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Rencontre avec Zoé Felix et Yann Gozlan : Captifs, jusqu’au sang…

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« Captifs » nous plonge dans une atmosphère angoissante et glaciale. Peu de dialogues, beaucoup d’action, quelques sensations lugubres, le tout avec des mises en scène simples mais efficaces. Rencontre avec Yann Gozlan, le réalisateur et l’actrice principale, Zoé Félix.

Dans Captifs, on s’identifie beaucoup aux personnages, comment avez-vous procédé ?

Zoé Félix.
C’est vrai qu’il y a une empathie qui naît des personnages, je pense que c’est une question de point de vue, de mises en scènes, tout est vu au travers du regard du personnage principal…

Yann Gozlan. Elle répond à tout, elle est géniale… Vous êtes la première à poser cette question, c’est vraiment important car moi je tenais à ce qu’on s’identifie au personnage principal qu’interprète Zoé et c’est vrai que j’aime beaucoup les films où on peut réellement avoir cette identification. Du coup, dès l’écriture, j’avais envie de ça, d’où une mise en scène fixée sur le point de vue et un jeu sur la subjectivité. C’était un principe assez simple de mise en scène, je me suis accrochée à ça. Tout ce qu’elle voit, on le voit, si elle voit des choses de manière partielle et bien on les voit de manière parcellaire aussi… L’idée était d’être le plus focus possible sur le personnage central.

Z.F. Cela à beau être très simple, c’est très efficace, on est emmenés, on est terrifiés avec elle, on a même l’impression de vivre les scènes. C’est rare ce sentiment là, moi-même en regardant le film, je me suis mise à la place d’une spectatrice. C’est fou.

Justement, en tant qu’actrice, est-ce que jouer ce rôle donne l’impression de vivre la situation ? Est-ce que vous avez ressenti cette angoisse permanente ?

Z.F. Non pas vraiment, en fait j’arrive très bien à couper, quand c’est fini, c’est fini. Puis je suis contente que ça s’arrête, je ne garde aucune bride… Mais après, effectivement, toute cette atmosphère, même au niveau de l’équipe, créée une ambiance particulière sur le plateau surtout pour ce genre de films. Là je parle d’autre chose mais c’est un film où il y avait peu de moyens, peu d’argent, l’équipe était très investie. On avait des contraintes de temps donc, du coup, en tant que comédiens, on est tout le temps sur le plateau, on est donc autant plus investis dans l’histoire du film et tous les techniciens sont là pour aller dans le même sens, du coup on le ressent encore plus. Bon à aucun moment je me suis sentie mal, mais il a fallu aller chercher des choses… C’était plutôt jubilatoire, bizarrement ! Une fois sorti, ce n’est plus dedans… C’est simplement ce principe là, on va chercher des émotions pour le personnage, dans nos références parce qu’évidemment je ne pouvais pas avoir les mêmes références que ce personnage là et j’espère bien que ça ne m’arrivera jamais (rires)… Donc très difficile d’aller chercher des références par rapport à notre histoire, on va les chercher par rapport à nos propres émotions et une fois qu’on les a sortis, c’est très libérateur au contraire.

 

Ce côté bouleversant, on le ressent même deux heures après le film, on se sent angoissé. Du coup, quelles ont été les scènes les plus difficiles à filmer et à interpréter ?

Y.G. J’avais peur de tout. Toutes les scènes sont difficiles, après techniquement, toutes les scènes avec les animaux étaient compliquées. Ils ne faisaient jamais ce qu’on voulait, ça paraît tout bête mais j’étais persuadé qu’ils allaient faire ce qu’on leur demandait. Ça c’était dur. Puis la scène du Labo, quand Zoé était sur la table d’examen, c’était très dur…

Z.F. … Oui, parce qu’on avait pris beaucoup de retard, il était plus de 23h quand on a tourné cette scène.

Y.G. Il y avait beaucoup de plans, c’était assez découpé et la salle était assez restreinte, du coup, on n’avait pas assez d’espace et on se marchait les uns sur les autres, c’était assez tendu. Zoé ne m’a plus parlé pendant deux semaines… (rires).

Z.F. (Rires). Non pour moi justement le plus difficile c’était les scènes avec ces référents que je n’avais pas. Notamment la scène où le corps de Samir passe devant moi, sur le brancard, il fallait que je réagisse. Yann m’a d’ailleurs repris, on me disant que je n’en faisais pas assez. Autant au début du film ça a été un peu ça, autant vers la fin, c’était plutôt « Attends Zoé, tu peux en faire un peu moins, on n’y croit plus ! », ça m’a surpris, j’ai plutôt tendance à sous jouer qu’à sur jouer, je me laissais aller parfois à en faire un peu trop car quand on n’a pas de texte, on a envie de s’exprimer mais on ne sait jamais si ça passe ou non. C’était mon angoisse. Voir si ça allait passer dans les regards, dans les expressions. Je me sentais en même temps tellement dirigée, entourée, je ne me suis jamais sentie seule, lâchée comme ça à la dérive. Je pense que c’est ce qui doit faire la magie du cinéma, c’est ce qui est formidable, on est à la fois très seul et très entouré. On est en équipe !

Quelle était l’ambiance du tournage ?

Z.F. Une ambiance très studieuse. On a eu de grosses contraintes de temps, du coup, tout le monde était concentré.

Y.G. Le tournage n’a duré que 34 jours, 6 semaines…

Z.F. Ça ne m’était jamais arrivé de faire un film si court !

Y.G. J’ai eu la chance de travailler avec des gens très talentueux, j’avais des techniciens vraiment forts, que ce soit à l’image, au son, j’étais très bien entouré donc ça aide. C’était donc une ambiance studieuse, simple. J’ai oublié de vous dire en fait, pour la pire scène à tourner, c’était celle avec l’ogresse…

Z.F. Ah oui, quelle journée horrible !

Cette scène noire où Zoé est dans la cuisine face à l’ogresse, une des pires scènes du film…

Z.F. Mais le côté dégoûtant de l’endroit où nous tournions ne ressort pas vraiment ! Tant mieux… Il faisait 40° degrés, pic de chaleur en Alsace, le climat était très hostile. Et puis la comédienne qui faisait l’ogresse n’a jamais voulu mettre sa tête dans la bassine de sang, quelle galère…

Y.G. Du coup, nous avons construit des lunettes de piscine… mais malgré ça, le faux sang l’a repoussée.

« Film inspiré de faits réels », vous pensez à quels événements ?

Y.G.  Il faut voir l’aspect des humanitaires qui partent à l’étranger et qui se font kidnapper, ça renvoie à une certaine actualité mais ce n’est pas en référence directe. Les motivations des ravisseurs peut-être, plutôt affreuses mais d’actualité…

Captifs, un film engagé ou tout autre chose ?

Y.G. Non vraiment l’engagement de départ était de « raconter » une angoisse, je trouvais que le trafic n’était qu’un cadre à cette histoire d’angoisse, d’épouvante. C’était un cadre intéressant et original, pas forcément beaucoup vu et on avait affaire à des méchants qui ne sont pas des monstres ou des zombis, ils sont certes menaçants et un peu dingues mais ils ont des motivations très réalistes et terrifiantes…

Quels sont vos projets respectifs ?

Z.F. Hum, qu’est-ce qu’on va pouvoir faire ? Tous les deux ? Ah si, on ouvre un restaurant ou… une boucherie ?

Après le film, je ne sais pas si je viendrai !

Y.G. Ah non, il faut venir dans notre boucherie (rires) ! J’écris mon second long-métrage pour ma part.

Z.F. Pour l’instant je me concentre sur Captifs. Je ne suis pas au stade où j’enchaîne les films. Avec ce métier là, ça peut changer d’un instant à l’autre de toute façon !

Propos recueillis par Stéphanie Chermont. Octobre 2010

 


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