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Notre pain quotidien (Unser täglich Brot)

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Ce que vous avez toujours voulu savoir sur ce qui atterrit dans votre assiette sans jamais oser le demander… Nikolaus Geyrhalter vous l’apporte sur un plateau ! Après une intrusion remarquée sur les restes d’un site radioactif près de Tchernobyl (Pripyat), le réalisateur, qui reconnaît volontiers être « fasciné par les lieux que l’on n’a […]

Ce que vous avez toujours voulu savoir sur ce qui atterrit dans votre assiette sans jamais oser le demander… Nikolaus Geyrhalter vous l’apporte sur un plateau ! Après une intrusion remarquée sur les restes d’un site radioactif près de Tchernobyl (Pripyat), le réalisateur, qui reconnaît volontiers être « fasciné par les lieux que l’on n’a pas l’habitude de voir », pointe à nouveau le bout de sa caméra dans l’un des lieux les plus fermés du moment : les coulisses de l’industrie agroalimentaire. Usines, abattoirs, serres, champs, rien n’a échappé à l’œil curieux du documentariste. Estomacs sensibles s’abstenir. Consommateurs en quête de réponse, bienvenue dans l’univers terrifiant du monde moderne.

Le titre du documentaire est bien sûr plus qu’évocateur. Nikolaus Geyrhalter s’est attaché à filmer la façon dont Notre Pain Quotidien est fabriqué, transformé et distribué jusqu’à ce qu’on le cueille, inconscients, dans nos confidentiels rayons de supermarchés. L’intitulé est donc un clin d’œil cynique à la religion chrétienne, et plus largement à la culture occidentale. Le réalisateur ajoute : «On pourrait aller encore plus loin et dire : pardonnez nos offenses ». Car il y a de quoi implorer le pardon. Notre consommation ne semble connaître aucune limite. Tout ce qui est donné à voir dans le film est excès. Un parterre de poulets s’agite sous les pas maladroits d’un « fermier » indifférent, des dizaines de milliers de poussins sont projetés sur des tapis roulants aussi violemment que des balles de tennis durant un tournoi de grand chelem. Quant à nos reluisants poivrons, dont on se méfierait moins à première vue, les douches de pesticides qu’ils reçoivent ont vite fait de nous refroidir. L’industrie agroalimentaire est prise dans une spirale infernale : celle de la consommation de masse qui encourage (ou résulte de) la fabrication de masse.

Et l’humain dans tout ça ? Il doit aussi « gagner son pain quotidien », observe Nikolaus Geyrhalter. Des hommes et des femmes aux visages froids travaillent dans ce qui peut apparaître comme des camps de concentration pour animaux, ou encore de véritables industries chimiques. Mécaniques, robotiques, stratégiques, leurs gestes sont d’une précision exemplaire. Ces fantômes en blouses blanches ou bleues ont parfaitement intériorisé leurs mouvements. La caméra ne semble d’ailleurs pas les perturber. Le recul nécessaire à leur travail, ils l’ont visiblement adopté. Certains sourient, discutent avec leurs collègues juste avant de trancher les entrailles d’une vache qui leur fait face, la tête en bas. Le spectateur, déjà au comble de l’écoeurement, se voit un peu plus tard inviter par le réalisateur à partager un repas avec quelques-uns de ces visages déshumanisés. L’idée est habile au sens où ces « rencontres » ne viennent pas rompre avec l’environnement sonore du film (les gens mangent mais ne parlent pas). Mais elle apparaît aussi effrontée et impudente. Le spectateur est mal à l’aise, et celui qui déjeune aussi. On comprend bien la question qu’a voulu soulever le réalisateur (Quel rapport ces personnes entretiennent-elles à leur propre nourriture ?) mais l’effet produit a tout de même un goût amer.

L’univers du film est déroutant. Le talent fou de Nikolaus Geyrhalter réside dans sa capacité à offrir au spectateur des images d’une splendeur incroyable, tout en les alimentant d’une effrayante atmosphère. Plans larges, invitant subtilement à comprendre l’ampleur de notre société de consommation, alternent avec des plans plus serrés, dénonçant la réalité quotidienne de nos habitudes égoïstes. Les plans d’extérieurs splendides, tels que celui d’un simple champ de tournesols, permettent au spectateur de se remettre (un court instant) du malaise provoqué par le chant discordant et entêtant des machines et des gémissements qui résonne dans ces espaces froids et industriels. Or la courte bouffée d’air accordée est très vite confisquée. Un hydravion rugissant se dirige droit sur nous, déversant sans vergogne sa pluie chimique. « Le film laisse le temps, par le son, les images. », explique Nikolaus Geyrhalter. Un temps qui finit par sembler une éternité tant les images qui se succèdent sont oppressantes.

Notre Pain Quotidien a reçu de nombreux prix, dont le Grand Prix du Festival International du Film d’Environnement 2006. Le documentaire a la particularité de fonctionner de façon « brute », c’est à dire sans dialogues, commentaires ou autre information « ajoutée », de manière à ce que les images agissent d’elles-mêmes. Le choix des plans et du thème en font à l’évidence un documentaire engagé, bien décidé à tirer l’une des sonnettes d’alarme sur le thème toujours plus actuel, mais aussi toujours plus ignoré, de l’environnement. Le film mène ainsi une double action, puisqu’il est distribué par KMBO, nouvelle société de distribution qui s’est engagée à reverser un pourcentage des bénéfices du documentaire « à des associations impliquées dans la mise en place et la promotion d’une agriculture raisonnée et biologique. »

Titre original : Unser täglich Brot

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Durée : 92 mn


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