Select Page

The Hit Girls

Article écrit par

En droite ligne de la série « Glee », « The Hit Girls » est porté par une croyance profonde dans les vertus émancipatrices de la comédie musicale.

En attendant la sortie en 2015 de sa suite, succès mondial oblige, plongeons-nous donc un instant dans le bain musical de The Hit Girls. Bain d’une compétition de chant a cappella où des groupes d’étudiants voient à chaque fin d’année l’occasion d’une affirmation communément personnelle et relationnelle. Personnelle au sens où chacun (chacune) trouvera dans le chant, en tenant la note, l’occasion rêvée de faire entendre sa voix et peut-être, idéalement, de transcender ses complexes divers jusqu’ici non avoués. Relationnelle au sens où la formation puis l’épanouissement d’un groupe musical où chacun (chacune) trouve in fine voix au chapitre peut être le meilleur moyen pour les marginaux de la fac de partager un geste et une expression plus grands qu’eux. Derrière la joie de chanter et les chorégraphies millimétrées se joueraient donc, en sourdine, d’authentiques thérapies de groupe.

Comme dans tout film en général, tout teen movie en particulier, un personnage verra néanmoins sa cause désignée comme prioritaire pour la bonne avancée de la fiction. Ce personnage a ici pour nom Beca (Anna Kendrick). Wannabe DJ, cette jeune fille arrive dans sa première année d’université sans grande motivation à nouer quelque relation avec ses nouveaux camarades, certains, sa voisine de chambrée coréenne notamment, ne semblant d’ailleurs pas plus disposés au dialogue. Sa principale source d’enthousiasme sera son embauche par la radio de la fac et sa soumission au programmateur d’un remix sympa du vivifiant Bulletproof (2009) de La Roux. Beca se concentre ainsi d’office et en mode solo sur la seule chose qui la définit : sa musique. D’où que la proposition des Bella, le groupe de chanteuses a cappella que les deux doyennes, Chloé et Aubrey, tentent laborieusement de reconstituer au vu de la compétition de fin d’année ne lui semble prometteuse d’aucune reconnaissance dans son domaine.

The Hit Girls sera alors le film de cette adaptation incertaine d’une asociale, dont Chloé (Brittany Snow) repère très vite la jolie voix, aux règles du jeu d’une équipe encore bancale. L’une tentera tant bien que mal de proposer sa vision plutôt progressiste de la musique – autre chose que le suranné I Saw the Sign (1993) d’Ace of Base, quoi – là où les autres, ou plutôt UNE autre, Aubrey (Anna Camp), qui fit perdre l’équipe l’année précédente par une vague incontrôlée de vomi en plein show, voit dans son rôle de doyenne une chance de ravaler son humiliation. Ou en tous cas laver une bonne fois pour toutes sa réputation en même temps que celle des Bella.

L’image, encore et toujours. Comment on la récupère, la distord, la travestit ou la perpétue, dans les couloirs de l’école ou en stage : telle est ici, comme partout ailleurs, la grande affaire du teen movie. Très programmatique, pas novateur pour un sou, The Hit Girls a au moins le mérite de partir des cas singuliers d’Aubrey et Beca, leur opposition diffuse puis frontale, pour mesurer leur potentiel d’association ou non aux cas de toutes les autres. Comme en politique, l’ambition et les projections de l’une doivent, pour mieux faire entendre la voix du groupe (du parti), composer avec celles des autres, au moins le temps d’une remise en jeu publique (la compète, l’élection).

Si la question de la potentielle homosexualité d’une ou quelques filles de la bande se pose à certaines reprises, affaire de look, de gestes et autres paroles suggestives, c’est sans trop de surprise que cette consolidation de la voix féminine se voit travaillée par la cause des garçons. Précisément ceux avec lesquels on ne doit pas coucher, sous peine d’exclusion : les Treblemakers (Causeurs de troubles en VF littérale) ! Parmi eux, Bumper (Adam DeVine), l’arrogant leader ne manquant pas de renvoyer à la face d’Aubrey et ses girls leurs déconvenues passées, mais surtout Jesse (Skylar Astin), leur nouvelle recrue, qui s’avère être au passage le collègue de Beca à la radio. Entre les deux, le feeling ne passe certes pas mal, mais pas assez bien sans doute pour que notre héroïne, fidèle à sa résistance au lien, ne trouve une raison plus ou moins viable de le jeter. Si, comme de coutume, tout cela n’est pas bien grave, loin d’être irréversible, il est intéressant de noter que c’est grâce à l’appropriation par l’équipe d’une chanson que Jesse lui aura fait découvrir, Don’t You Forget About Me (1985) de Simple Minds, titre recouvrant les dernières minutes de The Breakfast Club (1985) – retour à John Hugues, le maître -, que se consolidera vraiment, sur scène, l’union des filles.

En droite ligne de la série Glee (Ian Brennan, Brad Falchuk et Ryan Murphy, 2009-2013), The Hit Girls est ainsi porté par l’idée d’une adaptation pleine et décomplexée de la comédie musicale aux couloirs de la fac ou du lycée. Chanter, danser, plus qu’une simple performance professionnelle, est l’occasion pour la jeunesse de sans cesse redistribuer les cartes de l’intime, entre rivalités sourdes et tentatives plus ou moins porteuses de réconciliation par le biais d’une reprise pop. Et force est de reconnaître qu’ici comme là, quel que soit notre degré de tolérance quant à la playlist de la fiction, le souffle émancipateur du show ne manque pas de faire son effet. Ce n’est donc pas sans curiosité que l’on retrouvera l’année prochaine Beca, Jesse et leurs ami(e)s.

©UIP France

Titre original : Pitch Perfect

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 112 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Dernier caprice

Dernier caprice

Le pénultième film d’Ozu pourrait bien être son testament cinématographique. Sa tonalité tragi-comique et ses couleurs d’un rouge mordoré anticipent la saison automnale à travers la fin de vie crépusculaire d’un patriarche et d’un pater familias, dans le même temps, selon le cycle d’une existence ramenée au pathos des choses les plus insignifiantes. En version restaurée par le distributeur Carlotta.

Strange Days de Kathryn Bigelow

Strange Days de Kathryn Bigelow

Kathryn Bigelow avait signé son film le plus populaire avec le cultissime Point Break (1991),  œuvre où s’épanouissait enfin pleinement dans le fond et la forme sa quête d’un cinéma purement sensitif capturant frontalement l’adrénaline. Point Break constituait une...