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Made in Jamaica

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A l’occasion de sa sortie chez MK2, revenons sur l’atmosphère de Made in Jamaica, avec ses concerts, ses chanteurs applaudis et acclamés par un public plein de ferveur, conférant ainsi une incroyable énergie au documentaire.

Ciel nocturne, musique aux rythmes allants et poses lascives, Made in Jamaica nous plonge in medias res dans l’univers du reggae et du dance hall. Elephant Man, Bounty Killer, Capleton, Bunny Wailer, Third World, autant de pointures colossales qui font reluire le casting de mille feux. L’ambiance du début semble folâtre mais l’on perçoit très rapidement un cri revendicatif qui éclate via des chansons aux paroles emplies de rage et de révolte. Un crime, celui du chanteur Bogle sujet à des funérailles de prestige, révèle tout le mal-être de cette société où le déclic de la gâchette s’entremêle aux notes d’une musique qui a vu le jour dans le quartier culte de Trenchtown, berceau de feu Bob Marley. La misère s’y est installée à tous les coins de rues. Ici apparaissent des maisons de fortune abritant des familles monoparentales ; ailleurs, ce sont des carcasses de voitures qui traduisent l’abandon où sont engloutis les habitants de Kingston.

Jérôme Laperrousaz met en scène l’intimité et l’émotion d’une pléiade d’artistes bercés par le reggae. Il filme tout ce qui a découlé de l’indigence dans laquelle ont vécu les leaders du reggae et du dance hall. Au milieu de la drogue, du chômage et de la douleur, ces descendants d’esclaves ont accouché d’une musique foisonnante de frénésie. Certes les paroles de Bounty Killer sont imprégnées d’une violence crue et d’une pulsion destructrice. Eros et Thanatos régissent les textes de plusieurs d’entre eux. L’ardente Lady Saw fait rimer avec aisance des mots empruntés à un vocabulaire libidineux. Ses chansons sont frivoles et parlent de sexe sans ambages mais elles sont le reflet de cette envie de s’extirper de la misère, de cette volonté de briser des chaînes et de vivre, tout simplement. Le ton diffère des textes graves du groupe Third World mais le message sous-jacent de colère, de révolte et d’espoir demeure le même.

Le documentaire de Jérôme Laperrousaz s’avère riche. Il revêt une dimension sociale et politique mais pas seulement. Malgré la pauvreté flagrante des ghettos, le spectacle éclate et illumine les foules avec brio grâce à une musique, née des entrailles de la souffrance. Elle n’a de cesse de bouillonner dans les veines des leaders du reggae et du dance hall. Vitale, elle ouvre une voie royale et salvatrice à tous ces artistes filmés dans des environnements contrastés. La caméra ne fait pas abstraction du paysage lugubre de leur enfance mais elle n’est pas non plus étrangère à l’atmosphère triomphale et étincelante où ils interprètent leurs chansons en live. Le réalisateur filme les concerts, les chanteurs applaudis et acclamés par un public plein de ferveur, conférant ainsi une incroyable énergie au documentaire, véritable show sur lequel vient se greffer au final un très bel appel à la fraternité.

Titre original : Made in Jamaica

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Durée : 120 mn


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