlusconi), un documentaire qui enquête sur les raisons de l´interdiction de son émission.
Le film connaît un succès critique et public conséquent en Italie et en France, ce qui surprend pour une petite production indépendante italienne, dont le budget ne permet aucune promotion.

Depuis plusieurs années, nous assistons à un retour en force du cinéma documentaire. Bowling for Columbine et Fahrenheit 9/11 sont à l´origine de ce phénomène. Le public est avide de découvrir des discours engagés et réalistes sur l´actualité. Les spectateurs apprécient le cinéma militant de Michael Moore. Le réalisateur américain évoque l´existence de foyers discursifs en lutte contre le pouvoir officiel. Face aux diverses pressions politiques et médiatiques, le citoyen semble avoir besoin d´entendre la voix de cinéastes révoltés, qui attire son attention sur les dangers qui menacent la démocratie. Le documentaire représenterait la forme narrative idéale pour répondre à cette attente, car il serait plus proche de la réalité que la fiction. Cette conception est évidemment trop simpliste. Le documentaire est soumis, comme toute oeuvre filmée, à des contraintes de cadrage, de narration, de montage, etc. C´est un dispositif narratif qui ne dit pas forcément mieux la vérité et qui ne ment pas moins que le film de fiction. Son approche est certes différente, mais il y a, dans les deux cas, manipulation et transformation de la matière filmique.

Viva Zapatero ! a l´ambition des films de Moore, et souhaite aller plus loin qu´une simple enquête sur la censure de RaiOt. Le film démontre que la liberté d´expression est en danger en Italie, contrairement à la France ou à la Grande-Bretagne, où la satire politique est autorisée. Guzzanti met en lumière le manque de réactivité de la presse et de la gauche. La démocratie italienne parait donc gravement menacée par la censure néo-fasciste du gouvernement berlusconien et par la faiblesse de l´opposition.
Aujourd´hui, la situation politique de la Péninsule n´est plus la même. La coalition de Prodi a gagné les élections législatives en avril 2006. La valeur du film est donc à réactualiser par rapport aux nouveaux événements. Les failles argumentatives du film paraissent dès lors plus béantes. Le documentaire concentre sa réflexion autour du gouvernement liberticide de Berlusconi. Mais la libre parole ne peut se résumer seulement à la question de l´interdit ou de l´autorisation communicationnel. Elle ne peut se concevoir sans la possibilité de bien choisir ses moyens et ses modalités d´expression. Sur ce point, quels sont les potentiels de la satire télévisée pour répondre aux exigences démocratiques ? Le film n´aborde jamais ce problème de front, et encore moins le pouvoir néfaste de la télévision, qui appauvrit chaque jour davantage les capacités réflexives des téléspectateurs. Forcément, la réalisatrice est aussi et avant tout présentatrice…

Prodi pourra toujours favoriser la satire télévisée, tant que les grandes chaînes continueront d´imposer leurs procédés d´information (Citons les journaux télévisés qui sont, à cause de leur approche narrative, des émissions de télé-réalité qui ne disent par leur nom. En effet, la plupart des reportages se borne à présenter lapidairement le thème abordé, puis à l´illustrer par quelques images sur la vie inintéressante d´un anonyme. Dans ce cas, l´information est bien évidemment inexistante), la démocratie ne se portera pas mieux.

Titre original : Viva Zapatero !

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 80 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Rashômon

Rashômon

« Rashômon » ressort en salles dans une nouvelle version restaurée. Par ses écarts angulaires à 180°et sa flamboyance assumée, l’œuvre non-conformiste se revendique de l’esthétique du muet et multiplie les perspectives pour sonder la vérité psychologique de ses protagonistes confrontés à leurs contradictions. Film-événement.

La Terrasse

La Terrasse

« La terrasse » est une œuvre à la charnière de deux époques qui vient sonner le glas de la comédie à l’italienne. La satire grinçante livre sans concession un portrait en demi-teinte et au vitriol de la crise existentielle de cinq quinquagénaires vieillissants qui évoluent dans une sphère intellectuelle de gauche sclérosée. Les scénaristes de légende Age et Scarpelli prennent ici le pouls d’une société italienne malade de son conformisme.

Le Soldatesse (des filles pour l’armée)

Le Soldatesse (des filles pour l’armée)

« Le Soldatesse » porte un regard féministe existentialiste sur ces femmes en déshérence, butin de guerre, enrôlées de force afin d’approvisionner les bordels militaires de campagne lors de l’invasion hellénique par les troupes d’occupation italiennes expédiées en 1941 sur une rodomontade du Duce. Illustrant une page sombre de l’occupation italienne, ce road-movie sur fond de guerre chaotique fut ignoré à sa sortie pour le défaitisme et le fiasco militaire qu’il traduisait par son naturalisme. Décryptage.