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Shinobi

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Difficile de classer Shinobi dans le paysage du film de genre, étrange mix entre le film fantastique, le film de combats dans la tradition ninja, le drame amoureux shakespearien, les touches gores, et l´influence jeu vidéo / manga. Sur fond de Japon ancestral, récemment pacifié de ses querelles intestines entre clans guerriers, et dirigé par […]

Difficile de classer Shinobi dans le paysage du film de genre, étrange mix entre le film fantastique, le film de combats dans la tradition ninja, le drame amoureux shakespearien, les touches gores, et l´influence jeu vidéo / manga.

Sur fond de Japon ancestral, récemment pacifié de ses querelles intestines entre clans guerriers, et dirigé par le Shogunat, deux familles de shinobi (ou << ninja >>), les clans Iga et Koga, persistent dans leur rivalité à laquelle le Shogunat décide de mettre un terme. Pour cela, il propose aux deux chefs des clans rivaux d´élire 5 de leurs meilleurs guerriers et de les projeter dans un combat mortel, le dernier des survivants gagnant alors le règne du Shogunat.

Il semblerait que Ten Shimoyama veuille satisfaire plusieurs publics ou tout du moins plusieurs attentes, éparpillement qui sabote le potentiel de certains effets. Le recours à la motion capture (enregistrement de mouvements d´acteurs ensuite retravaillés en 3D), l´effet vidéo clip, le rythme des duels ou combats sont parfaitement maîtrisés par le réalisateur japonais, mais son désir de trop bien faire porte atteinte à son excellence technique. Difficile de ne pas remarquer son obsession des paysages et des vues aériennes, la caméra semble être accrochée au ventre du faucon qui lie les deux amants, si ces prises de vue sont agréables pour une ouverture de film, ou parfaites dans des films aux scènes de combats gigantesques entre deux armées, tels que dans le Seigneur des Anneaux ou Braveheart, multipliées ici elles apparaissent grandiloquentes et démesurées.

Bon élève, Ten Shimoyama parvient malgré tout à déployer avec vraisemblance les caractéristiques jouissives du film fantastique : galerie de personnages à la limite de l´humain et dotés de pouvoirs spéciaux, souffle empoisonné, projection d´insectes, regard meurtrier…, successions de scènes gores, plaies béantes dont s´échappent des insectes, scène où l´un des personnage se crève les yeux avec les doigts… Sorte de jeu vidéo passé sur grand écran, tout spectateur friand de ces effets se verra rassasié, certaines scènes de combat parviennent à jongler entre leur gravité et une très fin saupoudrage de second degré, via le recours à une inventivité dans les scènes de combats presque risible, s´il n´est que nous sommes très formatés à ces sphères vidéo ou manga et par là même aptes à nous plonger dans cet univers, sans rictus aucun. Le spectateur en quête d´ambiance jeu vidéo est d´autant plus à l´honneur que le film est rythmé par une bande son qui, plus qu´elle ne colle au film, l´entraîne, par moments, dans un rythme endiablé, proche de l´univers des clips vidéo, au sein duquel Ten Shimoyama a fait ses débuts.

En résumé, on ne pourrait qu´applaudir la prestation de Ten Shimoyama s´il n´avait fait preuve d´autant d´ambition pour son nouveau film. Rajoutant à la recette fantastique, pourtant efficace, nombre d´ingrédients qui s´y marient peu et gâtent le résultat final. On ne peut ainsi que regretter l´approche faite du drame amoureux sur lequel repose en partie l´action. Oboro et Gennosuke, chacun issus des deux clans rivaux, vont devoir choisir entre leur amour ou l´honneur de leur famille. Mais si Ten Shimoyama excelle dans l´art du vidéo clip, on ne peut dire qu´il soit un fidèle servant de Shakespeare, autant l´excès dans les scènes de combats les rend géniales, autant ce même déploiement de grandiloquence face aux deux amants apparaît surfait et grotesque, d´autant plus qu´il ouvre presque le film sur la scène de leur rencontre, scéquence risible qui effraie au premier abord sur ce que le film réserve au spectateur.

Titre original : Shinobi

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Durée : 106 mn


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