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Mal de pierres

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Adapté du roman éponyme de Milena Agus, « Mal de pierres » ne tourne pas autour du mal, de la féminité ou de l´amour : il s´y écorche.

Présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes en mai dernier, le film de Nicole Garcia a été relativement bien reçu par les critiques, mais n’est cependant pas reparti avec un prix. Pour cette habituée de la Croisette, une troisième fois en compétition pour la Palme d’or après L’Adversaire en 2002 et Selon Charlie en 2005, rien n’est moins important que de séduire le public. La réalisation a beau être soignée, le casting prestigieux et le scénario finement écrit, l’essentiel se joue ailleurs.
 

Une histoire solide et une femme troublante

Avec Mal de pierres, Nicole Garcia montre un visage féminin différent de ceux que l’on peut habituellement voir au cinéma. Adaptée du roman éponyme de Milena Agus paru en 2006, l’histoire se base sur un personnage central, Gabrielle, sauvage, méchante parfois et considérée comme malade. Elle souffre d’un « mal de pierres », comprendre, des coliques néphrétiques, un mal qui l’empêche, à l’époque de l’action (les années 1940), de devenir mère. Grave souffrance pour la famille de Gabrielle qui ne pense qu’à la caser, à la mettre entre de bonnes mains, alors que leur fille ne cesse d’enchaîner les provocations sexuelles et outrageuses au sein de leur communauté rurale.

José, un beau catalan, ouvrier agricole, interprété par l’excellent acteur Alex Brendemühl, décide malgré tous ces facteurs de l’épouser. Et il maintient son couple alors que sa femme est placée dans un établissement de soins afin de traiter sa maladie. Deuxième partie de l’histoire, dans ce centre, où Gabrielle s’accroche à l’amour d’un officier tout juste rentré des tropiques, André (Louis Garrel), tristement malade. Cet amant dans ses pensées et dans sa nouvelle vie enfermée vient perturber tout les schémas classiques d’une femme de cette époque. Et la rattacher à ce qui compte le plus dans son existence : l’amour.

 

 

Un grand film, de grandes émotions

À travers Gabrielle, le personnage incarné par Marion Cotillard, se dessine le portrait d’une femme des années 1940, à la veille de la Grande Guerre, habitée par une maladie tantôt souffrance tantôt prétexte à une autre vie. Nicole Garcia parvient à diriger ses acteurs au profit de son histoire, sans laisser dépasser la moindre émotion supplémentaire que celles écrites dans le scénario. Par cette maîtrise, la beauté de chaque plan et la grande place accordée aux sentiments, aux illusions et aux regrets, la réalisatrice nous embarque tout au long du film dans une fresque d’époque faite de principes, de réputation à tenir et de schéma familial à respecter. « Les personnages de femme m’intéressent quand ils ont cette dimension vibrante, tremblante, poétique. Quelque chose dans la folie des femmes m’attire, lorsqu’elles portent en elles une fragilité, une bascule possible… et même parfois le risque d’une catastrophe », raconte Nicole Garcia dans le dossier de presse du film.

Et c’est justement pour ces raisons que le film séduit autant qu’il peut dérouter. On s’accroche à ce destin troublé ou on le laisse sur le bord d’un paysage savoyard où le film a été tourné. En artiste, la réalisatrice a voté pour une certaine beauté qui plaira ou déplaira profondément, comme un tableau que l’on regarde ou une musique que l’on écoute. Elle sait ne pas laisser indifférent, en prenant le contre-pied des films féminins sélectionnés à Cannes cette année, Julieta (2016) de Pedro Almodóvar, La Fille inconnue (2016) des frères Dardenne ou encore Elle (2016) de Paul Verhoeven, plus classiques, plus attendus aussi. Une féminité originale, diront certains. À l’image de sa réalisatrice.
  
 

Titre original : Mal de Pierres

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Durée : 116 mn


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