Select Page

Pièces détachées

Article écrit par

Aaron Fernandez brosse un portrait vivant du monde de la débrouille et de ses désillusions à Mexico. Un film sur l´enfance et le business des pièces de voitures volées. Bien mené, mais sans surprise, ni cinématographique ni social, tristement.

Il semble ne pas y avoir d’enfance à Mexico, ou plutôt une enfance dans le monde des adultes, imbriquée dans une concentration d’intérêts en vue de survivre. Mini-adultes, petits déjà grands, ils y trouvent une place aussi utile que mal rémunérée. L’amour des proches se traduit pour Efrain par une injonction de sa mère à ne pas tomber dans le trafic ou par un marché liant Ivan à son oncle à travers un gain d’argent, promesse d’avenir aux Etats-Unis.

Le film se compose sur un mouvement de bascule, et les hommes se voudraient tel un cric de voiture pouvant soulever des montagnes. Passer de l’autre côté, tel est le but. Passer la frontière du Mexique en Amérique, franchir la barrière de la pauvreté à la richesse, franchir la limite de la légalité aux larcins de nuit, du vol au meurtre, passer dans l’autre monde, de la vie à la mort. Avançant sur un fil, une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête, leur équilibre demande des efforts aussi disproportionnés que précaires. Tandis que le mode de déplacement est un reflet et un vecteur social, un mouvement vers l’avant, un conducteur vers l’avenir, et que la ville s’étale de toute son étendue sur un plan horizontal, enchevêtrement de cases, le véritable mouvement vital s’effectue de haut en bas, ascension sociale tant espérée ou plongée dans l’enfer, puis dans le néant d’une fin tragique. Ce sont toutes ces combinaisons en multiples dimensions que renferme Mexico, tandis que ses habitants évaluent les risques et misent sur une combine, tentant d’inverser la donne. Chaque pas demande aux enfants une volonté de géant et un courage de lutins agiles.

Aaron Fernandez filme les rues de Mexico comme autant d’allées bordées d’arbres, et incessamment traversées par le besoin d’argent. Existence et manque se côtoient impunément. Ils se croisent régulièrement dans les quartiers du business des pièces détachées, où les grosses voitures viennent racheter les pièces qui leur ont été dérobées, en somme.

Emprunter une voie, ouvrir ou forcer une porte, entrer dans un lieu, rencontrer une personne, choisir ses amis. Autant d’instants décisifs dans la jungle de Mexico, pour ceux qui attendent ou provoquent le coup du destin qui les propulsera sans passer de vie à trépas. Passer de l’autre côté, c’est aussi passer avec et donc passer dans l’autre camp, du statut d’ami à celui de traître.

C’est dans ce Mexico immense, sillonné de voitures, de pauvres et de riches, où les limites sont toujours tranchées, que le cinéaste ouvre un chapitre de l’amitié et de la trahison et que se joue le bras de fer de l’enfance avec le monde des adultes.

Sinon le plaisir de la ville de Mexico, du jeu des acteurs et dans une certaine mesure le scénario et les images, pas de révélation cependant dans ce film. Honnête sans trémolos ni extase. Nous n’avons pas affaire à une petite pépite cinématographique dans lequel se déploierait un style particulier au charme insaisissable. On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec le Chop Shop de Ramin Bahrani sur le même thème, ancré à New York, et Pièces détachées tient bien la route, mais loin derrière son confrère.

Titre original : Partes Usadas

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 95 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Au cœur des mélodrames de la période allemande de Douglas Sirk, ses protagonistes sont révélés par les artefacts d’une mise en scène où l’extravagance du kitsch le dispute avec le naturalisme du décor. Mais toujours pour porter la passion des sentiments exacerbés à son point culminant. Ces prémices flamboyants renvoient sans ambiguïté à sa période hollywoodienne qui est la consécration d’une œuvre filmique inégalée. Coup de projecteur sur le premier et dernier opus de cette période allemande.

La mort d’un bureaucrate

La mort d’un bureaucrate

« La mort d’un bureaucrate » est une tragi-comédie menée “à tombeau ouvert” et surtout une farce à l’ironie macabre déjantée qui combine un sens inné de l’absurde institutionnel avec une critique radicale du régime post-révolutionnaire cubain dans un éloge
bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…