Sans un bruit…extra diégétique ?
Passé outre le souhait secret irréalisé – car visiblement trop expérimental aux yeux des créateurs du film – d’un silence tout littéral, Jon Krasinski met l’accent, avec l’appui de la création musicale du compositeur Marco Beltrami, sur des effets sonores extra diégétiques venant prendre en charge l’essentiel des soubresauts émotionnels de l’action du long métrage et l’accentuation de sa tension, propre à ce cinéma d’horreur. Si la partition musicale est constituée principalement de recettes, quelques glissandos ascendants disséminés dans certains plans communiquent avec impact leur effet de surprise et de pression psychologique. L’ingéniosité à l’œuvre réside davantage dans les subterfuges développés par les personnages pour survivre dans leur quotidien insupportable d’asservissement au silence que dans les moyens audiovisuels en eux-mêmes. Le survival suscite l’inventivité, Evelyn (Emily Blunt, investie dans son rôle), la mère planifie son accouchement dont elle couvre les bruits par un tintement de minuteur censé détourné l’attention dans une autre pièce, le père (Jon Krasinski) et le fils (Cade Woodward) échangent quelques mots à haute voix couverts par le bruit de chutes d’eau, et les chansons qui bercent les âmes ne passent que par des écouteurs. Ce genre de stratagèmes malins accompagnent la dynamique du film et la réussite de son projet, face à la limpidité de ses intentions de long métrage à sursauts.
Més-entente
Sans un bruit se distingue davantage par son élaboration scénaristique et l’efficacité de la mise en scène de celle-ci que par d’innovants recours cinématographiques. Il tire profit de ces mystérieuses créatures tueuses, de leur ouië hypersensible et des heures passées par le père dans son bureau afin de comprendre leur fonctionnement pour inventer un antitode à ce poison. C’est dans cette recherche scientifique du personnage que se dénouera le film, ne perdant jamais de vue son fil conducteur. La fille aînée sourde-muette des Abbott (jouée par Millicent Simmonds, déjà vue dans Le Musée des merveilles de Todd Haynes) aura son rôle à jouer dans le dénouement de l’œuvre. D’une durée relativement courte (1h30), Sans un bruit réussit à maintenir un rythme enlevé à partir d’ingénieux ressorts jusqu’à la scène finale, qui clôt le film dans un fier esprit de reconquête après le calvaire de vie entamé au son d’un jouet d’enfant.