Mobile homes

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Etres de va-et-vient.

Dès son ouverture, Mobile Homes, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes l’an dernier, révèle les va-et-vient qui vont caractériser les personnages du film et l’œuvre elle-même. Une jeune mère Ali (Imogen Poots) et son petit garçon, Bone (Frank Oulton) attendent leur tour dans un espace administratif, où Ali souhaiterait obtenir la prise en charge temporaire de Bone. Mais déjà le petit garçon s’est levé, incapable de rester assis et la caméra le suit s’échappant des bureaux vers l’extérieur, un nord de l’Amérique hivernal et froid, mais à l’horizon plus vaste pour se mouvoir. Sa mère lui demande de ne pas s’égarer trop loin. Mais il est déjà parti, petit être insaisissable et cahotant de lieu en lieu, qui retrouve toujours son chemin.
 

Débrouille

Leur quotidien est fait de de cette instabilité, de la contrainte de ne pas avoir une maison à soi, comme le rêve Ali, et de vivre dans un van, dans des maisons inhabitées parfois, en se nourrissant de petits trafics divers, de ventes de poules à faire combattre, de repas pris au Café et dont on fait l’économie de l’addition en partant discrètement l’un après l’autre. Une vie âpre au jour le jour, à trois, avec l’ami d’Ali, Evan (Callum Turner). L’avenir se complique encore au fur et à mesure qu’Evan se sert toujours plus de Bone, le mettant dans des situations dangereuses, pour réaliser ses trafics. Ali s’enfuit alors avec son fils, le jour où une situation dégénère, dans une séquence de nuit brusquée. Ils se réveillent un beau matin, la maison dans laquelle ils avaient trouvé refuge s’est mise à bouger, ils sont embarqués dans un mobile home, trimballés physiquement comme leur existence. Le fil scénaristique est menu, l’esthétique du film plutôt minimale, Vladimir de Fontenay filme comme une houle ces mouvements, heurtant les plans. 
 

Une maison que rien ne relie au sol

Il rive avec intensité sa caméra sur son duo de personnages et d’acteurs, qui possèdent une émouvante alchimie et une palette d’expressions riche. A la rudesse qui marque le caractère d’Ali fait écho la légèreté enfantine de Bone, leurs ressources données dans une complémentarité du quotidien. Le lien affectif entre les deux apparaît alors comme le seul socle tangible et imbrisable du film. C’est cette donne sans équivoque que met en scène le cinéaste, tandis que le reste vacille. A travers une mise en scène épurée, dans une note mineure, il décline jusqu’au bout ce motif du mobile home, de cette maison que rien ne relie au sol, qui dessine les contours du destin d’Ali et de Bone. Un « mobile home movie », où chaque plan statique, chaque avenir posé, est aussitôt violemment remis en jeu. Le cinéaste filme un rythme, le bringuebalement de vies mises à l’épreuve, petites et fragiles, qui ne font qu’osciller, une mère et son petit garçon s’arrimant fermement à eux-mêmes, dans un paysage trébuchant.

Titre original : Mobile Homes

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Durée : 106 mn


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