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MARCHER SUR l’EAU

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Malgré son sens de l’esthétique, la première réalisation d’Aïssa Maïga ne parvient pas à dépasser ses louables intentions.

Espace menacé

Pour son premier passage derrière la caméra, Aïssa Maïga s’engage dans la voix du documentaire écologiste et humaniste. Deux dimensions indissociables dans le combat plus que nécessaire pour la sauvegarde de notre belle planète. Dans le nord du Niger,  durant deux ans, nous partageons ici le quotidien d’un village tatiste qui  doit composer avec une eau devenue de plus en rare, et attendre la mise en place d’un forage. Dans la ligne directe de Yann Arthus-Bertrand, la réalisatrice aime à soigner sa mise en images pour célébrer la beauté d’un monde qui ne demande qu’à être respecté dans toute sa splendeur. Une éducation du regard, une vision positive de l’écologie, qui tend à nous convaincre par le plaisir des yeux plutôt que par le choc des images. La pureté des éléments, les lumières chaudes du soleil, les couleurs chatoyantes des tenues traditionnelles, sont par conséquent sublimées par une superbe photographie. Les amoureux de beaux voyage seront ici comblés. L’immensité des paysages et leurs changements sont autant d’occasions de rendre hommage, par d’amples mouvements de caméra, à la force de la nature. Mais aussi de souligner les dégâts, invisibles pour une œil novice, que le réchauffement climatique a déjà causé dans cette partie du monde. Lorsque vers la fin du documentaire le témoignage d’un autochtone nous souligne la disparition des animaux sauvages, on s’aperçoit alors que leur absence à l’écran ne nous avait pas interpellé jusque-là; preuve de notre facile résignation.

 

Adhésion forcée

Aujourd’hui, Il faudrait peu de discernement pour ne pas croire aux ravages  du dérèglement climatique. De même, il faudrait avoir le cœur sec comme de la pierre pour ne pas être touché par le combat de plus en difficile que doit mener le village tatiste pour survivre, avant de penser à assurer la scolarité des enfants. Après avoir mis en avant les enjeux, Aïssa Maïga nous entraîne dans une forme de surplace. La dignité des adultes, la candeur des enfants deviennent trop souvent et trop longuement un refuge émotionnel qui n’apporte plus grand chose à la problématique abordée. Usant de ralentis pas toujours judicieux, de scènes répétitives sur  la bienveillance entre les habitants; trop de bonnes intentions laissent peu d’espace à notre discernement. Si l’objectif de lanceur d’alerte qui nous conduit sur un terrain peu médiatisé par ailleurs est éminemment salutaire, la démarche documentaire mériterait un traitement plus approfondi de la situation. Dans les difficultés que connait la peuplade, quelle est la part de responsabilité qui incombe aux hautes autorités locales ? On ne fait que les apercevoir brièvement à deux reprises, dont la deuxième se traduit par l’arrivée du forage à la fin du film. Optimiste, la conclusion laisse entendre que la situation serait enfin réglée ! Si tout pouvait être si simple.

 

 

Réalisateur :

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Durée : 90 mn


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