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Shaolin Basket (Kung Fu Dunk)

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A la suite du surprenant « Shaolin Soccer » de Stephen Chow, dans la lignée des films d’action asiatiques aux forts accents de comédie, le « Shaolin Basket » de Kevin Chu n’est certainement pas de taille à « dunker », comme il le prétend…

A million dollars movie

Les noces du confucianisme et de l’ultra-libéralisme contemporain sont désormais largement consommées ; pour notre plus grand malheur… La preuve en est ; Shaolin Basket : gros casting, gros budget et grosse déception. Kevin Chu a beau reprendre la moitié de l’équipe technique — et des effets – de Stephen Chow (Shaolin Soccer, Crazy Kung-fu), dépenser en production les trois quarts du P.I.B de la Birmanie (10 millions de dollars, l’un des tournages les plus coûteux de l’histoire du cinéma taïwanais), et se payer en vedette la star "pop" la plus en vue de toute l’Asie (Jay Chou, dont le talent n’est pas en cause), son film ne laisse de surprendre par le vide qui s’y déploie.

Le plus ennuyeux est que Shaolin Basket ne donne pas à l’amateur d’action ce qu’il lui promettait : l’harmonie baroque et potentiellement jouissive des mouvements imparables du Kung-fu et de la gestuelle dynamique du basket. Là où les personnages de Stephen Chow avançaient balle aux pieds à la Shaolin, adaptant de façon ésotérique (jusqu’au ridicule en même temps qu’à la magie) tel ou tel style de combat à tel ou tel mouvement footbalistique, le héros de Shaolin Basket se contente de sauter un peu plus haut que la moyenne et de viser droit. N’importe quel joueur semi-professionnel en ferait autant, en se dopant ne serait-ce qu’un peu ; les Harlem-Globetrotters faisaient mieux il y a plus de cinquante ans… Kung-fu et Basket restent bêtement chacun de leur côté, sans jamais vraiment fusionner : Jay Chou se bagarre à la ville contre les méchants, et puis troque, comme par caprice, son jogging trop large de gamin des rues pour une tenue de sport impeccablement lavée et repassée. Personne ne pense à se servir du ballon comme d’une arme, personne ne semble connaître la célèbrissime posture du "style de la Grue" (sur un pied, les bras levés), qui serait pourtant fort utile – et spectaculaire – sous les paniers…

Le bel esprit olympique

Ce qui aurait pu être fort drôle a été remplacé par tout le mauvais goût d’un Extrême-Orient en plein "boom" économique… Où donc est passé l’argent ? Le réalisateur l’aura audacieusement investi dans un clip d’une heure et demie environ à la gloire de Jay Chou (du modèle de révolte inoffensive qu’il représente), et de l’esprit d’entreprise sino-taïwanais triomphant. Le Basket se réduit à une métaphore du travail en équipe, du labeur en usine ou du management, et le Kung-fu ne brille que par ce petit surplus de roublardise ou d’adresse qu’il donne à celui qui le maîtrise et sans lequel, décidément, nul ne saurait survivre dans le "monde des affaires"… La mégapole asiatique, sublimée de façon grossièrement publicitaire (la beauté hyperbolique des buildings, l’incroyable propreté des rues), retouchée "sous Photoshop" jusqu’à la moindre de ses ruelles, ne fonctionne que comme présentoir d’une certaine conception de la "réussite sociale". Fringues fluos et coiffures ultra-branchées, "junk food" et téléphones portables – sans oublier les jeunes demoiselles aux sourires concupiscents – y défilent comme dans une vitrine à la mode, dressée à l’attention des consommateurs pré-pubères que le film nous force à être ou à rester. C’est l’atmosphère, le rythme, et les enjeux, d’un long samedi après-midi passé au centre commercial entre collégiens…

Pékin accueille bientôt les Jeux Olympiques de 2008… Pourquoi, se demande finalement le coach du héros, faudrait-il se limiter au Basket ? Saut à la perche, course à pieds, natation : avec l’intelligence de l’un et les pouvoirs de l’autre, les occasions de faire fortune ne devraient pas manquer ; « On se fera des millions !! »… Mais pourquoi, pourrait-on répliquer à Kevin Chu, ne pas donner directement dans l’illégalité la plus ludique, braquer des banques et se tirer avec la caisse ? Pourquoi les personnages du film ne s’engagent-ils pas immédiatement dans la mafia locale? Ils seraient ainsi à même de régner sur la ville, d’acheter tout ce que celle-ci leur faisait miroiter, d’assouvir  tous leurs fantasmes, et les nôtres.

Titre original : Gong fu guan lan

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Durée : 100 mn


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