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Prison on fire (Gaam yuk fung wan – Ringo Lam, 1987)

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Ringo Lam enferme Tony Leung Ka-fai et Chow Yun-fat entre les quatre murs d’une prison qui bientôt explosera.

Jeté en prison suite à un homicide involontaire, Loka Yiu (Tony Leung Ka-fai) en sortira trois années plus tard changé ; plus brisé qu’il ne l’était en arrivant mais prêt à vivre. La vision de Prison on fire, la vision de la société entre quatre murs filmée par Ringo Lam, malgré la noirceur de son récit, malgré les clichés que véhicule forcément le genre, nous laisse plein d’espoir et mélancolique. En nous invitant dès les premiers plans à suivre Loka Yiu, jeune homme arrivé en prison suite à un coup du sort, le cinéaste nous place pourtant rapidement du côté du faible et d’une relative innocence qui ira en s’effritant de jour en jour. Au vu des premières minutes de Prison on fire, Ringo Lam semble préparer son héros au martyr. La dureté des premières scènes, l’impression d’injustice que nous procure l’empathie mise en place par le cinéaste vis à vis de son personnage est pourtant trompeuse. Si l’intérêt qu’il porte à Loka Yiu est bien sincère, ce qui l’intéresse est plus de le filmer en train de vivre à l’intérieur du groupe qui va l’accueillir que de l’inscrire à la tête d’un conflit qui n’existerait que pour le broyer. Si la noirceur du film découle de sa vie quotidienne avec les autres détenus, avec les gardiens de la prison, l’espoir qui apparaîtra à travers lui vient également de la rencontre avec cette communauté et avec un homme, Ching (Chow Yun-fat).
 

La première chose qui frappe dans la mise en scène de Ringo Lam, c’est que l’espace à sa disposition n’y est jamais utilisé comme un outil claustrophobique. Au contraire de l’idée même que l’on peut se faire du « film de prison », à aucun moment le poids des murs ne vient écraser les personnages. Vivant et dormant ensemble, ils ne sont jamais seuls dans le cadre et l’image récurrente du prisonnier dans sa cellule qu’aime tellement mettre en scène le cinéma y est totalement absente. Toujours en groupe, aucune intimité n’est possible et difficile pour eux de réfléchir sans que leurs compagnons ne les entendent. Les murs sont bien là mais étrangement, il ne semble s’en échapper aucune violence, juste une tristesse latente, une mélancolie avec laquelle chacun vit. La prison est divisée en plusieurs espaces, qui sont comme autant de scènes théâtrales : l’infirmerie, le réfectoire, le dortoir etc. Ringo Lam arrive très rapidement à nous rendre les murs de sa prison familiers et à nous faire ressentir que chacun de ces espaces vit indépendamment des autres – lieu à part de la prison, rien ne semble pouvoir arriver dans l’infirmerie, seul véritable espace de paix de Prison on fire. Ainsi, le rythme assez calme du film de même que notre accoutumance à ses murs, permettent au cinéaste de faire littéralement exploser son film lors de furieuses accélérations. Lors de la scène de bagarre générale venant terminer le film, le dortoir où prend place l’action, sur le point d’exploser sous la violence des coups qui y sont donnés, est ainsi méconnaissable. L’eau avec laquelle on arrose les prisonniers pour les calmer leur arrive aux chevilles, le cinéaste utilise un montage plus découpé, compose l’action en ralentis et le décors que l’on connaissait jusqu’alors baigne dans une totale abstraction. Malgré nombre de conflits, la prison de Ringo Lam semble rester neutre durant quasiment tout le film. Dans cette dernière scène, les murs se rapprochent, la caméra est plus près des corps et la prison disparaît. Reste un visage hurlant, qui passe dans le cadre comme un dément.
 

Lors de la folie finale, le jeu de Chow Yun-fat, fait de grimaces, de cris, d’une violence terrifiante rappelant celle de James Cagney dans L’enfer est à lui (1949) de Raoul Walsh est, tout comme la prison qui l’entoure, méconnaissable. Entre les quatre murs de Ringo Lam, Ching semblait jusqu’alors vivre comme un enfant, regardant passer les journées le cœur lourd mais avec une douceur sur le visage tranchant avec la noirceur du lieu. Toujours en train de plaisanter, de chanter, plus que prendre Loka Yiu sous son aile, Ching faisait vivre toute la prison de Ringo Lam. Le voir devenir fou comme il l’est dans les derniers instants du film donne une dimension tragique à Prison on fire. Tout comme la solennité des murs de la prison, son calme, son détachement cachent durant quasiment tout le film une aliénation grandissante, sans cesse sur le point d’exploser. Une des plus belles interprétation de Chow Yun-fat mais également une direction d’acteur très intelligente de la part du cinéaste qui évite à son personnage le crescendo classique pour le faire exploser lors d’une seule scène. Logiquement, avec lui, c’est la prison entière qui explose devant nous. Quand Loka Yiu en sort et dit adieu à son ami, enfin sorti d’entre quatre murs, on partage son bonheur mais également sa mélancolie. Mélancolie de quitter un lieu de vie, violent et injuste mais partagé. Bonheur car désormais le jeune homme avancera avec le souvenir de Ching ; pour lui. Voir Loka Yiu, une fois qu’il a franchi la grille de la prison, y courir à nouveau pour revoir une dernière fois son ami a quelque chose de déchirant. Comme si le film ne voulait pas finir sans sauver ces deux personnages. Étrangement, une fois la prison refermée, bien qu’accompagné de sa femme et de ses parents, on s’inquiète plus pour Loka Yiu que pour Ching. C’est sans doute la plus grande réussite de Ringo Lam. Réussir dans les derniers instants à mettre en image la pire folie que provoque l’emprisonnement : le conditionnement. Dans les derniers plans, Ching est toujours emprisonné au milieu d’un groupe qui lui ressemble ; Loka Yiu est lui dehors, entouré, mais seul. Nous nous surprenons à plaindre l’homme libre.

Titre original : Gaam yuk fung wan

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Durée : 98 mn


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