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V pour Vendetta

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Du divertissement intelligent et réussi que ce V for Vendetta. Il faut savoir que le film est inspiré d’une bande dessinée de David Lloyd et d’Alan Moore. Il faut aussi savoir que le film a été écrit par les frères Wachowski, créateurs de Matrix, lesquels ont confié la réalisation à James McTeigue, assistant-réalisateur sur la […]

Du divertissement intelligent et réussi que ce V for Vendetta. Il faut savoir que le film est inspiré d’une bande dessinée de David Lloyd et d’Alan Moore. Il faut aussi savoir que le film a été écrit par les frères Wachowski, créateurs de Matrix, lesquels ont confié la réalisation à James McTeigue, assistant-réalisateur sur la trilogie. Il faut aussi savoir que le film comporte un casting des plus impressionnants en la matière : Nathalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea (The crying game), Stephen Fry (inoubliable Oscar Wilde), John Hurt…

Nous voici donc plongé au cœur de cette ode à la liberté. Tout commence d’ailleurs par un flash-back historique : l’arrestation de Guy Fawkes, anarchiste complet qui tenta de faire sauter le Parlement, le 5 novembre 1605. Puis, sans crier gare, nous voilà bien des siècles plus tard, dans le même Londres mais légèrement devenu un Etat pourri gouverné par un dictateur sans vergogne.

L’air de ne pas y toucher, le film aborde une série de thèmes tous plus différents et intéressants les uns que les autres : l’art, la liberté, l’amour, les notions de Bien et de Mal, la science… L’art car le film est un hommage à la littérature, la musique, le cinéma, la peinture… Déjà dans l’esprit du film règne un mélange de 1984 (un Londres ultra surveillé où le même visage revient sur les écran quotidiennement) et d’Orange Mécanique (l’idée de se rebeller contre le pouvoir en place par une site d’actions violentes), voir même de Fahrenheit 451 et If dixit le réalisateur lui-même. Puis viennent les références directes : L’ouverture 1812 de Tchaikovsky comme thème, Cry me a river de Julie London comme thème romantique, Le Comte de Monte Cristo, la commedia dell’arte à travers le masque de V… Même des références qui n’ont pas l’air d’en être sont disséminées ci et là (tel ce braqueur qui, fier de son méfait, hurle « Anarchy in the U.K. ! » à la manière d’un Sex Pistols). Pour l’anecdote, le film fut tourné dans les studios qui accueillirent autrefois un certain Métropolis de Fritz Lang…

La liberté, sujet fondamental du film, est abordée sous de nombreuses formes : la liberté d’expression bien sûr (attaquée par des J.T. trafiqués) mais aussi celle de pouvoir choisir. Choisir son camp politique, choisir de ne pas se laisser faire, choisir sa sexualité… Ce petit côté anarchiste, on le doit surtout aux créateurs de la bande dessinée originelle, lesquels exprimaient leurs rages envers le gouvernement de Margaret Thatcher via leur BD.
L’amour lui est abordé moins frontalement. Outre l’annonce d’une soi-disant évolution des mœurs qui en est restée au stade primaire (le refus de l’homosexualité dans les esprits puritains), l’amour entre Evey et V est une véritable relation humaine, avec tout ce que cela peut comporter de complexité : amitié, haine, compassion, dégoût, amour, aucun sentiment n’est négligé.

Reste la notion du Bien et du Mal, peut-être le véritable sujet du film. En effet, chaque conviction que l’on se fait avant (et même pendant) le film : peut-on vraiment aimer un meurtrier agissant par vengeance ? Peut-on justifier ses actes sous simple couvert de vouloir changer les choses ? Est-ce vraiment sain de se retrouver, d’une façon ou d’une autre, dans le personnage de V ?

Il convient, en tout cas, de saluer les prestations tantôt géniales tantôt extraordinaires des acteurs. Tout d’abord, honneur à la dame : Nathalie Portman. Comme à son habitude, elle parvient à insuffler à son personnage une dimension humaine à son personnage fictif, jouant à merveille la fille déboussolée puis la révolutionnaire. Une fois encore, on sent comme une influence de 1984, où Evey est presque un parallèle au personnage de Winston : marre de cet Etat dirigé par un dictateur, cherchant chez un autre l’idée d’une révolution… L’autre, le célèbre V, est probablement le personnage le plus intéressant du film. D’une complexité plus que fascinante, il représente tout ce qu’un être humain peut-être : cultivé, arrogant, romantique, violent, ironique, égocentrique, sarcastique, gentleman, protecteur, dangereux… V, c’est un peu une partie de nous que l’on aime ou non.

Et pour cela, il faut vraiment applaudir Hugo Weaving, ex-agent Smith des Matrix, qui confère à ce personnage à la fois attirant et repoussant une dimension tragi-comique. Ce qui différencie sa performance de celles des autres acteurs, c’est qu’il parvient sans jamais dévoiler son visage à faire ressentir des émotions, à troubler par ses simples gestes, à créer une distance entre la réalité et la fiction tout en permettant l’identification voir même la sympathie pour cet anti-héros meurtri. De l’interprétation incroyable. Si bien qu’on regrette dès qu’on ne le voit plus à l’écran. Une erreur, car on vendrait presque à rater un Stephen Rea certes loin de sa meilleure forme mais tout de même convaincant, et un Stephen Fry toujours aussi classe dans l’ironie. A noter la petite note d’humour finale du réalisateur, qui fut de confier le rôle du dictateur Sutler à… John Hurt, immense acteur britannique qui avait joué, entre autres, le rôle de Winston Smith dans l’adaptation de 1984 par Michael Radford…

La petite crainte, cependant, était de subir à nouveau une pluie d’effets spéciaux dans la veine de Matrix. Heureusement, le cinéaste n’est pas tombé dans le piège, usant sans abuser d’effets matrixiens (l’air déplacé par les dagues…) mais restant cependant dans un côté plus psychologique que vraiment action. A noter cependant un final incroyable, où des milliers de V assistent à la destruction du Parlement.

Peut-être quelques longueurs empêcheront le film d’atteindre les sommets, et une pointe de superflu dans l’action (la découverte de la lettre dans la cellule d’Evey, bien trop détaillée pour vraiment captiver) n’aidera pas non plus. En dépit, James McTeigue a su habilement conjuguer divertissement et réflexion, offrant à son film plusieurs niveaux de lecture. Du divertissement intelligent : comme quoi, ça peut exister aussi.

Titre original : V for Vendetta

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Durée : 131 mn


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