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Sorry we missed you

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Ken Loach ne cesse de nous surprendre et d’attiser notre révolte avec cette nouvelle oeuvre en compétition officielle au Festival de Cannes.

Au milieu de cette sélection officielle un peu tristounette, le dernier film de Ken Loach brille comme
un soleil noir, celui de la révolte et de la mélancolie, si bien qu’on ne serait pas trop étonné qu’il
obtienne une troisième Palme, si le jury se veut aussi en harmonie avec la dénonciation perpétuelle du
mal telle qu’elle apparaît en fait dans la programmation. De toute manière, récompensé ou non, il n’en
reste pas moins que ce film s’impose comme une évidence pour dénoncer la dérive de notre monde
moderne, pour qui le travailleur n’est plus un être humain, mais un objet interchangeable qui doit
rapporter et ne rien coûter.

Après Moi, Daniel Blake, Palme d’or à Cannes en 2016, qui dénonçait le système kafkaïen des indemnisations du chômage, le réalisateur anglais à qui l’on doit des chefs d’oeuvre comme Family Life en 1971, reste au moins fidèle à ses idéaux et semble le seul à prendre la défense du peuple dans ce monde qui le méprise de plus en plus, l’accusant de tous les maux. On s’en aperçoit chaque jour davantage en France notamment avec le mépris dans lequel le gouvernement français et les bourgeois nantis et jaloux de leurs privilèges traitent les Gilets jaunes, les accusant injustement de tous les maux. Il est vrai que le festival présente quand même nombre de films de tartuffes qui prétendent défendre la cause ouvrière, ou dénoncer des injustices sociales sans y mettre autant de ferveur, comme pour se donner simplement bonne conscience. Rien de tel au contraire chez Ken Loach dont Sorry we missed you dénonce l’uberisation de notre société contemporaine, régie par un cynisme absolu et la quête du profit, dans laquelle le travailleur poussé à bout devient son propre bourreau. La dialectique du maître et de l’esclave mise à jour par Hegel, et développée par les penseurs marxistes après Karl Marx, est devenue maintenant une réalité quotidienne qu’on ne peut pas ne pas voir et que, pourtant, tout le monde feint de ne pas voir.

 

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Forgé à partir de cette start-up, Uber, qui s’emploie à transformer les travailleurs privés d’emploi en esclaves, le mot uberisation s’est propagé dans le monde à la vitesse d’un feu de forêt car il y a vraiment urgence à dénoncer aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler, en paraphrasant La Boétie, la servitude volontaire. Ricky est au chômage depuis trop longtemps. Il est marié avec Abby, aide ménagère qui trime pour élever leurs deux enfants. Un jour, Ricky croyant bien faire met le doigt dans l’engrenage d’un système qui lui fait croire qu’il sera son propre patron, alors qu’il devient vite esclave de lui-même, endetté, surchargé de travail, et privé de liberté et de protection sociale. Le film est un constat implacable, magnifiquement mis en scène et interprété, du monde du travail actuel où l’homme s’asservit continuellement en croyant se libérer et c’est bien là la perversité de l’horreur économique. Cette horreur économique déjà dénoncée par Viviane Forrester dans un ouvrage éponyme et magistral mais qui, depuis hélas, a pris de nouvelles formes encore plus terribles, Ken Loach la dénonce à son tour en s’emportant lors de sa conférence de presse à Cannes : « Désormais c’est le travailleur qui doit s’exploiter lui-même ».

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Durée : 100 mn


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