Revenge

Article écrit par

Réalisatrice en vogue dans son Danemark natal et dans le monde du cinéma depuis les succès et récompenses obtenues par ses longs métrages ( dont l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour Revenge), Susan Bier livre une nouvelle œuvre portant sur une étude efficace de la nature humaine. En particulier sur les difficultés de […]

Réalisatrice en vogue dans son Danemark natal et dans le monde du cinéma depuis les succès et récompenses obtenues par ses longs métrages ( dont l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour Revenge), Susan Bier livre une nouvelle œuvre portant sur une étude efficace de la nature humaine. En particulier sur les difficultés de l’amour ( comment raviver la « flamme » ? Peut-on souhaiter la mort d’un amour en fin de vie ?…) et surtout de la violence: sur la façon de l’appréhender, de la comprendre pour mieux la combattre par la non violence.

L’amitié des deux jeunes enfants, Elias et Christian, permet à l’ensemble des personnages de s’unir pour partager les profondes réflexions et douleurs qui les agitent tant. C’est au gré de disputes et d’expériences douloureuses que ces accumulations de pensées et de tristesses vont se révéler. La plus remarquable de ces expériences étant celle du père d’Elias, médecin qui partage son temps entre son foyer et un camp de réfugiés en Afrique, qui en compagnie de ses fils et de Christian, souhaite démontrer devant les enfants que la violence ne résout rien et que le plus bête des deux est celui qui agit avec brutalité pour se donner tout pouvoir. Une leçon de philosophie criante de vérité qui peine à s’inscrire durablement dans la tête d’une grande partie de l’humanité.

Là encore d’autres scènes viennent mettre à rude épreuve cette pensée que la non violence est la clé de tout. A l’image de Christian qui passe son temps à persuader Elias qu’il faut frapper plus fort que l’autre si l’on veut se faire respecter. Une stratégie qui paye puisque Elias, avec l’aide « violente » de son ami, n’est plus le souffre douleur de la petite bande locale. Pourtant ce pragmatisme trouve ses limites quand la volonté de vengeance de Christian, guidée par une colère insatiable envers son père, met en danger la vie d’Elias.

La malheureuse leçon que l’on tire de ces quelques exemples non exhaustifs prouve que que la meilleure volonté de contourner la moindre violence pour vivre en ce monde est impossible. Le « saint » équilibre peine à se révéler mais n’empêche pas notre pensée, à travers ce film, d’être emmenée dans des sentiers abandonnées dans lesquels se trouvent les réflexions essentielles. La crise morale et les préoccupations actuelles de nos sociétés dites « évoluées », abordées dans Revenge, ont rendu ces sentiers difficilement accessibles.

Soulignons enfin que le travail de la mise en scène et la performance des acteurs sont intéressants mais ne permettent malheureusement pas à certaines séquences d’ennuyer par leur longueur et leur finalité « cousue de fil blanc ».


Warning: Invalid argument supplied for foreach() in /home/clients/8d2910ac8ccd8e6491ad25bb01acf6d0/web/wp-content/themes/Extra-child/single-post.php on line 73

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..