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Une vieille maîtresse

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OEuvre d´une beauté de << chambre >> inscrite dans la langueur des salons et des châteaux de la Monarchie de Juillet, Breillat nous distille une transcription moderne de la passion et de l´amour conjugal.

Attirée depuis longtemps par l’auteur des Diaboliques, Catherine Breillat se devait d’achever son cycle sur le « sexe et la jouissance », ce qu’elle fit avec son avant dernier film, Anatomie de l’enfer (2004), en magnifiant la portée symbolique d’une sexualité mise à nu par un expressionnisme des plus troublants.

En décidant d’adapter Une vieille maîtresse de Barbey d’Aurevilly, la réalisatrice franchit le pas et s’accorde une « récréation cinématographique » des plus réjouissantes. Œuvre d’une beauté de « chambre » inscrite dans la langueur des salons et des châteaux de la Monarchie de Juillet, Breillat nous distille une transcription moderne de la passion et de l’amour conjugal.

Sa mise en scène subtile et coulée capture remarquablement bien cette valse des corps et des cœurs, pour s’accorder au style inimitable de cet immense écrivain dandy qui préfaçait sa « vieille maîtresse » en déclarant que sans « l’ivresse de la passion il n’y aurait ni art, ni littérature, ni vie morale » ; et sans doute ni cinéma. Catherine Breillat l’a bien compris en nous offrant ce cadeau romantique teinté d’un cynisme discret. La vie amoureuse et tumultueuse d’un jeune homme entre deux femmes, deux passions et deux charmes, permet de sonder une attitude, une posture et un cas de conscience qui se joue sur la dualité de l’être dans les choix qui lui sont offerts et les principes qui gouvernent le monde.

Ne cédant jamais à un moralisme de bon aloi, notre chère Breillat ne se refuse pas au plaisir de l’adaptation historique, mais en retire la substance temporelle pour y « plaquer » une réflexion moderne sur le couple, qu’il soit idéalisé ou pas. Comme dans tous ses films, la nuance est mise au placard et nous assistons à un long métrage direct, droit et sans détour ; rafraîchissant !

Certains diront, c’est inévitable, que la cinéaste n’arrive pas à inscrire ses personnages dans le contexte historique de la nouvelle (importance du paysage, patois normands…) et s’enferme dans un jeu de posture un peu vain. Ce parti pris correspond avant tout en l’assurance d’une forme d’exclusivité dans les relations d’un trio (Ryno de Marigny ; Vellini ; Hermangarde) où pressions sociales et psychologiques se confrontent. En développant l’histoire d’amour entre Ryno et Vellini par l’intermédiaire d’une confidence, la réalisatrice prend à témoin les spectateurs, souvent avides de secrets révélés.

Si Breillat prêche pour sa paroisse en dévoilant son amour de la liberté, elle développe une relation à trois personnages qui laisse le temps de la pause des corps et des cœurs. Elle pousse peut être les êtres dans leur choix (l’amour de Ryno pour Hermangarde est véritable) et leurs paradoxes, mais n’impose aucune morale facile (Ryno de Marigny souffre de ne pouvoir trancher, de faire souffrir et lutte contre les convenances d’une société nostalgique d’un certain libertinage, incarné par la marquise de Flers).

Trois personnages : un homme (Ryno de Marigny, mixte troublant entre le séducteur et le dandy androgyne), deux femmes (la maîtresse, quelconque dans sa beauté (pour ne pas dire laide), mais tellement désirable ; la mariée, belle et fragile dans son innocence, mais engoncée dans les carcans de la bienséance).

Trois dramaturgies : une passion (celle incarnée par une Asia Argento étonnante et juste), un amour (dans l’union des convenances et des apparences) et la recherche d’un bonheur si proche mais pourtant si lointain.

Triptyque formidablement bien retranscrit des désirs contradictoires qui assaillent nos protagonistes, cette vieille maîtresse ne serait-elle pas, en définitive, la victoire de l’immoralité sulfureuse sur l’amour idéal ?

Titre original : Une vieille maîtresse

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Durée : 110 mn


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